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Up Wind by Mer Concept
  • Aventure
  • Water Sports

François Gabart lance un programme pour donner aux femmes les moyens d’exceller dans la course au large 

  • 19 juin 2024
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Sur la Route du rhum, le Vendée Globe ou encore le Trophée Jules Verne, les femmes sont encore trop rares aujourd’hui, faute de moyens, d'expérience ou de confiance en soi. Devant ce constat, François Gabart, marin le plus rapide autour du monde à la voile et en solitaire, vient de lancer une opération inédite, UpWind by MerConcept. De quoi faire tomber les barrières et permettre la montée en puissance de sept navigatrices choisies parmi 130 candidates à l’issue d'une rude sélection. Objectif ? Embarquer à bord de l'Ultime Lazartigue pour une tentative de Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026 ; voire un Trophée Jules Verne. En attendant, elles enchaînent les courses sur le circuit Ocean Fifty afin de parfaire leur formation dans le cadre d'un programme intense.

François Gabart
(Up Wind by Mer Concept)

« La pluralité est une facteur de performance dans les équipes », est convaincu François Gabart, marin qu’on ne présente plus. Vendée Globe, Transat Jacques-Vabre, Route du Rhum … il est monté tout en haut de tous les podiums, et plusieurs fois pour certains, jusqu’à décrocher en 2017, le record du tour du monde en solitaire en 42 jours 16 h 40 min 35 s. Depuis des années, s’il remarque que les femmes sont de plus en plus présentes dans la compétition, elles restent désespérément rares dans la course au large.

Or nous explique-t-il, « moi j’ai grandi avec la Route du Rhum et la victoire de Florence Artaud, en 1990. Presque 35 ans… et aujourd’hui je ne vois pas plus de femmes sur le multicoques. Pour qu’elles s’y lancent, il faut qu’elles aient des roles models. Florence a, un temps, joué ce rôle-là. Depuis, bien sûr, on a vu des navigatrices extraordinaires, comme Sam Davis, Helène McArthur, Catherine Chabaud, pour ne citer qu’elles. Clarisse Crémer a aussi montré qu’on pouvait concilier sport de haut niveau et famille. Mais aujourd’hui, on ne peut que constater que les femmes sont encore trop peu nombreuses à se lancer dans la folie de la course au large. Elles se disent qu’elles sont peut-être capables de le faire, mais elles ne peuvent pas vraiment se projeter. Ce n’est pas satisfaisant alors que partout ailleurs, dans le milieu professionnel, on les voit les progresser.

C’est un sujet qui m’interpelle. Je suis aussi papa. Je sais que ce n’est pas si simple de concilier ça avec une vie professionnelle. La famille, le couple, comment rééquilibrer notre société au sens global, ça me touche beaucoup. »

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Premier objectif ? Détecter les talents

Cette idée de faire monter en puissance les femmes sur la course au large, François Gabart l’avait en tête depuis quelques années déjà. La Route du Rhum et l’arrivée en 2022 de Cécile Andrieu, aujourd’hui Directrice du Département Racing chez MerConcept, va accélérer les choses. 

2024 verra son projet se concrétiser. François Gabart et son écurie MerConcept lancent un programme pour favoriser la mixité dans la course au large, en collaboration avec 11th Hour Racing, organisation connue pour son engagement dans la santé des océans qui souhaite aujourd’hui élargir son spectre afin d’inclure la diversité et l’accessibilité à la course au large.

Premier objectif ? Détecter les talents. Un appel à candidature est lancé au niveau international. Contre toute attente, 130 navigatrices postulent en mars dernier. Révélant ainsi un immense enthousiasme pour le projet. « On ne s’y attendait pas, au vue de la faible représentation des femmes sur la Route du Rhum. Je savais qu’il y aurait des candidates, des dizaines dans doute… mais plus de 130 !... Et en plus internationales ! En soi, c’est déjà une réussite. Cela montre qu’il y a un besoin et oui, des barrières. Beaucoup de postulantes n’avaient pas trouvé les moyens de réaliser leur rêve. Quand on habite en Bretagne, c’est plus facile mais quand on vit en Inde ou en Uruguay, c’est autres chose. L’accès à la course au large est encore plus difficile à l’étranger, et plus encore pour les femmes. La voile restant un sport d'homme riche et blanc. C’est en train de changer - Hélène McArthur est un contre-exemple extraordinaire, elle vient d'un pays anglo-saxon, d'un milieu pas très aisé, et son parcours est incroyable - mais c’est très lent. »

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7 navigatrices sélectionnées, dont 2 Françaises

Des 130 candidates, ne restera à la fin de plusieurs étapes de sélection que 7 navigatrices. Leur nombre devait se limiter à 6 mais l’intégration d'une 7e c’est imposée au jury, vu le niveau de la postulante. « Nous cherchons des skippers avec une bonne expérience de la navigation, que ce soit au large, en dériveur, match-racing ou en série olympique, mais aussi et surtout, des personnes ayant le désir profond de participer à un projet différent. », explique Cécile Andrieu. (…) « L’idée est de former deux groupes : un premier, axé sur la performance, qui participera aux Grands Prix et aux épreuves transatlantiques, et un deuxième qui sera en charge des convoyages et des entraînements, en vue d’engranger de l’expérience. » 

L’équipage, très international (il comprend 2 Françaises seulement), est désormais constitué. Drivé par l’Italienne Francesca Clapcich, navigatrice professionnelle, athlète olympique, parmi les plus polyvalentes au monde, il se concentre maintenant sur la suite de la saison. Les entraînements ont débuté à Concarneau. Et après l’Act1 des Ocean Fifty Series qui s’est tenu à St Malo du 22 au 26 mai, c’est dans la baie du Pouliguen que se déroulent actuellement des régates courtes avant un grand parcours de 24h à sillonner les côtes ligériennes et le grand large. Quatre épreuves majeures sont à son programme entre juin et octobre, dont une transatlantique.

https://youtu.be/w4PVWhE0mAw?si=xi4mLnO7N014L6kn

En ligne de mire, la Route du Rhum, en 2026, mais aussi, à terme, composer des équipages mixtes. « On a du mal à le déchiffrer, mais dans une équipe mixte, il y  a plus de respect, plus d'écoute », explique François Gabart. « La diversité crée de la valeur. Les défauts des mecs s’atténuent très fortement. Cela tempère, apporte quelque chose d'autre. On parle de bateau. Mais c’est pareil dans une réunion, un brain storming par exemple. Dès lors qu’il y a des gens de sexes, d'âges ou d'avis différents, c’est plus riche. En tant qu’entreprise à mission, nous devons changer le statu quo. Et chez MerConcept, nous sommes ravis de faire partie de la solution », conclut le navigateur.

Le programme 2024 des Ocean Fifty Series
Après l'Act 1, qui s'est déroulé à Saint-Malo du 22 au 26 mai - une série de parcours construits et au large, une première confrontation en guise de starter - cinq mois bien remplis attendent les navigatrices :
Act 2 – Pornichet – La Baule > du 19 au 23 juin. Trois équipages ligériens reçoivent leurs sept camarades dans leur jardin, la Baie de la Baule. Chacun aura eu un mois pour optimiser les réglages.
Act 3 – La Route des Terre-Neuvas, départ 17 août de Saint-Pierre et Miquelon, arrivée à partir du 23 août à Saint-Quay Portrieux. Une épreuve, en équipage de trois, digne de ceux qui venaient l’été pêcher la morue depuis la Baie de Saint-Brieuc.
Act 4 – Med Max Occitanie - Saïdia Resort, départ de Port-Camargue le 29 septembre, arrivée à Saïdia(Maroc) vers le 3 octobre. Une grande course vers le Maroc, destination jusqu’à présent inconnue des étraves Ocean Fifty. Les équipages, en double, traverseront la Méditerranée sans escale via la Sicile et Ibiza sur un parcours de 1500 milles.
Act 5 – Saint-Maxime > du 16 au 20 octobre. Quatre jours de régates au contact et de parcours au large.

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