Sans sponsor ni coach, l’ex chasseur alpin de 26 ans reconverti en barman décrochait en février dernier la 2e place sur l’un des ultras les plus engagés du monde. 608 km et plus de 11 500 m de D+ dans le grand Nord canadien. -40° certains jours. 3% de finishers. Devant lui, rien moins que Mathieu Blanchard. Pas mal pour un traileur passionné, qui, au départ, se serait estimé heureux de boucler l’épreuve. Depuis, ce gars simple et direct garde la tête sur les épaules, mais rien n’est plus vraiment comme avant, raconte-t-il, à la veille de prendre le départ de la MaXi-Race, organisée à Annecy ce week-end. Son format ? Le 100 km bien sûr, histoire de « ne pas perdre la dynamique ». Une mise en jambes avant du plus long. Et surtout du (beaucoup) plus froid.
Certaines marques doivent s’en mordre les doigts aujourd’hui : avant de se lancer sur le Yukon Arctic Ultra, le jeune Guillaume Grima a fait le tour des stands des équipementiers à l’UTMB. « Certaines semblaient intéressées, mais n’ont pas donné suite. Alors je n’ai pas de partenaire », nous expliquait-il en février. Contre toute attente, il a fini cette épreuve qui s’enorgueillit de ne compter que 3% de finishers. Mieux, il s’est classé 2e à l’issue de 8 jours, 2 heures et 24 minutes de course et d'une remontée sidérante sur le vainqueur, Mathieu Blanchard (7 jours, 22 heures et 14 minutes). Un exploit qui a soudain braqué les feux des médias sur ce traileur discret, amoureux des sentiers et jamais plus heureux que quand il est dans le grand Nord.
De retour en Europe pour la saison, non plus en restauration, son 2e métier, mais chez Décathlon Genève, ce sportif accompli qui compte aussi 15 ans de tennis en club, s’est vu confier le rayon running. Une sécurité pour un athlète qui se rêverait bien pro, mais « à mi-temps au début ». Prudence. Une chose après l’autre, nous confie-t-il.
Sa récup post Yukon
« Après le Yukon Arctic Ultra j'ai fait une coupure pendant trois semaines : zéro sport, mais un peu de traîneau quand même avec mes chiens. Je n’avais aucune séquelle suite à mon ultra. Disparues mes douleurs aux genoux, vraiment, je m'en suis bien remis. Du coup, je suis rentré en France le 1er mars [il habite non loin d'Annecy], et j'ai repris la course à pied doucement, un peu de vélo aussi. Car j’avais d'autres objectifs, d'autres courses en tête ».
Une tête qu’il garde froide, même s’il jouit désormais d'une certaine notoriété. Sur son passage, certains le reconnaissent, mais c’est surtout sur les réseaux sociaux qu’il est sollicité. « On m’envoie des messages, on me pose des questions », dit-il. « J’y réponds avec plaisir. Certains aimeraient faire, eux aussi, une course polaire. Donc là, je prends le temps de leur répondre un peu plus longuement ».



Des sponsors en vue ?
Outre quelques followers supplémentaires, Guillaume Grima a gagné dans l’affaire une agence de communication : SD management. « Beaucoup plus tournée vers le rugby, elle s’ouvre vers la course à pied. Ce sont eux qui m’ont contacté pour potentiellement me mettre en relation avec des marques. Je ne m'y attendais pas vraiment. Pas du tout, même. J'ai accepté. J’étais toujours en recherche de sponsors.
Pour la Yukon, j’avais tout financé moi-même. C’est un gros investissement : 8 000 euros pour le seul matériel. Donc, je n'ai pas hésité. J'ai sauté sur l'occasion. Pas mal de marques semble intéressées, c’est en cours, surtout pour des dotations matérielles (chaussures, nutrition…). Côté financier, c'est un peu plus compliqué, c’est normal, elles attendent un peu de voir mes prochains résultats ».
« Surtout ne pas perdre la dynamique »
« Depuis la Yukon, j’ai plus de motivation pour continuer et m'entraîner. Maintenant que j'ai un pied dedans, un gros pied dedans, j'ai envie de continuer à progresser. J'ai vraiment envie de garder cette dynamique. J'ai envie de continuer, de refaire des cycles d'entraînement, puis d'arriver prêts sur mes objectifs. Surtout sur du très long. C’est mon point fort, et dans des conditions assez extrêmes. L’hiver dans le grand Nord, c'est la période de l’année que j'attends le plus. Du coup, les courses que je vais faire durant l'été, les trails, les ultras me servent à travailler la vitesse, la force ou l’endurance. Pour mettre tout ça ensemble et le mettre profit l'hiver, sur des courses polaires.
Quatre courses avant l’hiver canadien
Dans la foulée de la Yukon Arctic Ultra, Guillaume Grima, s’est établi un joli programme. Seul et toujours sans coach. « Je me connais bien maintenant. Mais je vais peut-être établir un partenariat avec une salle de sport pour améliorer certains points », dit-il.
On l’a vu ainsi sur un trail de 32 km et 2 000 m de D+ tout près de chez lui (15e sur 300). Et un 110 km en Croatie, le 12 avril, l'Istria, où il s’est classé 22e sur 450 : « j’ai un peu souffert de la chaleur », raconte ce Canadien d'adoption. « Ce week-end, j’ai réussi à décrocher un dossard pour le 100 km de la MaXi-Race, je suis super content. Ce n'est pas mon objectif principal cette année, plutôt un entraînement pour le 100 Miles du Val d'Aran le 4 juillet. J'ai fait la reconnaissance complète le week-end dernier, en deux jours. Et je compte bien honorer le dossard ce week-end. Et puis après, en septembre, ce sera le 115 kilomètres du Wildstrubel en Suisse avant de rentrer dans le Yukon ».
2026 et 2027 : du froid, du sauvage
A son programme aussi, mais pour 2027, du très long encore, et du très froid. « L’Iditarod Trail Invitational 350 en 2026 où il y a 50 places, indispensable pour participer à l’Iditarod Trail Invitational 1000 en 2027. Où il n’y a que trente places seulement. La sélection s’y fait sur dossier. Sur le 350, organisée en février, je suis encore en liste d'attente. A tout moment, une place pourrait se libérer pour moi. Mais je pense que dans tous les cas, même si je ne suis pas pris, j'irai tout de même dans le Yukon, au moins pour faire une autre course polaire et, pourquoi pas, participer en tant que bénévole sur l’Iditarod ».
Car le Canada commence déjà à lui manquer un petit peu. Ses amis, sa famille d'adoption, et aussi l’espace, l’environnement. « Là-bas, on a beaucoup plus de place qu’ici pour s'exprimer dans la nature. Quand je m’y entraîne et que je monte en haut d'une montagne, autour, il n'y a rien d'autres. Pas une ville autour. Du coup, je me sens un petit peu à l'étroit ici. Pas oppressé, mais un petit peu à l’étroit. Et puis c'est aussi la mentalité. Le Yukon, c'est beaucoup plus nature, beaucoup moins dans l'artifice.
Là bas, il faut avoir l'esprit de découverte, avoir envie de s’immerger dans un monde qu'on ne pouvait même pas imaginer. Quand il fait très froid, tout devient différent. Notre matériel réagit différemment et nous aussi. Par des températures extrêmes, on ne réfléchit pas de la même façon. Donc on va trouver du plaisir dans la découverte d'un nouveau milieu, d'un nouveau monde. Et puis à la fin, se découvrir soi-même, comme cette année, où je m’y suis plongé corps et âme », conclue-t-il.
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