C'est une sacrée prouesse qu'a accomplie le photographe et droniste chinois Ma Chunlin, spécialiste du travail en haute altitude. Il a réalisé une vidéo de l’ascension de la face Nord de l’Everest, côté tibétain, en une seule séquence à l’aide d’un drone, une première. Luttant contre les aléas climatiques, les restrictions de tournage sur la plus haute montagne du monde et les problèmes techniques, Ma Chunlin a mis cinq ans pour finaliser son projet, après plusieurs échecs, et finalement diffuser une vidéo envoutante et d’une rare qualité.
Le drone s’est envolé précisément à 6h55 le 19 mai 2025, à 6 500 mètres d’altitude sur les flancs du plus haut sommet de la planète. L’objectif de son pilote, le photographe chinois Ma Chunlin : réaliser une vidéo, en une seule séquence, de l’ascension de la face Nord de l’Everest. La face Nord, côté tibétain donc, est moins fréquentée car les autorités chinoises délivrent beaucoup moins d'autorisations que leurs homologues népalais, ce qui explique la fréquentation relativement basse au sommet sur les images de Ma Chunlin. Installé au Camp de base avancé, le droniste a suivi anxieusement, depuis son écran de contrôle, l’avancée de l’engin volant. Camp I au Col Nord, 7 028m, Camp II, 7 790 m, « zone de la mort », 8 000 m, Camp III, 8 300m et finalement sommet, 8 848 m. Le film retrace en un peu plus de quatre minutes les étapes principales de cette voie jusqu’au toit du monde. Il s’agit de la première vidéo en une seule séquence de cette ascension.
Cinq ans pour y parvenir
Ma Chunlin n’en était pas à son premier coup d’essai. Le photographe avait déjà réalisé, cinq ans auparavant, une vidéo de l’ascension de la face Nord mais en plusieurs prises assemblées par la suite en une seule séquence. Depuis, il poursuivait l’objectif de faire cette vidéo en une seule et unique prise. Un défi extrêmement relevé, qui, pour être accompli, devait réunir et assembler parfaitement plusieurs éléments contrôlables… ou pas. Avant tout, Ma Chunlin a dû faire preuve de patience et de persévérance pour passer la première étape indispensable : obtenir l’autorisation de tourner sur ce versant tibétain de l’Everest où les règles sont très strictes et rigides.
La deuxième étape était toujours dans les cordes du Chinois. Il devait trouver l’endroit parfait pour réaliser sa séquence en one shot. Les drones ont des limites techniques, notamment en termes de distance par rapport au pilote : environ cinq kilomètres en horizontal et deux à trois kilomètres en vertical. Le sommet est à 8 848 mètres, décoller de 6 500 mètres est déjà presque à la limite. Autre point important, il fallait une vue dégagée du point de départ au point culminant. C’est pour cela que le photographe a choisi de s’envoler du camp de base avancé, « l’unique lieu avec une ligne de vision claire pour que le drone puisse voler directement jusqu’à la cime », détaillait Ma Chunlin sur le site du journal officiel du Parti communiste chinois (PCC).
Perte de connexion au sommet
Autorisation validée, spot trouvé. La dernière étape échappait toutefois au contrôle du droniste : avoir une bonne fenêtre météo le jour J. Une précédente tentative, en 2024, s’était conclue par un échec. Le drone avait été stoppé en pleine montée, vers 8 300 mètres d’altitude, à cause de vents trop violents. Cet épisode malheureux lui avait toutefois apporté un éclairage nouveau, comme il le confiait, toujours sur le site du journal officiel du PCC : « Cet échec m’a fait prendre conscience de l’importance de la présence d’alpinistes dans le cadre, sans eux, il n’y a pas de perspective et l’échelle humaine est perdue, le public ne peut pas comprendre la difficulté et l’ampleur du sommet ». Le 19 mai 2025, à 6h55, il profitait d’une fenêtre météo exceptionnelle d'une dizaine de minutes pendant lesquelles le vent ne soufflait pas trop fort, en plus d’avoir une lumière matinale idéale.
Le résultat de ce travail méticuleux, dans la préparation et la réalisation, est une vidéo d’une beauté incroyable. Pourtant, tout aurait pu basculer en une seconde. Si la première partie du tournage s’était déroulée sans accroc, Ma Chunlin a perdu la connexion de son drone lorsque ce dernier se trouvait proche du sommet de l’Everest. « Heureusement, la fonction de retour automatique s’est mise en route et le drone est revenu », expliquait-il au journal officiel chinois. Sans cela, il aurait dû attendre une année supplémentaire pour retenter sa chance.
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