« Le surf est l’art d’épouser une vague d’énergie, en ne laissant derrière soi qu’un sillage qui disparaît. » Dans Natural High, le réalisateur Jack Coleman signe un court métrage sensoriel et méditatif centré sur la figure de John Peck, pionnier du surf à Pipeline, inventeur du pigdog et personnage mystique de la culture californienne, disparu en 2025 à 81 ans. Le film capte une présence, une manière d’habiter la mer comme on entre en méditation, et nous entraîne dans un monde à part, fait de longues vagues qui déroulent, de dérives latérales et de figures lumineuses, porté par une bande-son omniprésente.
Au centre du film, il y a donc Peck, silhouette sèche, regard habité, pionnier mystique du surf et figure à part de la culture de la glisse. Sa voix déroule une pensée cosmique, presque incantatoire, où la vague naît du soleil, du vent, de l’eau, et relie le corps à quelque chose de plus vaste que lui. Dit comme cela, le projet pourrait sembler vaporeux. Il ne l’est pas. Parce que Coleman ancre sans cesse cette parole dans du concret : des planches shapées avec soin, des gestes transmis à un plus jeune, des sessions où le surf redevient un art du tempo, de l’attente, de l’attention.
C’est là que Natural High touche juste. Le film ne cherche ni à expliquer ni à glorifier. Il laisse vivre un monde : celui d’un homme pour qui surfer revient à se tenir au bon endroit, au bon moment, dans un rapport presque physique à l’énergie. Tout le film tient dans cette tension, entre spiritualité brute et science instinctive de l’océan.
Sous ses airs flottants, Natural High raconte aussi autre chose : la transmission d’une culture menacée de devenir simple esthétique. Une manière de rappeler que, bien avant la performance, le surf fut une discipline de sensation, de patience et de liberté.
Et que certaines vagues, quand elles sont vraiment surfées, disent davantage sur une vie que bien des discours.
Photo d'en-tête : Jack Coleman