Alors qu’il y a à peine quelques semaines, la Pierra Menta célébrait ses 40 ans d’histoire, son fondateur, Guy Blanc, s’est éteint. Visionnaire et passionné, il laisse derrière lui un monument du ski-alpinisme.
Il fallait une sacrée dose d’imagination, et sans doute autant de courage, pour oser imaginer, au milieu des années 1980, relier à ski et en alpinisme les grands sommets du massif du Beaufortain. Et pourtant, c’est précisément ce que Guy Blanc, fils du fondateur de la station d’Arêches-Beaufort, va faire. Alors même que le ski-alpinisme demeure une pratique marginale, portée par une poignée de montagnards passionnés et alpinistes aguerris, il imagine une épreuve d’endurance de quatre jours et de plus de 10 000 mètres, là où la montagne relevait encore surtout de la randonnée hivernale et du ski de printemps.
« On a commencé à voir des Italiens du CAI et des Français du CAF faire des sorties ensemble, racontait-t-il plus tard. Ce n’étaient pas vraiment des courses, plutôt des randonnées communes. Et puis on s’est dit : pourquoi pas une course ? »
C’est bien autour d’une raclette partagée avec Bruno Chardin, alors directeur de la station, Guy Sevessand, fin connaisseur des courses italiennes de ski-alpinisme, et plusieurs figures locales de la montagne comme Bernard Cessot, Georges Favre ou encore Édouard « Doudou » Emprin, futur directeur de course, que Guy Blanc lance l’idée de ce qui deviendra, sans qu’ils en mesurent encore pleinement la portée, la course la plus emblématique de la discipline.
« Mon papa a toujours aimé inventer des choses un peu exotiques », nous racontait son fils Sébastien Blanc, aujourd’hui président de l’organisation, à l’aube de la 40e édition. « Quand il était directeur d’école de ski, il imaginait déjà toutes sortes de défis pour les vacanciers. Il avait rêvé d’un Paris-Dakar des neiges sur une semaine… Mais on lui a dit : sept jours, c’est peut-être un peu long. Faisons déjà quatre, et on verra. »
Ainsi est lancé le pari, et en 1986, la première édition de la Pierra Menta voit le jour. Trente-six équipes prennent le départ, dont onze seulement sur le parcours le plus exigeant, dans des conditions rudes mais portées par un enthousiasme collectif. Très vite, les habitants d’Arêches-Beaufort s’impliquent, encouragent, et participent à l’organisation, donnant à l’événement une dimension communautaire encore présente aujourd’hui. Et déjà, malgré des moyens modestes de l’époque et une logistique encore expérimentale, les organisateurs se laissent surprendre par la vitesse des premiers concurrents, arrivés bien plus tôt que prévu.
« La première étape était soi-disant trop longue, se souvenait Guy Blanc, mais finalement les coureurs étaient solides, bien moins qu’aujourd’hui certes, mais ils arrivaient vite malgré tout. On a juste eu le temps de tendre deux banderoles au Planay pour l’arrivée ! Après ça, on ne s’est plus fait surprendre. »
Quarante ans plus tard, la course est devenue un monument. Chaque mois de mars, près de 220 équipes issues du monde entier convergent vers Arêches-Beaufort pour quatre jours de traversée en haute montagne. Une épreuve d’environ quinze sommets et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif, qui s’est imposée comme un passage obligé pour l’élite mondiale du ski-alpinisme et un rendez-vous incontournable pour le public qui l’anime sur les pentes du Grand Mont.
Au fil des années, la Pierra Menta a aussi gagné une reconnaissance internationale majeure, jusqu’à accueillir les championnats du monde de longue distance par équipes en 2021, sous l’égide de la Fédération internationale de ski-alpinisme. Une consécration pour une épreuve née presque par improvisation.
Au-delà du palmarès et des formats, la Pierra Menta est restée ce qu’elle a toujours été dans l’esprit de son créateur : une grande épreuve, certes, mais aussi une grande fête, où se mêlent sportifs de haut niveau, amateurs, bénévoles et habitants, dans une atmosphère d’encouragement permanent.
Les coureurs eux-mêmes citent la « Pierre » comme une course à vivre au moins une fois, tant pour sa difficulté que pour son ambiance unique. Parmi les noms qui ont façonné son histoire, ceux de Kilian Jornet, Matteo Jacquemoud ou encore Laetitia Roux ont réagi, ces derniers jours à la disparition de Monsieur Blanc. Il laisse derrière lui l’héritage d’une course, transmise à son fils Sébastien qui en a repris le flambeau, et déjà incarnée par son petit-fils Arthur, à son tour au départ, dossard accroché dans les traces de son grand-père.
Photo d'en-tête : Pierra Menta / Jocelyn Chavy- Thèmes :
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