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Jérémy Bigé traversée des Balkans
  • Aventure
  • Randonnée

High Scardus Trail : 400 km (presque) vierges entre l’Albanie et la Macédoine du Nord

  • 26 août 2021
  • 5 minutes

Jérémy Bigé Jérémy Bigé

Le marcheur au long cours Jérémy Bigé est reparti en expédition à travers les Balkans en juin 2021, pour traverser cette fois-ci 1300 kilomètres de sentier à pied – soit environ 60 000 mètres de dénivelé, en 39 jours. Le tout, avec un sac à dos de 3,8 kilogrammes seulement. Sur sa route, il a découvert le High Scardus Trail, un sentier unique de 400 km, s’étendant entre la Macédoine du nord, l’Albanie et le Kosovo, où les ours sont plus nombreux que les randonneurs. 

Loin du tumulte de certains de nos GR français, il existe des traces peu foulées et hautes perchées au coeur des montagnes européennes. Alpes Dinariques, Carpates, Apennins, Caucase… Avis aux aventuriers atteints de dromomanie - l’impulsion irrésistible à se déplacer - aux dévoreurs d’horizons et aux orpailleurs de routes oubliées, il reste encore de quoi vous rassasier ! Affamé de terres nouvelles, je me suis rendu dans les Balkans, à la lisière de la péninsule grecque et à la croisée de trois pays méconnus de la randonnée : l’Albanie, le Kosovo et la Macédoine du Nord. J’ai été mis au courant d’une traversée des cimes entre les monts Sharr et Korab : le High Scardus Trail, enfant de la Via Dinarica, un itinéraire nouveau-né long de 400 km. Et j’en suis rentré repu.

Jérémy Bigé traversée des Balkans
Prizren, magnifique ville aux airs d’Istanbul. (Jérémy Bigé)

Après plus de 1000 km de marche depuis la Croatie à travers les Alpes Dinariques, j’arrive à Prizren, deuxième ville du Kosovo. Je nourris l’idée de rejoindre Tirana par les montagnes. Aucun témoignage ni aucune trace GPS n’existe sur internet. J’obtiens d’un local des informations assez précises sur ce sentier qui suit les crêtes frontalières depuis la Macédoine du Nord jusqu’à l’Albanie en flirtant avec le Kosovo. Créé fin 2018, il demande une vingtaine de jours de marche pour l’effectuer dans son intégralité entre Skopje et le lac Prespa. Dans la continuité de ma trace à travers les Balkans, je me lance sur sa partie centrale, longue de 200 km pour 10 000 m de dénivelé. 

High Scardus Trail entre Prizren et PeshkopiJérémy Bigé traversée des Balkans

Fidèle à mes habitudes, je pars léger, avec de quoi bivouaquer et me nourrir pour trois jours. L’idée est de longer les crêtes au maximum en évitant de trop redescendre dans les vallées. Pour autant, il est possible de suivre un itinéraire plus aisé qui s’en va au village à chaque fin d’étape et se termine au niveau d’une guesthouse. De cette façon, il est envisageable de coucher quasiment chaque soir entre quatre murs à Prevallë (épicerie), Vejce, Veshala, Brod (épicerie), Radomirë, Grame, Zagrad et Hinoskë. Quelques informations et descriptions à ce sujet sont disponibles ici. Les sentiers n’existent pas complètement sur les applications de cartographie comme Maps.me, Outdoor Active, ou Google Maps, mais il est réalisable de se procurer des cartes papier auprès des offices GIZ à Tirana, Pristina ou Skopje, ce qui est conseillé ! J’ai vite compris que les sentes balkaniques n’avaient rien à voir avec tout ce que je connaissais. Les itinéraires sont globalement bien balisés avec une marque rouge et blanche. Cependant, les sentiers sont très peu empruntés et certains sont difficiles à suivre. Plutôt que de se lancer à corps perdu dans le massif, il est possible de prendre un guide auprès de différentes agences (Zbulo ! par exemple). Combien de fois me suis-je tiré les cheveux, errant à l’aveugle dans les pentes herbeuses ! Pour les plus téméraires, l’escapade est envisageable sans assistance. La preuve, j’en suis venu à bout seul.

Jérémy Bigé traversée des Balkans
Bivouac sur les crêtes des monts Sharr (Jérémy Bigé)

Des cimes herbeuses à perte de vue   

Parcourir le High Scardus Trail, c’est marcher sur un fil. Sur les crêtes, je me sens  comme un funambule en équilibre. Le sentier s’étale en dent de scie à travers la roche à 2500 m d’altitude. Un pas de côté seulement suffit à changer de pays. Peu à peu, la trace débouche sur des cimes herbeuses qui s’allongent à perte de vue.

Jérémy Bigé traversée des Balkans
Les crêtes des monts Sharr (Jérémy Bigé)

En parcourant ces longues langues de verdure, j’ai l’impression de rentrer dans une autre dimension. De toute cette traversée hors du temps, je ne croise aucun marcheur étranger ou autochtone. J’ai la sensation privilégiée de fouler des terres complètement préservées de l’activité humaine. Seuls quelques rares bergers s’en vont mener les brebis à la pâture et m’indiquent une direction vague lorsque je leur demande ma route. Encore plus loin au sud, je franchis de larges steppes sans fin rappelant quelque peu les paysages d’Asie centrale. 

Jérémy Bigé traversée des BalkansJérémy Bigé traversée des Balkans

De nombreux sommets à plus de 2500 m parsèment le parcours, mais il en est un plus remarquable que les autres : le Mont Korab - l’entrée en Albanie - culminant à 2764 m, point le plus haut du massif et du pays. Loin de l’alpinisme, l’ascension offre tout de même le privilège de côtoyer le royaume de roche hostile que l’on retrouve dans nos hauts massifs français. Les plus intrépides peuvent aller faire le détour par le mont Tito (2747 m) et par la même occasion aller à la rencontre de l’histoire : ce sommet porte le nom de Josip Broz Tito, dirigeant de l’ex-Yougoslavie de 1943 à 1980. 

Jérémy Bigé traversée des Balkans

Une hospitalité remarquable

La quête du dépaysement nourrit mes pérégrinations. Je n’ai pas de plus grande joie que de partager un moment avec quelqu’un dont je ne comprends pas un traître mot, ou que de redouter la saveur d’un aliment exotique. J’aime être dépossédé de mes points de repère et de me laisser aller à l’instinct de découverte, ce flair qui, quelque soit la destination, mène au bon endroit. Sur le High Scardus Trail, je suis servi. Il m’arrive ponctuellement de croiser sur le sentier la route d’un paysan montant au pâquis avec son cheval, ou bien de tomber sur une estive accrochée aux pentes d’une montagne et dans laquelle on me convie à partager un café à la turque.

Jérémy Bigé traversée des BalkansJérémy Bigé traversée des Balkans

Contrairement à la Via Dinarica, où les sentiers sont très peu utilisés, le réseau du Scardus sert de voie de communication entre différentes vallées. Comme en Himalaya, le randonneur voyage sur les chemins de vie des habitants. Les chaussures deviennent alors le stéthoscope des va-et-vient locaux. 

Jérémy Bigé traversée des BalkansJérémy Bigé traversée des Balkans

Après 4 nuits sous tente, je décide de faire un crochet par Zagrad, alors que le soleil se couche. Je croise deux adolescents en train de rentrer les chevaux à l’orée du village. Quelques mots suffisent pour qu’ils m'invitent à passer la soirée chez eux avec leur famille. Particulièrement en Albanie et au Kosovo, l’hospitalité est remarquable. Il m’est arrivé plusieurs fois de proposer une participation financière pour le lit et le souper sans que cela aboutisse. Mon hôte désigne alors le ciel en expliquant qu’on le lui rendra. Au menu souvent : légumes du jardin, viande de l’étable, pain handmade, produits laitiers de la ferme et bière locale ! La maisonnée s’amuse à me répéter dans un anglais approximatif entre deux bouchées : « Tout est bio ! »

Jérémy Bigé traversée des BalkansJérémy Bigé traversée des Balkans

Des montagnes peuplées d’ours bruns

La faune de proximité que l’on peut côtoyer en France comme les marmottes ou les bouquetins est absente. Les montagnes sont par contre peuplées d’ours brun ! Dans les parties boisées, je passe de longues heures à chanter à tue-tête ou à frapper mes bâtons l’un contre l’autre pour avertir de ma présence. L’ours devient dangereux quand on le surprend à courte distance. Attention donc le long des cours d’eau, quand la végétation prolifère. Il est susceptible de ne pas desceller le pas du marcheur qui s’en va dans sa direction. 

Sur les crêtes des monts Sharr (Jérémy Bigé)

Un soir, sur les crêtes des monts Sharr, je me retrouve nez à nez avec un jeune spécimen. À distance raisonnable, je peux profiter du spectacle sans danger. Le plantigrade va et vient à travers la pente, retournant des rochers pour se saisir des insectes cachés. Je pourrais affirmer avoir croisé plus d’ours que de randonneurs sur le High Scardus Trail ! Des locaux m’ont également informé qu’à la nuit tombée, il était possible d’entendre les loups hurler à la Lune.

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