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Film : « Dakar Dream », pas de voix off, pas de scènes fabriquées, la parole aux surfeurs sénégalais

  • 21 octobre 2026
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

On connaît les vagues de Dakar, immortalisées dès 1966 dans le film culte The Endless Summer. Beaucoup moins les Sénégalais qui les surfent depuis quatre générations. Voilà qui est réparé avec la sortie de Dakar Dream. Un superbe documentaire de 77 minutes que le réalisateur Alexander Volberding et le chef opérateur Jules Emile ont pris le temps de réaliser. Il aura nécessité un an de tournage, trois ans de montage et quelque 13 000 séquences à assembler, dont de nombreuses vidéos réalisées par les surfeurs eux-mêmes. Au cœur du film, trois surfeurs sénégalais, entre ambitions olympiques, rêves de compétition internationale et volonté de transmettre leur passion via des surf schools. Une immersion passionnante dans sa forme comme sur le fond. A découvrir gratuitement en ligne.

Depuis des décennies, les surfeurs étrangers viennent chercher le swell de Ngor, au large de Dakar. Un spot que sa situation géographique, à l’extrémité occidentale de l’Afrique, rend particulièrement attractif. Mais qui connaît vraiment ceux qui y surfent toute l’année ? Ceux qui y ont grandi, qui y ont appris à prendre leurs premières vagues et qui, aujourd’hui, tentent d’en vivre ou d’en faire un tremplin vers le plus haut niveau ? C’est à eux qu’Alexander Volberding a voulu consacrer Dakar Dream, remarquable documentaire de 77 minutes

Réalisateur, cadreur et monteur américain au parcours atypique, il est passé notamment par la Chine, le Mexique, le Pakistan et le Sénégal. Il parle plusieurs langues, notamment le mandarin et l’ourdou. Après des documentaires courts, Dakar Dream est son premier long métrage, il y a consacré quatre ans. Avec le chef opérateur belge Jules Emile, Alexander Volberding a pris le temps de raconter une communauté de surf de l’intérieur. Car il savait précisément ce qu’il voulait éviter, ce qu’il appelle le « journalisme parachuté ». « Quelqu’un débarque quelque part avec une caméra pour quelques semaines, puis repart en pensant pouvoir raconter l’histoire mieux que ceux qui la vivent. Je ne voulais pas faire ce genre de film », raconte-t-il à Surfer. 

Sa solution ? Confier aux surfeurs eux-mêmes une grande partie de la narration. Dans un post Instagram présentant le projet, le réalisateur insiste sur ce parti pris : pas d’interviews conventionnelles, pas de dialogues écrits à l’avance, pas d’équipe débarquant pour quinze jours à la recherche des plus belles lumières. Les voix que l’on entend sont donc celles des surfeurs, enregistrées notamment dans leurs messages vocaux WhatsApp, en wolof. Une partie des images provient également de leurs propres caméras. Neuf surfeurs sénégalais ont ainsi participé à la fabrication du film. Alexander Volberding a donné un nom à cette démarche : le « POVdoc », contraction de point of view documentary, autrement dit un documentaire construit à partir du point de vue de ceux qui vivent l’histoire. « C’est leur point de vue, et c’est ainsi que les choses devraient être », résume-t-il.

Pari réussi ! À l’écran, des images de surf spectaculaires, une ville bouillonnante et surtout le récit de trois personnages dont les ambitions dépassent largement les vagues de Dakar : Fallou Bousso, Déguène Thioune et Dame Samb qui, pour une fois, ne sont pas réduits à des sujets d’un film. Ils en sont aussi les narrateurs et, pour partie, les auteurs des images. Pour aller au bout de leurs ambitions, Alexander Volberding et son chef opérateur, le Belge Jules Emile, ont dû consacrer une année au tournage. Pendant son premier mois à Dakar, Jules Emile filme peu, surfe avec les locaux, partage leurs repas, discute, passe du temps avec eux. La communauté avait déjà vu défiler nombre de photographes, de marques et de vidéastes venus réaliser leurs images avant de disparaître aussi vite qu’ils avaient débarqué. Or « on ne peut pas espérer arriver quelque part, braquer une caméra sur les gens et capturer immédiatement quelque chose d’authentique », explique-t-il à Surfer. Avant d’ajouter : « Je n’ai jamais voulu que notre relation ressemble à une transaction. » La patience de l’équipe s’avère payante. Alexander et Jules récoltent énormément de matériel : des images tournées à différents moments – dont de nombreuses vidéos verticales – shootées par différentes personnes, sans scénario préétabli. Trois années supplémentaires de montage seront nécessaires pour qu’enfin le film voie le jour et qu’on découvre aujourd’hui le parcours de Fallou Bousso, Déguène Thioune et Dame Samb.

Déguène Thioune : la compétition et la place des femmes

Ces trois surfeurs sont au cœur de Dakar Dream. La jeune Déguène Thioune, 20 ans, rêve d’abord de compétition. Son objectif est de participer aux épreuves de la World Surf League, le circuit professionnel international. Mais cette ambition sportive se heurte à des obstacles très concrets : financer les déplacements, trouver des sponsors, disposer du matériel nécessaire pour rivaliser avec des athlètes issus de pays où le surf bénéficie d’un environnement économique autrement plus favorable. « Mon rêve, c’est de voir davantage de jeunes Sénégalais se mettre au surf, surtout les filles », explique-t-elle. Déjà apparue dans une campagne Mami Wata x Billabong, elle nourrit également des ambitions dans le mannequinat. Pour elle, les différentes facettes de sa vie ne sont pas incompatibles : il s’agit de montrer qu’une jeune Sénégalaise peut être surfeuse, compétitrice, modèle et inspirer d’autres femmes.

Fallou Bousso : le rêve olympique et la réalité économique

Fallou Bousso poursuit, lui, un objectif olympique. Vice-champion d’Afrique junior en 2023, il représente déjà le Sénégal dans des compétitions internationales, mais connaît parfaitement le fossé qui sépare les ambitions des moyens disponibles. Planches performantes, équipement, billets d’avion, déplacements… Pour un surfeur sénégalais, accéder au haut niveau représente un investissement considérable. Sa première planche marquante était une JS de 5 pieds 10 pouces. C’est avec elle que sa progression a véritablement commencé. Aujourd’hui, il enseigne également le surf à Copacabana Surf Village, à Dakar, aux côtés de Babacar « Babs » Thiaw, l’une des figures de la scène locale. Et son rêve ne se limite plus à la compétition. Il aimerait créer sa propre école, pour permettre aux enfants d’apprendre et surtout de progresser dans de bonnes conditions.

Dame Samb : une école pour ceux qui n’ont pas les moyens

Chez Dame Samb, cette volonté de transmission occupe déjà une place centrale. Sur la planche dès ses sept ans, il compte plus de 24 ans de pratique du surf. Il se souvient avoir économisé pendant cinq mois pour pouvoir acheter sa première planche. Une expérience qui a forgé sa détermination, mais qui lui a aussi fait prendre conscience d’une injustice : le talent ne suffit pas lorsque l’accès au matériel constitue déjà un obstacle. Son projet est de développer une véritable école de surf au Sénégal, soutenue par des partenaires et des sponsors, où les enfants pourraient s’initier, progresser et disposer d’équipements, même lorsque leurs familles n’ont pas les moyens de les acheter. Au sein de sa propre famille, il a déjà fait des émules : ses deux frères, Ismaila et Adama, partagent sa passion du surf. Ismaila, 23 ans, a d’ailleurs été remarqué. La marque Outerknown, associée à Kelly Slater, l’a choisi comme ambassadeur.

Projeté le 18 octobre au cinéma Pathé de Dakar, en partenariat avec Copacabana Surf Village, le film est aujourd’hui en accès libre sur YouTube. Ce documentaire exceptionnel pourrait être suivi d’une autre production, plus ambitieuse encore. Jules Emile, le chef opérateur, travaille avec certains surfeurs dakarois sur un projet de fiction inspiré de leur jeunesse à Yoff. Le lancement de la production pourrait débuter en 2027.

Suivre les trois surfeurs de Dakar Dream sur Instagram
Déguène Thioune : @deguene.surfergirl
Elle rêve de participer aux compétitions de la WSL et d’encourager davantage de jeunes Sénégalaises à pratiquer le surf.
Fallou Bousso : @boussomame_fallou
Compétiteur international, il vise les Jeux olympiques et souhaite développer une école de surf à Dakar.
Dame Samb : @dame_s97
Il travaille à la création d’une école permettant notamment aux enfants qui n’en ont pas les moyens d’accéder au surf. Il recherche des sponsors et partenaires.

Thèmes :
Afrique
Documentaire
Films
Surf

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