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Pierra Menta : comment en 40 ans une course de village est devenue la légende du ski-alpinisme

  • 6 mars 2026
  • 8 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Quarante ans que « la Pierre », comme la surnomment aujourd’hui ses fidèles, s’impose comme une référence mondiale du ski-alpinisme. Du 11 au 14 mars, la Pierra Menta célébrera sa 40ᵉ édition dans le massif du Beaufortain, au départ du village d’Arêches-Beaufort. Quatre jours de compétition, quinze sommets traversés et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif : une épreuve dantesque, devenue au fil des décennies un passage obligé pour l’élite de la discipline. Présents depuis les premières éditions et aujourd’hui aux manettes de l’organisation, Pierre-Yves Krier et Sébastien Blanc reviennent sur la naissance et l’ascension de cette course mythique, surnommée le « Tour de France du ski-alpinisme » ou le « Dakar des neiges ».

Une idée un peu folle autour d’une raclette

L’histoire de la Pierra Menta commence à l’été 1985. Autour d’une raclette entre amis, quelques passionnés imaginent une course un peu folle : relier à ski les grands sommets du massif du Beaufortain pendant plusieurs jours. À l’origine du projet, Guy Blanc, fils du fondateur de la station d’Arêches-Beaufort, entouré de Bruno Chardin, alors directeur de la station, et de Guy Sevessand, qui connaît bien les courses italiennes de ski-alpinisme. Rapidement, d’autres montagnards du coin rejoignent l’aventure : Bernard Cessot, Georges Favre ou encore Édouard « Doudou » Emprin, qui fera office de directeur de course — un rôle qui n’existe pas encore officiellement.

« Mon papa a toujours aimé inventer des choses un peu exotiques », raconte Sébastien Blanc, fils du fondateur et aujourd’hui président de l’organisation. « Quand il était directeur d’école de ski, il organisait déjà toutes sortes de challenges pour les vacanciers. Un jour, il a voulu faire un Paris-Dakar des neiges… sur sept jours. Mais on lui a dit : sept jours, c’est peut-être un peu long. Faisons déjà quatre, et on verra.» Le format est finalement ramené à quatre jours — une durée qui deviendra la signature de l’épreuve, et qui « permet déjà de faire de très beaux parcours. », affirme le directeur de course Pierre-Yves Krier, dont l'histoire avec la Pierre remonte elle aussi à ses débuts. Simple bénévole à la première édition, il a rapidement rejoint l’équipe des traceurs et, au fil du temps, pris la responsabilité de l'épreuve.

Pierra Menta : le nom s’impose naturellement. C'est celui du sommet emblématique du Beaufortain culminant à 2 714 mètres, reconnaissable à son impressionnant éperon rocheux de 120 mètres qui domine la vallée. Selon la légende locale, le géant Gargantua aurait donné un coup de pied dans la chaîne des Aravis, projetant ce gigantesque bloc de pierre jusqu’au Beaufortain.

La première édition voit donc le jour en 1986. Trente-six équipes prennent le départ, dont onze seulement sur le parcours le plus exigeant. Au départ, plusieurs formats sont testés : 4 000, 7 000 ou 10 000 mètres de dénivelé. Mais très vite, le choix des coureurs est clair : la difficulté sera l’ADN de la course. « Dans les premières années, tout le monde voulait faire le 10 000 », se souvient Sébastien Blanc. « On avait vraiment des sportifs qui voulaient faire le maximum. »

Une épreuve devenue référence mondiale

Quarante ans plus tard, la Pierra Menta est devenue l’une des grandes références du ski-alpinisme. Chaque mois de mars, près de 220 équipes venues du monde entier se retrouvent dans les rues d’Arêches-Beaufort pour prendre le départ de cette course en duo. Parmi les noms qui ont marqué l’histoire de l’épreuve figurent notamment Kilian Jornet, Matteo Jacquemoud ou encore Laetitia Roux, tous passés par les pentes du Beaufortain.

Mais pour les organisateurs, la renommée de la Pierra Menta tient surtout à une combinaison unique : sa durée, sa difficulté et son ambiance.

Le premier élément qui distingue la course est son format : peu d’épreuves de ski-alpinisme se déroulent sur quatre jours, ce qui crée une atmosphère particulièrement conviviale, explique Pierre-Yves Krier : « Les compétiteurs se voient tous les jours. Sur une épreuve d’un jour, c’est différent : chacun arrive, court et repart. Là, sur quatre jours, ils ont vraiment le temps de se rencontrer dans le village et d’échanger ».

Ce qui fait la force de la course, ce sont les quatre jours, la qualité des parcours, l'ambiance, l'organisation, l'arrivée. Et le samedi, c'est sûr qu'il y a un monde fou : 3 000 spectateurs qui montent à ski ou en raquettes au Grand Mont

« Tout le monde dort ensemble dans des centres de vacances, ajoute Sébastien Blanc, président du comité d’organisation. Avec l’inscription, l’hébergement et les repas sont compris. Donc vous pouvez, selon les années, vous retrouver dans le même centre que Kilian Jornet, Rémi Bonnet ou William Bon Mardion. » « Quand on en discute avec les coureurs, ils disent souvent que ce sont quatre jours sur une autre planète », poursuit-il. « Pour eux, c’est presque des vacances. On n’a pas l’impression que c’est une course. »

Du vrai ski-alpinisme, avec des descentes pentues et de longues montées

Mais la légende de la Pierra Menta tient aussi à ses parcours. Chaque année, les traceurs imaginent des itinéraires différents, adaptés à la météo et aux conditions de neige, avec un objectif clair : rester fidèle à l’esprit du ski-alpinisme. « Du vrai ski-alpinisme », insiste Pierre-Yves Krier : « avec des piolets, des crampons, des baudriers, des passages à pied, des arêtes, des descentes pentues et de longues montées en peaux de phoque. Depuis le début, on a toujours gardé cette idée-là.»

« Moi, ce qui m’intéresse, c’est de proposer le plus beau ski-alpinisme possible à notre niveau », ajoute-t-il. « Et puis les coureurs nous mettent aussi la pression : ils viennent ici pour faire de beaux parcours. Alors nous, on essaye de faire au mieux. »

Pour concevoir ces itinéraires, il s’appuie sur une équipe d’une dizaine de personnes, dont huit chefs traceurs. Un rôle qu’il a lui-même occupé pendant de nombreuses années. « Les décisions sont toujours prises collectivement. Moi, je valide ensuite le parcours, surtout pour les questions de sécurité, avec mon expérience du terrain. »

La Pierra Menta repose aussi sur un modèle rare : une organisation entièrement bénévole. Plus de 300 volontaires participent chaque année à la mise en place de l’événement, depuis la logistique jusqu’au traçage des parcours. « On en est à la troisième génération de coureurs, de bénévoles, et de spectateurs », explique Sébastien Blanc. Certains viennent aujourd’hui avec leurs enfants parce que leurs parents les emmenaient déjà voir les coureurs au sommet du Grand Mont. »

Il ne faut pas non plus oublier le public, fidèle au rendez-vous. Chaque année 3 000 spectateurs montent à ski ou en raquettes au Grand Mont pour assister à la dernière étape de la course en pleine montagne. Clochettes, fanfares, pique-niques improvisés ou fondue partagée dans la neige : cette dimension populaire fait pleinement partie de l’ADN de la Pierra Menta, souligne Sébastien Blanc. Autrefois, l’arrivée de cette étape se faisait même directement au sommet du Grand Mont. « Le samedi, à l'époque, on montait tout en haut. Il y avait parfois 3 000 personnes au sommet, se souvient le directeur de course. Les familles montaient en randonnée, certains en baskets, d’autres en skis. Nous, on avait monté du bois et il y avait des bénévoles qui faisaient de la fondue. C’était vraiment la fête du ski-alpinisme. Pour les coureurs, c’est un moment incroyable. » Pour des raisons de sécurité, l’arrivée se situe aujourd’hui un peu plus bas, au col de la Forclaz, toujours sur le massif du Grand Mont. Mais l’esprit, lui, n’a pas changé.

Une course qui a évolué avec le sport

En quarante ans, le ski-alpinisme a profondément évolué, notamment avec l’apparition de matériel toujours plus léger et performant. Une transformation que les organisateurs de la Pierra Menta ont observée de près, au fil des adaptations du règlement. « Nous, on s’aligne sur le règlement international et celui de la Fédération française de montagne et d’escalade », explique Blanc. « Mais depuis trente ans, c’est un peu le jeu du chat et de la souris : certains essaient toujours de gagner quelques grammes, alors que le règlement se durcit au fur et à mesure. »

Les exemples ne manquent pas. À une époque, certains jeunes coureurs allaient jusqu’à couper un crampon sur deux sous leurs chaussures pour gagner… trois grammes. « Aujourd’hui, les chaussures ont un poids minimum. Avec le carbone, ils sont capables d’aller très loin pour alléger le matériel », sourit le président de course. Chez les hommes, une chaussure ne peut ainsi pas descendre sous environ 450 grammes. D’autres astuces ont également marqué les débuts de la discipline. « On a découvert un coureur qui prenait une paire de chaussures carbone une taille en dessous et coupait l’avant du chausson pour avoir les pieds nus au bout, juste pour gagner un chouïa de poids », raconte-t-il. « En montagne, s’il fait froid, ce n’est pas forcément l’idée du siècle… »

Même les équipements de sécurité ont dû être encadrés plus strictement. La pelle à neige, par exemple, était obligatoire dès les premières années. « Certains arrivaient avec de vraies pelles en métal, d’autres avec des petites pelles en plastique pour faire des châteaux de sable », se souvient Sébastien Blanc. Résultat : aujourd’hui, le règlement impose une pelle en aluminium aux dimensions précises et conforme à une norme définie.

Autre anecdote révélatrice : la fameuse « quatrième couche » obligatoire dans le sac à dos. « On demandait une doudoune, mais on n’avait pas précisé la taille. Certains arrivaient avec une veste pour enfant de 8 ans… » Depuis, là encore, les règles ont été précisées : la doudoune doit être adaptée à la taille du coureur et respecter un poids minimum — 300 grammes pour les hommes, 280 pour les femmes.

Des pointes à plus de 1 800 m/h sur les ascensions

Au-delà du matériel, c’est aussi le profil des athlètes qui a changé. « La course est devenue beaucoup plus rapide », observe Pierre-Yves Krier, qui attribue en partie cette évolution à l’arrivée de nombreux trailers dans la discipline. Les grandes vedettes, comme Kilian Jornet, Matteo Jacquemoud ou Laetitia Roux affichent désormais des vitesses d’ascension moyennes d’environ 1 200 mètres de dénivelé par heure, avec des pointes à plus de 1 800 m/h.

En revanche, la dimension purement technique a légèrement évolué. « Au début, il y avait surtout des montagnards. Aujourd’hui, certains coureurs sont avant tout des trailers », note-t-il. « Parfois, quand on passe dans des sections plus techniques, ça bouchonne un peu. »

Le niveau féminin, lui, a connu une progression spectaculaire. « Avant, la première équipe féminine tournait autour de la 50ᵉ place au classement scratch. Aujourd’hui, elles sont plutôt autour de la 30ᵉ. Il y a eu une énorme évolution. »

« On restera dans nos valeurs »

Alors que le ski-alpinisme a fait son entrée aux Jeux olympiques d’hiver de 2026, la Pierra Menta revendique sa singularité. Face aux formats olympiques courts et explosifs, l’épreuve savoyarde reste fidèle à une vision plus traditionnelle de la discipline. « Aux Jeux, c’est très court, très rapide. C’est presque la roulette russe : vous faites une erreur et la course est perdue », résume Sébastien Blanc. « Nous, on va sur de vraies arêtes, dans de vrais couloirs, avec de vraies descentes. C’est un ski-alpinisme totalement différent. » « On restera dans nos valeurs », affirme de son côté Pierre-Yves Krier, qui avait qualifié les formats olympiques de « ski fitness ».

La reconnaissance internationale n’en est pas moins bien réelle. En 2021, la Pierra Menta a accueilli les championnats du monde de longue distance par équipes, organisés par l’International Ski Mountaineering Federation. Une consécration pour l’épreuve, qui servira à nouveau de support à ce championnat lors de cette 40ᵉ édition. « C’est une immense fierté pour toute la famille de la Pierra Menta », souligne l’organisation.

Au fil des années, la course a aussi accumulé son lot de souvenirs marquants. « Les moments forts ? Quand les Français gagnent », sourit Pierre-Yves Krier. « Forcément, ça nous fait toujours plaisir. Mais c'est surtout de se retrouver entre nous. Ce n’est pas un jeu : c’est un gros engagement, beaucoup de travail. Mais on le fait entre copains, et c’est ça qui compte : faire la fête ensemble. »

Pour célébrer les 40 ans de l’épreuve, les festivités resteront à l’image de la course : simples et conviviales. « Après la remise des prix, il y aura un apéritif, un petit cadeau d’anniversaire et un groupe de musique », glisse Sébastien. Et on ne finira pas trop tard, parce que bien sûr, on a tous vieilli ! Après quatre jours de course, on est surtout contents d’aller se coucher. »

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