Repérée par Ludovic Collet, speaker officiel de la Diagonale des Fous et entraîneur, Laurie Phaï, ex-pongiste de haut-niveau reconvertie au trail après avoir perdu un enfant à la naissance, en vient notamment à participer à l’une des courses du Grand Raid, la Mascareignes (64 km, 3540 D+). Un parcours dont le réalisateur Andy Collet a tiré un émouvant documentaire de 56 minutes, "Au-delà du temps". Récompensé au Winter Film Festival de Bourg-Saint-Maurice, il raconte l’histoire de cette athlète touche à tout, candidate aux Jeux Olympiques de Tokyo sous les couleurs du Cambodge, le pays de son père.
Le sport est très tôt devenu un moyen de s’échapper pour Laurie Phaï. Dès l’âge de 9 ans, elle fuit l’éducation stricte de son père, réfugié cambodgien, en rejoignant le club de tennis de table du coin. Après avoir passé des heures à jouer avec son grand-frère dans le garage familial, tout s’enchaîne : le sport étude à Montpellier puis l’INSEP à Paris à 15 ans – une expérience qui lui fait vite gagner en maturité et gravir les échelons. La championne de France en titre représente son pays sur de nombreuses compétitions internationales, notamment lors des mondiaux en Croatie, en 2007.


Après sept belles années en équipe nationale au sein d’une discipline dominée par les Asiatiques, qui n’offre que très peu d’opportunités financières aux Français, Laurie décide de mettre soudain fin à sa carrière. En plein entraînement en vue des JO de Pékin, sa motivation vient d’en prendre un coup : la fédération naturalise une chinoise afin d’augmenter ses chances de résultats. Déçue, elle met le sport entre parenthèses pour se consacrer à ses études, avant de devenir mère en 2012 d’un petit Antoine.
« Courir est devenu ma résilience »
Un an plus tard, avec la mort de son deuxième enfant, à la naissance, sa vie bascule. À corps perdu, en 2013, elle se lance dans la course à pied. Une urgence s’impose à elle : courir sans trève. Oublier la douleur du coeur en cultivant celle du corps. Quelques mois plus tard, encouragée par ses collègues de boulot, elle accroche son premier dossard sur le « Tripou Trail », une course de 10 km en Aveyron. Peu à peu, elle trouve un nouvel équilibre, grâce à sa nouvelle passion. De nouveaux objectifs en tête, elle avance et chasse ses vieux démons. « Moi qui ai passé plus de 15 ans dans les gymnases, je suis heureuse de découvrir la nature. Au début, je n’y connaissais rien : je suis frileuse et j’ai peur du noir » confie la jeune femme dans le documentaire.


Après sa carrière de pongiste, elle ne pensait jamais reprendre le chemin de la compétition. Mais très vite elle se met à enchaîner les courses plus diverses avant de faire la rencontre, en 2016, du speaker Ludovic Collet. Cet amoureux du trail côtoie des élites via les événements qu’il anime (UTMB, Diagonale des Fous) mais aussi via son statut d’entraîneur. « Quand j’ai rencontré Laurie », raconte-t-il, « j’ai tout de suite compris qu’elle ne lâcherait rien. Un caractère bien trempé, une détermination sans faille. Mi bonhomme, mi bonne femme. Une personnalité fragile et attachante ». Le speaker officiel de la Diagonale des Fous la conduira jusqu’à l’une des épreuves du Grand Raid de La Réunion, la Mascareignes (64 km, 3540 D+), où elle s’inscrit dans le top 10 en 2018.
Le trail d’Angkor, un retour aux sources
Mieux, il lui souffle l’idée de mettre les pieds au Cambodge pour participer au Trail d’Angkor, une course qui va définitivement changer la vie de la jeune femme. En janvier 2017, Laurie entreprend avec son père un premier voyage plein d’émotion, des dizaines d’années après que ce dernier ait fui la guerre des Khmers, un régime politico-militaire communiste radical qui a dirigé le pays de 1975 à 1979. Prisonnier pendant trois ans et laissé pour mort en 1978, il a réussi à fuir le pays où régnait une violence sans nom entre esclavage, torture et exécutions de masse – 1,7 million de locaux ont péri lors de ce génocide. Deux ans plus tard, en 2019, la jeune femme remporte le Trail d’Angkor.

Une victoire lourde de sens pour la franco-cambodgienne qui se voit approchée par Vath Chamroeun, secrétaire général du Comité National Olympique. Son pays, très pauvre, envoie rarement des athlètes aux JO (seuls six sportifs ont pu participer aux Jeux de Rio 2016 contre 401 pour la France), lui explique-t-il, mais d’après lui, au vu de sa double nationalité, Laurie pourrait représenter le Cambodge aux prochains Jeux Olympiques sur l’épreuve du marathon. Seule condition, battre au préalable le record national de l’athlète Nary Ly (2h59:42).
Elle a deux ans pour s'y préparer. Sans être inscrite sur la liste des sportifs de haut-niveau, elle doit trouver du temps pour s’entraîner entre son travail et sa vie de maman. Pour suivre son programme sportif intensif, elle se lève à l’aube, 6 jours par semaine. Trop intensif, ce rythme la conduira à la blessure. Malgré tous ses efforts, Laurie ne parviendra pas à descendre en dessous des 3heures 35 minutes. Envolés les rêves de marathon. Mais pour la jeune femme la course ne s’arrête pas là. Car elle voit beaucoup plus loin.



« On doit continuer de progresser, de faire rêver les jeunes du pays »
En parallèle de sa préparation, elle a accepté de créer la première équipe de trail cambodgienne. Equipe qu’elle conduit aux championnats du monde de la discipline en juin 2019 au Portugal : « Certains diront qu’on n’y a pas notre place, que notre cote ITRA (indice de performance en trail, ndlr) est insignifiante (…) Certes la performance n’est pas encore là mais on doit continuer de progresser, de faire rêver les jeunes du pays » déclare Laurie. Et en janvier 2020, elle fonde « Trail Sans Frontières » pour développer le sport au Cambodge, en collaboration avec d’Abdo Kemmissa, un des meilleurs traileurs marocains, Outre ce projet, Laurie s’engage également dans le cadre de l’association « Toutes à l’école » créée par la journaliste Tina Kieffer. Objectif : préparer cinquante jeunes filles pour le 10 km de de Phnom Penh, capitale du pays de son père. Grâce à la course à pied, c’est donc toute une vie, et mieux encore, des dizaines de destins, qui prennent aujourd’hui un nouvel envol.
Où voir « Au-delà du temps » ?
Le film n’est pas encore disponible en VOD, mais après avoir été projeté en avant-première lors de la semaine UTMB à Chamonix, il est d’ores et déjà sélectionné dans plusieurs festivals, notamment à l’Xplore Alpes Festival de Bourg-Saint-Maurice organisé 24 au 31 octobre. Rendez-vous donc à Tignes le mardi 26 octobre à 21h et à Bourg Saint Maurice le dimanche 31 à 18h15.
Pour plus d’informations, c’est ici.
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