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Colin Haley Solo hivernal Cerro Torre
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  • Alpinisme & Escalade

 « Je pensais que j’allais y rester » : Colin Haley raconte son solo hivernal au Cerro Torre 

  • 16 septembre 2025
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Alpiniste parmi les plus respectés de sa génération, l’Américain Colin Haley vient d’écrire une nouvelle page de l'histoire en réussissant la première ascension hivernale en solo du Cerro Torre ( 3 128 m), en Patagonie, sommet considéré comme l’un des plus difficiles de la planète. Dans cet entretien exclusif, il revient sur ses préparatifs, ses doutes, les moments de souffrance et de transcendance, et ce passage cauchemardesque dans une crevasse glacée dont il a failli ne pas revenir.

Il est 21 h 30, la nuit est tombée depuis longtemps sur le massif du Torre. Dans le silence glacé de la Patagonie, Colin Haley est coincé dans une fissure verticale, large à peine de la taille de sa poitrine. « C’était comme le Harding Slot [à Yosemite], mais en glace », confie-t-il à Climbing [groupe Outside]. Pour s’y faufiler, il a dû tout abandonner au pied de la crevasse : sa doudoune de rechange, ses gants, son Grigri, son casque, jusqu’à la nourriture glissée dans sa poche. Malgré cela, il parvient à peine à se mouvoir. Chaque fois qu’il tourne la tête, sa frontale heurte la paroi. Deux heures qu’il lutte dans ce boyau d’un autre monde, sans entrevoir la sortie. 

Je me suis dit : soit je réussis à passer d’une manière ou d’une autre, soit ma tentative est terminée

Cet instant suspendu n’était pas prévu. Haley avait imaginé un tout autre été : partir au Pakistan, tenter le K7 avec des compagnons de cordée, puis enchaîner sur une tentative en solo dans le Karakoram. Mais la canicule qui s’est abattue sur la région a rendu la montagne trop instable. « Les températures étaient effrayantes, le rocher se mettait à tomber de partout, » explique-t-il. Il lui fallait un plan B. 

Je savais que la Patagonie en hiver allait être l’exact opposé d’un été trop chaud et sec. Me geler les fesses me semblait presque séduisant, en comparaison

Ce n’était pas la première fois que le grimpeur changeait ainsi de cap. Trois ans plus tôt, il avait dû abandonner une expédition dans les Rocheuses canadiennes faute de conditions, et s’était rabattu sur l’Austral hivernal en Patagonie. Direction El Chaltén, où il avait réalisé la première ascension en solo de la Supercanaleta, l’immense goulotte de 1 500 mètres qui sculpte la face ouest du Fitz Roy.

En août 2025, le voilà de retour à El Chaltén, décidé à s’attaquer au Cerro Torre. C’est la dixième fois qu’il se frotte à cette montagne longtemps considérée comme la plus difficile à gravir au monde. Mais cette fois, il vise la voie Ragni (WI5+ M4), ligne historique de la première ascension. Réputée la moins technique du sommet, elle reste un défi immense : 1 000 mètres de grimpe engagée, rime sculptée par le vent, et surtout 45 kilomètres d’approche. 

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Dès mon arrivée en ville, mon objectif a été de rapprocher un maximum de matériel de la base de la voie, le plus vite possible

Quatre allers-retours plus tard, soit sept jours et demi d’efforts, il a réussi à constituer un gros dépôt de matériel au Filo Rosso, camp protégé au pied de la face sud-ouest.

Le 4 septembre, il quitte El Chaltén à skis et atteint le Circo de los Altares en une journée. Le lendemain, il rejoint le Filo Rosso, après quelques passages de mixte qu’il a sécurisés avec une courte corde fixe. Le « vrai » départ est là : 600 mètres de glace, de mixte raide et surtout les fameuses cannelures de givre aériennes et délicates qui font la légende du Cerro Torre.

Le 6 septembre, il se lance. Réveil à 6 h 45, bivouac plié, crampons aux pieds. De son camp, il progresse en solo libre jusqu’à une longueur au-dessus du Col de l’Espoir, avant de poursuivre presque exclusivement en solo encordé. 

Avec un petit sac, j’aurais pu grimper en solo libre environ 50 % de la voie, mais avec tout mon équipement hivernal, je ne le sentais pas du tout

Cette première journée est titanesque : il enchaîne toutes les longueurs sauf les trois dernières, les plus dures. Il s’arrête vers 3 heures du matin, après vingt heures de grimpe quasi ininterrompue. « J’ai déjà vu la voie avec bien plus de rime qu’il n’y en avait cette fois, » reconnaît-il. Mais les conditions restent hivernales : glace cassante, ancrages difficiles, creusement laborieux.

Le lendemain, il ne reste « que » trois longueurs. Il démarre à 11 h. La première passe sans encombre, la deuxième demande un long travail de pelletage pour trouver des protections fiables. Puis vient la longueur clé. Normalement, la difficulté va crescendo, avec la dernière portion comme apothéose. Mais un détail change tout : « Le côté droit de la face sud-ouest a connu un énorme effondrement de sérac au cours des neuf derniers mois, » explique Colin Haley. Conséquence : de la glace bleue à vif, là où d’ordinaire s’accumule une neige soufflée et instable. L’Américain choisit cette option.

La fatigue le rattrape. Il progresse en taillant, parfois en s’aidant de ses broches. Jusqu’à apercevoir ce qui ressemble à un tunnel. « Je me suis dit que si je pouvais atteindre ce tunnel, j’étais tiré d’affaire. Normalement, tu vises ces couloirs creusés par le vent, parce qu’une fois à l’intérieur, c’est plus facile et plus sûr : c’est de la vraie glace. Mais ce tunnel-là s’est révélé être l’entrée d’une crevasse, au sommet de ce mini-glacier qui couronne le Torre. »

Haley accroche sa corde à un relais et improvise une auto-assurance avec un nœud de cabestan. Il entre dans la crevasse. La lumière bleutée du jour filtre encore à travers la glace. « J’ai eu de la chance d’arriver quinze minutes avant la nuit complète, car je pouvais juste distinguer un peu de bleu dans la glace. C’était suffisant pour ne pas abandonner complètement. », dit-il.

À ce moment-là, je me donnais 15 à 20 % de chance d'atteindre le sommet. Mais je voulais continuer jusqu’à ce qu’il soit absolument clair que je ne pouvais pas avancer davantage

Pendant deux heures et demie, il gratte, taille, se contorsionne. L’angoisse est palpable : « Je chipais la glace parfois plus que nécessaire, parce que j’avais vraiment peur de rester coincé là.

Je savais que si je tombais et me coinçais dans cet espace, je mourrais ici

Puis, soudain, miracle : son piolet jaillit dans la nuit. Pas encore le sommet, mais une sortie au milieu d’un passage vertical. Encore quelques mètres de rime, et enfin, un vrai tunnel, de taille humaine cette fois. « C’était dingue. Le tunneling le plus fou de ma vie. » Quelques mouvements supplémentaires, et la cime du Cerro Torre est là. Pour lui, c’est l'aboutissement d'un objectif qu’il s’était fixé il y a plus de dix ans.

« Dire que les étoiles s'étaient alignées est une figure de style, mais dire que le Soleil, la Terre et la Lune s'étaient alignés est dans ce cas à prendre au sens littéral : le magnifique relief du massif du Chaltén était illuminé par une pleine lune d'une luminosité éclatante. », raconte-t-il dans son blog.

Le soulagement est immense mais ne dure pas. Haley entame la descente aussitôt. Sur la paroi sommitale, il utilise son unique corde de 80 mètres, équipée d’un système Beal Escaper. « J’ai tiré au moins 200 fois. La corde n’a jamais bougé. » Éreinté, il se refuse à remonter. Il coupe. Le reste de la descente sera une succession de quarante petits rappels. « J’ai fait énormément d’Abalakovs. Énormément. », ajoute-t-il en souriant.

Le 7 septembre, peu avant 22h00, Colin Haley rentre à El Chaltén. Premier homme à avoir enchaîné, en solo, en plein hiver austral, la voie Ragni du Cerro Torre. Une victoire à la mesure de la réputation d'un sommet longtemps réputé impossible.

7 ascensions majeures de Colin Haley

2007 : première répétition de l’Infinite Spur au Mount Foraker (Alaska), avec Bjørn-Eivind Årtun.
2008 : première ascension en une journée du Denali Diamond (Alaska), avec Mark Westman.
2010 : première de la Torre Traverse (Cerro Standhardt, Punta Herron, Torre Egger, Cerro Torre), avec Rolando Garibotti.
2015 : ascension éclair du Fitz Roy avec Alex Honnold (21 h 8).
2016 : première répétition de la Torre Traverse en 24 h, avec Alex Honnold
2022 : premier solo de la Supercanaleta (Fitz Roy) en hiver.
2025 : premier solo hivernal du Cerro Torre (voie Ragni).

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