L’été dernier, on expliquait déjà au randonneur qu’il lui serait impossible de remplir sa gourde dans certains refuges. Ces derniers, particulièrement dépendants des ressources locales, étant très vulnérables en cas de pénurie d’eau. Qu'en est-il aujourd’hui ? Quelles solutions sont apportées ? Quelles sont les bonnes pratiques à adopter ? Réponses de la FFCAM.
« La problématique de la gestion de l’eau dans les refuges n’est pas nouvelle, elle existe depuis que l’on a commencé à installer des refuges en montagne. On s’est toujours posé la question de la présence de l’eau ou pas », explique Niels Martin, direction adjoint à la communication et au développement territorial à la FFCAM. « Mais aujourd’hui, on a parfois malheureusement tendance à assimiler l’offre d’un refuge à ce que l’on pourrait trouver par exemple dans une hôtellerie en vallée. Or ça ne peut pas être comparable, parce que l’eau et l’énergie peuvent, en refuge, être restreintes pour plein de raisons ».
« Rappelons qu’un refuge se trouve de toute façon en site isolé. Il n’est pas raccordé au réseau d’eau potable et reste par conséquent dépendant de l’eau en montagne. Par définition, son approvisionnement n’est donc ni régulier ni garanti. Généralement, ces bâtiments sont installés près d’une source ou d’un névé, pour que l’on puisse faire fondre de la neige. L’eau a donc toujours été une problématique. Après, en montagne, on sait très bien qu’il y a des sources pérennes ou qui ne coulent que certaines années ».
Si chaque refuge connaît un contexte particulier propre à sa localisation, son fonctionnement et ses ressources, on sait aujourd’hui que les tensions hydriques vont se multiplier ces prochaines années, même si le volume prélevé est infime par rapport à la disponibilité de la ressource dans les bassins versants concernés, alerte la FFCAM dans un récent communiqué. Mais quid de la situation actuelle ? Réponse en quatre points clés.
1. Il y a un an, en 2022, les problématiques d’approvisionnement en eau étaient nombreuses en refuge. Va-t-on revivre la même situation cet été ?
« L’été dernier, on a vécu quelque chose d’inédit. Parce qu’il y a eu la conjonction de différents facteurs : un hiver très sec, relativement chaud, puis un printemps sec et chaud suivi d’un été caniculaire » explique Niels Martin. « Tout ça mis bout à bout fait qu’effectivement on a vécu des situations de sécheresse qui ont été par endroits très précoces. Notamment sur certains refuges dépendants de la fonte de la neige. C’est bien simple : s’il n’y a pas de neige, on n’a rien à faire fondre. Et par définition, on n’a plus d’eau. C’est ce qui a pu arriver en fin de saison au refuge de l’Aigle [dans les Ecrins, ndlr] ».
« Cette année, la saison s’annonce meilleure. Rappelons tout de même que l’on a eu un début d’hiver assez sec où il a fait beau pendant deux mois. De mi-janvier au 20 mars, il n’y a pas eu une goutte de pluie sur la plupart des massifs. On a eu des stress hydriques à ce moment-là. Parce que les sommets auraient dû recevoir de la neige. Mais par la suite, on a eu un printemps, et surtout un mois de mai, assez enneigés. Il y a effectivement encore de la neige en haute altitude qui devrait fondre assez tard. Donc finalement, on devrait avoir moins de problèmes que l’année dernière. Or, si on arrive sur un été caniculaire, comme les tendances semblent nous le dire, il n’est pas impossible qu’il y ait tout de même quelques restrictions ».
2. Comment s’organisent les refuges pour gérer au mieux l’eau disponible ?
« Déjà, un refuge, c’est avant tout un abri dans lequel on peut aller en cas de pépin pour quelques heures ou pour la nuit » rappelle Niels Martin. « Et après, le gardiennage, c’est une option. La quasi-totalité des refuges ne le sont d’ailleurs pas toute l’année. Quand il est gardé, il offre des services à la mesure de ce qui est. C’est-à-dire qu’un refuge situé en vallée à une heure de marche du parking avec un sentier facile voire même approvisionnable en 4x4 ne va pas du tout offrir les mêmes services qu’un refuge situé à 3500 mètres d’altitude sur une arête rocheuse, même s’il y a un gardien. Parce que l’on n'est pas du tout dans les mêmes configurations. […] Ce qui concerne l'eau, évidemment. C’est-à-dire qu’il a des refuges où il y a de l’eau qui coule, où l’on peut remplir sa gourde. Mais parfois, ce n’est pas possible. Les gardiens font fondre de la neige pour cuisiner, pour la vaisselle, etc. Et puis, pour l’eau à boire, on approvisionne avec de l’eau en bouteille héliportée. Donc si les gens veulent de l’eau à boire, il faut qu’ils en achètent ».
« De la même manière, la douche, c’est un équipement en plus qui ne peut pas être considéré comme un dû. Certains refuges sont équipés en douches lorsque cela se justifie, notamment pour ceux situés sur les circuits d’itinérance où les gens partent pendant plusieurs jours. On peut comprendre alors qu’il y ait une demande. Mais par contre, quand on part deux jours pour une ascension d’alpinisme, on n’a pas forcément besoin de se doucher en refuge. […] La douche n’est en aucun cas garantie. C’était déjà le cas avant, ça ne date pas de l’année dernière. Dès qu’il y a un souci d’approvisionnement en eau, que les réserves commencent à être limitées, le gardien restreint, voire supprime, l’accès à la douche. Y compris pour lui-même, d’ailleurs ».
« Ce qui est important aussi, c’est que dans les refuges que l’on rénove, une des premières sources d’attention est la question de l’eau [au refuge du Parmelan, en Haute-Savoie, la rénovation à venir prévoir de limiter très fortement les usages de l’eau pour le grand public : toilettes sèches uniquement, absence de douches pour les pratiquants, restrictions de l’accès aux sanitaires, ndlr]. On va notamment toujours chercher à optimiser au maximum, à la fois pour prévoir du stockage, des cuves en prévision d’un éventuel stress hydrique [comme au refuge de la Pointe Percée, en Haute-Savoie, rénové entre 2020 et 2022, où les capacités de stockage ont été considérablement renforcées dans le cadre de la rénovation du refuge : 50 m3 de réserves permettent de garantir plusieurs semaines d’autonomie en cas de sécheresse prolongée, ndlr], et mettre en place un ensemble d’équipements hydro-économes pour utiliser un minimum d’eau. Les gardiens sont également formés à l’utilisation d’eau. Et puis, la limite que l’on s’est toujours donnés, c’est que l’on n’héliportera jamais dans un refuge une cuve d’eau pleine. On arrêtera plutôt le gardiennage d’un refuge. À un moment, ça n’a plus de sens ».
3. Outre les Alpes, quels sont les massifs les touchés par la sécheresse ?
« Sur les Pyrénées, on a relativement peu de soucis, exception faite du refuge des Cortalets, dans les Pyrénées Orientales. Sinon, dans nos bâtiments présents dans les autres massifs, on n’a jamais connu de problématiques d’approvisionnement en eau. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas. Soulignons tout de même que le chalet de la Maline dans le Verdon est en très forte restriction d’eau depuis l’hiver dernier ».
4. Quelles sont les bonnes pratiques à adopter pour les randonneurs ou les alpinistes ?
« Déjà, il faut que tous les randonneurs se renseignent » souligne Niels Martin. « Quand ils réservent au refuge, ils peuvent poser la question de l’état de l’approvisionnement en eau. C’est une première chose. […] Le randonneur pourra donc s’organiser en conséquence, notamment en ce qui concerne la douche. Après, il peut y avoir des gestes assez simples. Si on est en période de sécheresse, prendre une provision d’eau plus importante que celle que l’on aurait amenée habituellement fait partie des bonnes pratiques. On peut tout à fait emporter avec soi de l’eau pour deux jours. Et si tout le monde fait ça, ça diminue la pression sur la source du refuge et ça évite aussi la vente d’eau en bouteille au bilan carbone pas terrible »
« Après, une fois au refuge, il va falloir limiter sa consommation d’eau. Dans tous les refuges en général, quand les douches existent, elles fonctionnent avec des jetons. On peut alors apprendre à se laver avec un jeton. On peut même s’entraîner chez soi à prendre une douche rapide, à voir comment on peut faire pour utiliser un minimum d’eau. Et d’ailleurs, à l’avenir, il n’y a pas que dans les refuges où l’on va faire face à des problématiques d’eau. Les refuges, c’est aussi un bon lieu d’apprentissage pour s’adapter à cela ».
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