Alors que les premiers alpinistes de la saison s’apprêtent à partir à la conquête de son sommet, voici un aperçu de ce qui fait l’actualité au pied de l’Everest.
La saison débute et des centaines d’alpinistes affluent au Népal et au Tibet. Nouveaux parcours, météo incertaine, derniers arrivants, possibles records : découvrez l’actualité 2019 sur le toit du monde.
Les alpinistes à suivre
On estime que plus de 1 000 personnes, équipes d’encadrement comprises, devraient fouler l’Everest d’ici cet été. La majorité s’engagera sur la voie classique, l’arête sud-est depuis le Népal, ou nord-est en provenance de l’Inde. Une poignée d’autres prendra de nouveaux itinéraires.
Cory Richards, photographe pour National Geographic et l’alpiniste équatorien Esteban "Topo" Mena, grimpeurs chevronnées affichant six ascensions de l’Everest à eux deux, vont tenter l’ascension par une nouvelle voie, la première en 10 ans. Ils suivront un tracé naturel sur la face nord, déjà tenté mais sans succès, à 1 980 mètres au-dessus du camp de base avancé et rejoignant l’arête nord-est.
La dernière tentative d’ascension (réussie) par un itinéraire inédit a eu lieu en 2009, par la trace coréenne, qui sillonne à gauche le long de la face sud-ouest (en direction de l’arête ouest).
Cory Richards et Esteban Mena ne seront pas les seuls à nous tenir en haleine.
Kami Rita Sherpa vise un record avec une 23e ascension. Nirmal Purja Sherpa va de son côté tenter de gravir 14 des sommets de 8 000 mètres et plus en sept mois. Il commencera par l’Everest. S’il y parvient, il battra le record actuel de 11 mois et 14 jours, détenu par le Sud-Coréen Chang-Ho Kim (2012). Deux femmes Sherpa, Nima Doma Sherpa et Furdiki Sherpa, tenteront l’ascension en l’honneur de leurs maris, morts il y a peu sur les flancs de l’Everest. Un autre Sud-Coréen, Hong Sung Taek, compte s’attaquer pour la cinquième reprise à un nouveau parcours sur la face sud du Lhotse.
Une meilleure régulation de l’affluence
Avec un tel cortège d’alpinistes, risque-t-on l’embouteillage sur place ? Les années passées, les retards se sont accumulés à cause de divers bouchons, notamment au deuxième ressaut (Second Step) et là où se trouvait auparavant le ressaut Hillary, côté Népal. Même avec la présence d’échelles, ces deux passages difficiles ralentissent les cordées.
Il ne faut néanmoins pas s’attendre, malgré le nombre record d’alpinistes attendus, à des retards de la même ampleur que ceux des saisons 2006 et 2012. Sur place, on a en effet appris à mieux gérer le flot des grimpeurs. Une meilleure coordination entre les guides et la plus grande fiabilité des prévisions météo permettent des ascensions bien mieux organisées.
Les responsables de groupes indépendants stoppent ceux qui ne s’en sortent pas, créant souvent derrière eux des goulots d’étranglement. On prévoit plutôt des départs anticipés pour les grimpeurs les plus lents. Autre nouveauté : utiliser l’oxygène supplémentaire au rythme de six litres par minute, contre deux ou quatre litres habituellement. Nombreux sont ceux à qui cela permet d’accélérer le pas.
Mais même la meilleure des organisations peut être mise au tapis par de mauvaises conditions météo.
En 2012, elles ont stoppé net les équipes en charge de la fixation des cordes… et coupé court à toute velléité d’ascension pendant des semaines. Sur une saison, le feu vert est donné en moyenne sur 11 journées. Cette année-là, le compteur est descendu à quatre jours. Les cordées qui, par courage ou tout simplement parce qu’elles n’en pouvaient plus d’attendre, se sont malgré tout lancées dans l’aventure, ont subi de terribles retards.
Scénario inverse en 2018, avec une fenêtre sans précédent de 11 jours d’affilée, et un record de 807 personnes à avoir atteint le sommet. Tout le monde espère d’aussi belles conditions cette année, mais rien n’est moins sûr.
Une météo possiblement très capricieuse
Pour les grandes ascensions comme celle de l’Everest, le temps reste plus qu’ailleurs un impondérable de taille. Cet hiver, le K2 et le Nanga Parbat ont subi des vents violents et des chutes de neige. Des signaux à prendre en compte par ceux qui s’attaquent à présent à l’Everest et au Lhotse.
Au Népal, le record de neige depuis 1975 a été atteint. Elle est tombée à Katmandou le 28 février. Une première depuis 2007 (avant cela, la ville n’avait pas vu de neige durant 63 ans) et un phénomène à ne pas minimiser.
Cet hiver en Inde, les précipitations ont augmenté de 24%. À l’issue du dernier gros épisode pluvieux dans le pays en plein hiver (c’était en 2013), les équipes en charge de fixer les cordes de part et d’autre de l’Everest avaient été retardées de 3 semaines, entre la fin avril et la mi-mai.
À l’exception d’une année, en 2005, l’Inde a connu cet hiver son record de pluie depuis les 24 dernières années. Il y a 14 ans, il avait été impossible d’atteindre le sommet avant le 21 mai, date la plus tardive enregistrée depuis l’ascension inaugurale de Tenzing Norgay et Edmund Hillary le 29 mai 1953.
Impossible de prédire l’impact de la météo hivernale sur les conditions d’ascension ce printemps/été. Les premiers à monter, pour fixer les cordes, pourront donner un état de la situation une fois qu’ils auront atteint les cols nord et sud, si ce n’est déjà fait. Si la saison s’annonce sous de mauvais augures climatiques, avec peu de fenêtres pour grimper, les équipes les plus rusées louvoieront pour se placer en tête des phases d’acclimatation et saisir la première opportunité de commencer l’ascension, au mois de mai.
De plus en plus d’alpinistes chinois et indiens
De telles ascensions continuent d’aimanter un nombre croissant de personnes. La fréquentation ne cesse d’augmenter sur les plus hauts sommets de la planète. À la clé, un business en nette hausse pour les guides. Le succès de l’alpinisme auprès des grimpeurs chinois et indiens issus des classes moyennes se confirme. Les arrivées s’accélèrent au pied de l’Everest, le plus souvent côté népalais.
Craignant ces sorties du territoire et les risques afférents, le Chine impose des conditions extrêmement strictes pour l’octroi des autorisations.
Les ressortissants de la République Populaire de Chine en partance pour l’Everest côté Tibet doivent justifier d’au moins une ascension d’un 8 000 mètres. Et le nombre d’autorisations est limité à 300 par an.
Le flux de Chinois s’oriente donc tout naturellement vers le Népal. Les guides népalais, sachant cette clientèle moins frileuse à l’égard des tarifs élevés, ne se privent pas pour se tourner plus exclusivement vers ce marché.
Même chiffres en hausse en Inde. Ces dernières années, Transcend Adventures a ainsi guidé quelque 60 jeunes alpinistes indiens jusqu’au sommet de l’Everest. Le cortège indien est de retour cette année, avec son équipe rassemblant traditionnellement de 20 à 30 participants, sans compter les équipes support. Un convoi parmi les plus importants chaque saison, au pas plus lent et généralement responsable d’ascensions à rallonge.
Les nationalités qui, depuis une vingtaine d’années, représentaient le gros de l’activité de l’Everest et ont largement participé à son succès, semblent progressivement délaisser ses pentes. Les alpinistes venus d’Europe de l’Ouest, des États-Unis, d’Australie et du Japon sont en passe de devenir minoritaires sur le toit du monde.
Les nationalités les plus représentées au-delà du camp de base
Un manque de Sherpas qualifiés
Le manque de Sherpas qualifiés sur place pourrait bien devenir problématique. S’offrir les services d’un guide personnel du camp de base jusqu’au sommet devient presque la norme. Mais le nombre de Sherpas ou de Tibétains à même d’accompagner individuellement les alpinistes est insuffisant. Un avenir sombre se profile.
Le manque de prestataires qualifiés devient dangereux lorsqu’il s’agit de gérer un nombre croissant d’urgences. Un cas de figure qui n’est pas à exclure lorsque pèsent sur les épaules des organisateurs une pression de résultat, y compris par mauvais temps. Davantage d’urgences et moins d’aide à portée de main : de quoi détourner une partie de la clientèle du jusque-là tout-puissant Everest.
Les agences de sauvetage aux aguets
Des fraudes orchestrées ou soutenues par des guides et des compagnies d’hélicoptères ont fait grand bruit, tout comme les cas des hôpitaux ayant dupé des services d’évacuation et assureurs à hauteur de centaines de milliers d’euros (en émettant des faux ou en doublonnant des demandes de prise en charge). Certaines compagnies d’assurance ont envisagé de mettre un terme à leurs offres pour les séjours au Népal, a dévoilé l’AFP l’été dernier.
Après enquête, le gouvernement népalais a promis du changement, sans réellement joindre les actes à la parole pour le moment. Les acteurs historiques ne comptent cependant pas laisser le sujet déstabiliser leur approche du métier. Le professionnalisme et le service client restent chevillés à leur identité, même s’il leur faut aujourd’hui en passer par une veille anti-fraude.
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