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orge Díaz-Rullo Cafe Colombia
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  • Alpinisme & Escalade

Jorge Díaz-Rullo signe le cinquième 9c de l’histoire, loin des projecteurs

  • 26 mars 2026
  • 5 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Le vendredi 13 mars n’aura pas porté malheur à Jorge Díaz-Rullo. À 27 ans, le grimpeur madrilène signe à Margalef la première ascension de Café Colombia, la cinquième voie cotée 9c de l’histoire. Il rejoint ainsi un cercle extrêmement restreint aux côtés d’Adam Ondra (Silence), Sébastien Bouin (DNA), Jakob Schubert (B.I.G) et Sean Bailey (Duality of Man). Une liste prestigieuse… dont il est sans doute le membre le plus discret.

Si son ascension a fait le tour du monde de l’escalade, Jorge, lui, reste un homme de peu de mots. Une réserve qui peut dérouter au premier abord, comme en témoigne son meilleur ami, le grimpeur colombien Anghelo Bernal Quintero et ouvreur de la voie : « Ma première impression de Jorge n’était pas la meilleure. Il est très réservé, introverti, tranquille. Au début, il paraît très sérieux… mais quand tu apprends à le connaître, c’est tout l’inverse. C’est quelqu’un de difficile à découvrir, mais une fois que tu y arrives, tu découvres une véritable boule d’amour : il est profondément sensible, extrêmement motivé, et cette motivation, il te la transmet. »

Quatre ans d'obsession pour quatre minutes de bonheur

En octobre 2021, lorsque Anghelo l’appelle pour lui parler de Café Colombia, Jorge Díaz-Rullo est loin d’imaginer à quel point cette voie, qu’il décrira lui-même comme « le projet le plus long et le plus exigeant de sa vie » va le bouleverser.

« Au début, confie-t-il à Climbing, je n’avais même pas envie de m’y mettre, car elle paraissait bien plus difficile que les autres voies du secteur de Racó de la Finestra (secteur où se situe la voie, ndlr). Mais un jour, j’ai fini par l’essayer et j’ai tout de suite accroché : les mouvements étaient spectaculaires, mais ce qui m’attirait le plus, c’était le défi qu'elle représentait. À l’époque, ce n’était pas un style qui me correspondait, et j’ai tout de suite compris qu’il faudrait énormément travailler pour avoir une chance de la grimper. »

Quatre ans plus tard, après 240 jours passés sur la paroi et probablement près de 500 essais, la voie cède enfin. Un investissement colossal, comparable à celui qu’Adam Ondra avait consacré à Silence en Norvège, premier 9c de l’histoire en 2017, ou encore aux 250 jours nécessaires à Sébastien Bouin pour venir à bout de DNA dans les Gorges du Verdon.

Café Colombia, que Jorge décrit comme « une addiction » et « un vrai monstre », est à l’image du combat qu’elle impose. Une ligne d’environ 30 mètres, qui s’échappe de la grotte de la Finestra dans un dévers à 45°, en près de 40 mouvements continus. Tout se joue sur des trous bidoigts et monodoigts abrasifs, typiques du conglomérat de Margalef. La difficulté majeure ? « Presque aucun repos, un rythme soutenu qui ne pardonne aucune erreur », résume son ouvreur.

Certains des meilleurs grimpeurs au monde, Chris Sharma, Stefano Ghisolfi, Alex Megos, Felipe Camargo ou encore Enrique Bertran parmi eux, s’y sont intéressés, mais aucun ne s’y est réellement engagé. « Tout le monde sait que c’est dur. Mais Jorge est le seul à s’être obstiner dessus, résume Anghelo, qui l’a assuré sur une grande partie de ses tentatives. Il a réorganiser entièrement sa vie pour cette voie. » En décembre encore, quand Outside l'avait croisé sur les falaises de Margalef, Jorge nous confiait prendre l'AVE (le TGV espagnol) entre Madrid et Lleida, conduire deux heures de route, et enchaîner les allers-retours express pour quelques essais.

Un projet mené en solitaire. « J’ai essayé de motiver d'autres grimpeurs à venir l’essayer », confiait-il à Scarpa. « Certains des meilleurs grimpeurs s'y sont intéressés, mais aucun ne s’y est vraiment engagé. Ça m'a fait prendre conscience de sa difficulté, mais ça m'a rendu triste aussi. J’aurais tellement aimé partager cette aventure avec un autre grimpeur. Par moments, tout paraissait encore plus difficile, simplement parce que j'étais seul. »

« J’ai songé à abandonner à plusieurs reprises. Le plus dur, dans ce projet, a été de gérer la frustration. Il y a eu des jours — parfois des périodes entières — où j’avais l’impression de régresser. J’ai pris beaucoup de coups, et certains ont été particulièrement difficiles à encaisser. »

Je l’ai vu descendre en pleurant, en criant. Et pourtant, ce qui m’a marqué, c’est sa persévérance.

Anghelo Bernal Quintero

Malgré sa discrétion, Jorge a partagé les différentes étapes de ce projet sur ses réseaux. Une semaine avant l’enchaînement, il évoquait encore ses chutes à répétition dans les derniers mouvements, ainsi que la dureté inattendue de la séquence finale : « Je pensais que le dernier bloc ne serait pas si difficile, depuis le bas. Mais plus je m’en approchais, plus je réalisais à quel point il était violent… Ce “repos” n’en est pas vraiment un, quand il faut encore enchaîner avec un bloc en V13. »

Le jour J

Le 13 mars est une de ces journées parfaites de fin d’hiver. Après dix jours de pluie, la partie supérieure de la paroi reste recouverte d'eau, mais Jorge, arrivé de Madrid la veille, tente sa chance, sans savoir que cet essai sera son dernier.

« Tout s’est finalement bien aligné. Tout était en ma faveur. Physiquement, je me sentais incroyablement bien : reposé, la peau parfaite, les conditions idéales. Mentalement aussi, tout était là — motivation, confiance, sérénité. Pendant l’ascension, j’avais l’impression de flotter, de ne pas sentir la fatigue. Arrivé en haut, je me suis dit : “Tu vas y arriver. Mouvement après mouvement, c’est le moment.” À un instant, j’ai vacillé. Mais je me suis vite repris : “Concentre-toi. Sois précis.” J’ai énormément travaillé cet aspect mental, et c’est ce qui m’a permis de tenir, de transformer ces pensées en quelque chose de positif. Je n’ai presque fait aucune erreur. Dans mon souvenir, c’était presque parfait. »

Quelques jours plus tard, il en fait l'annonce sur son compte Instagram : « J’ai repoussé mes limites dans tous les domaines. J’étais obsédé par le moindre détail. J’ai travaillé plus dur que jamais pour atteindre un niveau qui me semblait autrefois inaccessible. Après 240 jours, tout s’est aligné et mon rêve est devenu réalité. Un combat que je n’oublierai jamais. »

Anghelo regrette de ne pas avoir été là pour voir, de ses propres yeux, ces quatre minutes d’exception : « Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens pour la réussite de Jorge. C’est un bonheur inimaginable que je ressens pour lui. »

orge Díaz-Rullo Cafe Colombiaorge Díaz-Rullo Cafe Colombia

Une cotation réfléchie

Avec plus de 90 voies dans le neuvième degré à son actif, dont toutes celles de Margalef, et une douzaine de 9b+ comme Mejorando la Samfaina à Margalef, Bibliographie à Céüse ou encore Change en Norvège, c'est finalement sur 9c qu'il tranche pour Café Colombia, tout en laissant entendre que la voie pourrait être encore plus difficile. Une forme de retenue peut-être, pour ne pas gonfler l’exploit ?

« Proposer une cotation pour une première ascension n'est jamais chose aisée, surtout pour un projet qui m'a poussé dans mes retranchements pendant des années. J'éprouve une grande responsabilité, d'autant plus qu'il s'agit de l'une des voies les plus difficiles au monde ; il me semble donc essentiel de prendre le temps de bien réfléchir. » a-t-il annoncé sur Instagram.

Avant de proposer une cotation, j'ai essayé de mettre mes émotions de côté et d'être aussi analytique que possible. J'ai également sollicité l'avis d'autres grimpeurs, car d'une certaine manière, un tel projet me dépasse. Malgré tout, j'avoue avoir encore des doutes, et j'en aurai certainement jusqu'à ce que davantage de grimpeurs puissent l'essayer et partager leurs impressions.

Cette voie m'a amené à un niveau d'effort que je n'avais jamais connu auparavant, tant physiquement que mentalement. Des facteurs comme les conditions et l'état de ma peau ont ajouté une complexité supplémentaire qui a nécessité de nombreux jours de travail supplémentaires. Bien qu'ils ne soient pas directement pris en compte dans la cotation, il est difficile de les dissocier complètement de l'expérience globale. Quoi qu'il en soit, elle m'a paru nettement plus difficile que les voies en 9b+ que j'ai réalisées jusqu'ici.

D'après mon expérience, j'ai l'impression que cette voie pourrait être plus difficile que 9c. Même en la décomposant en sections et en utilisant des outils comme Darth Grader, les résultats indiquent plutôt 9c+. Mais je ne sais pas vraiment ce que représente un 9c+. Je n'ai même pas une idée précise de ce que serait un 9c/+. Je ne pense donc pas qu'il soit raisonnable de proposer une telle cotation.

Pour toutes ces raisons, j'ai décidé de proposer 9c. Je crois que c'est l'option la plus honnête et la plus logique, car elle représente une nette progression par rapport aux voies les plus difficiles que j'ai réalisées jusqu'à présent. »

Et la suite ? C’est encore Anghelo qui en parle le mieux. Après un tel acharnement, Jorge a envie de retrouver le plaisir de grimper en falaise, quitte à redescendre d’un cran ou deux dans les cotations. Avec en ligne de mire, pourquoi pas, un premier 9a en bloc.

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