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Dick Proenneke devant la porte de sa cabane en rondin en alaska
  • Société

Film : « Alone in the Wilderness », l’histoire de Dick Proenneke, seul au fin fond de l’Alaska pendant 30 ans

  • 2 août 2021
  • 8 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

A l’automne 1967, vingt ans avant l'aventure du très médiatisé Christopher McCandless, personnage central du film Into the Wild, Robert Proenneke, alias Dick, s’enfonce dans l’hostilité de la vallée des Twin Lakes, près du lac du même nom, en Alaska. Dire adieu à la routine, retrouver une vie simple, en communion avec la nature, combien sont-ils à en avoir rêvé ? Mais combien l’ont réalisé ? Cinquante ans en avance sur des concepts aujourd'hui très populaires - minimalisme, auto-suffisance, l’instant présent, décroissance – Dick Proenneke est allé tenter l’expérience du ralentissement que pendant trois décennies il a relaté via des films en 8 mm, des photographies et son journal de bord. Un passionnant témoignage sur ce pionnier, aventurier, explorateur, naturaliste, écologiste, photographe et vidéaste, à découvrir via un ensemble de quatre films de soixantes minutes dont nous diffusons ici de très longs extraits.

« Je veux profiter de chaque instant, de chaque chose » confie Dick dans l'un de ses nombreux journaux faisant résonner en nous, un questionnement profond de l’homme : le temps, aussi fascinant que terrifiant. Comment profiter de chaque seconde, quand la spirale du quotidien semble nous emporter toujours plus vite ? En s’ancrant dans une réalité qui lui est propre, Dick semble avoir réinventé l’écoulement des journées. Mais pourquoi a-t-il tout quitté pour la rudesse de l’Alaska ?

Dans les années 60, Dick a un accident de travail. Il manque d'y perdre la vue. Dès lors, une question va le hanter : que se serait-il passé si sa dernière vision avait été celle du bulldozer qui se trouvait sur son chantier, face à lui ce jour-là ? Au lieu de se lamenter, en 1967, il opère un changement de vie et décide de passer un an, seul, en Alaska, « pour vivre dans une terre vierge de toute trace humaine, pour errer dans une nature que peu d’hommes ont traversé et choisir un site idyllique, couper des arbres et construire une cabane, être un artisan autonome. Sans être en désaccord avec le monde, se contenter de ses propres pensées et de sa propre compagnie » écrit-il. Avant de bâtir son propre abri dans cette région superbe mais rude, il passe quelques mois dans celui de ses amis, le couple Carrithers, située dans la même vallée – non loin du lac Upper Twin – découverte quelques années plus tôt, en 1962.

Dick Proenneke à la porte de sa cabane en rondin en alaskagarde manger en rondin en alaskapaysage rivière Alaskacabane en rondin en alaska

Un artisan incroyablement habile

L’année d’après, au printemps 1968, Dick trouve enfin le lieu de sa future cabane : un environnement nouveau, où l’homme n’a eu aucun impact visible. Les expériences hétéroclites accumulées au fil des années lui ont permis d’avoir dans sa besace un solide bagage de compétences diverses et variées. Né en 1916, c’est un enfant de la Grande Dépression qui a su s’adapter aux exigences de la vie où le mot abondance ne faisait pas partie du vocabulaire. Le 8 décembre 1941, le lendemain de l’attaque de Pearl Harbour, il rejoint la Navy, contribuant à l’effort de guerre en tant que menuisier à Hawaï. Un patrimoine immatériel, propre à chaque individu qui lui sera bien utile. Quelques années plus tard, Dick qui ne repart donc pas à zéro, mais réinvente sa place dans la civilisation comme le montrent les images de « Alone in the Wilderness », très long documentaire en quatre parties qui lui a été consacré.

Ayant apporté au préalable des pièces en acier, nécessaires pour les lames de sa hâche et de son burin, il construit ses propres outils avec du bois prélevé dans la forêt environnante avant de se lancer dans la fabrication minutieuse de son abri, guidé par le désir d'obtenir ses possessions à la sueur de son front. Après vingt longues journées de travail, sa cabane en rondins est achevée. Elle n'a ni eau courante ni électricité, mais il s'offre, à 52 ans, une deuxième vie.

Elle ne mesure que 15 m², ce n’est ni la première ni la plus grande cabane des États-Unis mais elle témoigne d’un remarquable savoir-faire que Dick a filmé et photographié. Les matériaux utilisés ? Uniquement ce qu’il a pu trouver dans le bush d’Alaska – entre autres, du bois et de la mousse. Artisan incroyablement habile, perfectionniste, il sculpte des charnières à partir de souches et fabrique une cheminée parfaitement fonctionnelle avec des pierres soigneusement agencées. Au fil du temps, Dick y adjoint même un hangar destiné à ranger du matériel ainsi qu’un stockage surélevé, à trois mètres du sol pour y entreposer sa nourriture, protégée ainsi des prédateurs.

Dick Proenneke sciant un rondin

« Pourrais-je vraiment me satisfaire de ma propre compagnie ? »

Construire un abri sur une échelle à quelques mètres de haut ? Faire du canoë sur un lac aux eaux glacées ? Seul, il n’a pas le droit à l’erreur. Dans le documentaire, il confie que cet isolement le rend davantage conscient de ses actions. Parti pour une année de solitude avec une question simple, que nous nous posons tous : « Pourrais-je vraiment me satisfaire de ma propre compagnie ? », Dick a dû répondre à l’affirmative car finalement, c’est environ trente ans qu’il passe dans sa cabane, vivant uniquement avec ce dont il a besoin. Entre caribous et grizzlys qu'il côtoie de près, ce repli au cœur de cette nature aussi belle que dangereuse est un choix, pas une fuite, un désir d’introspection profonde : « Tout est harmonie. Je suis seul, avec moi-même et les animaux » écrit-il dans son journal. Entouré d’un monde sauvage qu’il découvre au fil des mois, sans radio ni aucun des écrans qui ont désormais envahi notre quotidien, il ne s’ennuie pas une seule seconde.

Dick Proenneke dans cabane en rondin en alaska

Une pédagogie de l’expérience

On l’aura compris, ce n’est pas l’histoire d’un homme qui lutte face à la rudesse des éléments naturels mais qui s’adapte à leurs contraintes. Il vit au rythme des saisons. Prévoyant, il guette l’hiver et anticipe ses réserves de nourriture. Après sept mois sous la neige, le craquellement de la glace est source de joie, annonçant l’arrivée d’un printemps tant espéré et la fin du silencieux hiver.

Loin d’être sédentaire, guidé par sa curiosité et son désir d’apprendre, été comme hiver, dès l’aube, il part observer les animaux qui évoluent autour de lui. Depuis sa fenêtre, il peut observer les ours pêcher dans le lac. Excellent marcheur, à pied ou en raquettes suivant la saison, il arpente des kilomètres. Mais cela commence dès le pallier de sa cabane, lorsqu’il nourrit les oiseaux habitués à sa présence ou l’écureuil qu'il a surnommé Freddy. Intimement, lentement et passionnément, il apprend à connaître son environnement.

Chaque jour, il part faire de relevés météorologiques précis et documenter sa vie autour du lac, une pédagogie de l’expérience où il teste chacune de ses interrogations. Quelle est l’épaisseur de glace sur le lac ? Qu’y a-t-il dans l’estomac d’une truite ? Qu’est-ce qui peut pousser dans le jardin ? Comment se couvrir efficacement le visage par temps froid ? Jusqu’où voyager par -50°C ? Y a-t-il une relation entre la pleine lune et la température ? En suivant les traces de ce lièvre, quelles découvertes offertes par la nature ?

Rares sont les fois où l’homme ne sort pas de sa cabane mais quand c’est le cas, il lit le philosophe américain Thoreau, ce qui ne nous étonne guère. Célèbre pour son essai Walden ou La vie dans les bois, classique de la littérature américaine, au 19e siècle, dans un monde en proie à l’industrialisation, Thoreau a tourné le dos à la modernité pour vivre pendant plus d’un an dans une cabane, construite de ses mains au bord de l’étang de Walden.

Dick Proenneke sous un arbre en Alaska

« La nature et les animaux souffrent-ils à cause de la présence humaine ? »

Bien qu’autosuffisant, Dick a toujours été dépendant du monde extérieur. Même si ses besoins étaient peu nombreux, il avait besoin d’être approvisionné en ressources simples qu’il ne pouvait pas produire : des flocons d’avoine, des haricots et de la farine par exemple. Côté protéines animales, il renonce très vite à la chasse, préférant observer les animaux plutôt que de les considérer comme de la nourriture. De toute façon, n'ayant pas de quoi conserver la viande, il ne saurait que faire d'un élan entier ou d'un caribou, explique-t-il. De temps en temps, il va pourtant pêcher un poisson dans le lac pour se nourrir, même si son alimentation se compose principalement de baies trouvées çà et là, « suffisant pour un seul homme » écrit celui qui ne cessera de s'interroger : La nature et les animaux souffrent-ils à cause de la présence humaine ? », lit-on sur un mur de sa cabane. "Préserver la nature, c’est préserver le monde", dira-t-il en citant Thoreau dans un documentaire diffusé par la chaîne PBS « One's Man Alaska » diffusé en 1977. Quelques mois plus tard, la zone autour de sa cabane sera d'ailleurs intégrée dans une région protégée par le président Carter, interdisant la chasse, avant de faire partie en 1980 d’un parc national.

L’héritage de Dick Proenneke

Au-delà des normes imposées, choisissant de vivre la vie dont il rêvait, Dick a écouté ses désirs les plus profonds : « Je me demande s’il a quelqu’un dans le monde qui est aussi libre et heureux que moi ? » écrit-il. Mais Dick n’est pas un extrême, pas un ermite, il entretient des amitiés et répond à quiconque lui envoie une lettre. Après un an passé dans sa cabane, il envoie une partie de son journal à son ami Sam Keith. En 1973, le livre de ses récits, One Man’s Wilderness connait un succès mondial. Loin d’être antisocial, il accueille les visiteurs avec du thé chaud, aide les membres du parc à retrouver des randonneurs perdus et à découvrir la faune. Ses correspondances, ses films et ses photographies – témoignages posthumes de son histoire – font de lui, dès les années 1970, une icône de la survie et de l'écologie. A l'issue de près de trois décennies de vie en solitaire, il rejoint sur ses dernières années la maison de son frère, en Californie, mais toujours il reviendra dans sa cabane pour des séjours aussi longs que possibles, avant de s'éteindre à 87 ans, serein. « J’ai tiré du plaisir des choses les plus simples qui, sans me coûter un sou, ont fait travailler mes sens", écrit-il. "Avez-vous déjà cueilli de très gros bleuets après une pluie estivale ? Avez-vous marché à travers un bosquet de peupliers ? Avez-vous vu le ciel bleu à travers l’or scintillant des feuilles ? Vous êtes-vous réchauffé devant un feu de bois ? Le monde est rempli de ces plaisirs minuscules ».


Visionner ses aventures

En 1997, le réalisateur Bob Swerer a rendu visite à Dick avant de réaliser, en 2004, un film décomposé en quatre épisodes de 60 minutes chacun, mélangeant son propre tournage avec des images d'archives du reclus de l'Alaska. Ce document est disponible en version payante. Mais plusieurs longs extraits gratuits sont disponibles ci-dessous. De quoi vous permettre découvrir le quotidien d'un homme exceptionnel.

"Alone in the wilderness " (10 mn) : un artisan doué

Vous souhaitez en savoir plus sur la construction de sa cabane. Quelles techniques il a utilisées, comment il a procédé ?

https://www.youtube.com/watch?v=jG3fUIoXQ5A

"Alaska, silence and solitude" (16 mn) : que fait Dick de ses journées ?

Entre navigation en canoë sur le lac, observation de la nature aux jumelles et randonnées au cœur de la nature, immersion dans le quotidien de Dick.

https://www.youtube.com/watch?v=wTT9IIVxonc

"In the frozen north" (10 mn) : comment Dick vivait-il l’hiver, par -50°C ?

Randonnées en raquette, pureté de la nature et visite de sa cabane, refuge chaleureux par ces temps extrêmes, il nous présente tout.

https://www.youtube.com/watch?v=a8qZgSUK-YY

Alone in the Wilderness part II (10 mn) : une entreprise risquée

Comment Dick a-t-il construit son abri pour stocker la nourriture à plus de trois mètres du sol ? Un challenge qui souligne son perfectionnisme et ses qualités d’artisan.

https://www.youtube.com/watch?v=cTHLpA4267Q

Visiter la cabane de Dick Proenneke

Fin 1999, Dick approche les 83 ans ce qui le fait renoncer progressivement à son mode de vie solitaire. Alors, il retourne vivre avec son frère en Californie où il mourra en 2003. Sa cabane trône toujours dans la vallée des Twin Lakes. Elle est désormais gérée par les services du parc national. Pour y accéder, ce qui est possible uniquement en été, deux options s'offrent à vous : soit y arriver en randonnée, soit louer un hydravion et se poser sur le lac. Dans tous les cas, il n'est pas possible de dormir dans ce qui fut pendant trente ans l'abri de Dick Proenneke.
Horaires de visite : à partir du 17 juillet, il est possible de visiter l'intérieur de la cabane entre 8 heures et 18 heures. Et ce, jusqu'à fin septembre.
Une immersion virtuelle dans la vie de Dick est possible dès maintenant, ici.

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