Après son abandon l’année dernière, le « sprinter de l’Everest », célèbre pour son ascension de l’Everest en solitaire, sans oxygène, en moins de 24 heures – record vieux d’une trentaine d’années qui figure toujours dans le « Guinness Book » – est de retour sur les pentes du Toit du Monde. Pas de sommet au programme pour l'alpiniste de 71 ans, mais l’ouverture d’une variante à la voie normale, la « TeamWork Marc Batard », évitant la fameuse cascade de glace du Khumbu, lieu de toutes les tragédies.
18 avril 2014. Seize sherpas travaillent sur la fameuse cascade de glace du Khumbu, formée par le glacier du même nom dont les séracs de la taille d’une voiture, en perpétuels mouvement, sont réputés pour s’écrouler soudainement. Leur mission ? Transporter vers le camp I de l’Everest le matériel indispensable au confort des candidats au sommet. Vers 6h45 du matin, un énorme bloc de glace se détache de l’arête ouest. Il dévale la montagne et vient s’écraser sur eux. Tous perdent la vie dans cette avalanche, l’une des plus meurtrières de l’histoire du Toit du Monde.
Neuf ans, jour pour jour après ce drame, nous avons échangé avec Marc Batard. Actuellement à Katmandou, au Népal, il est sur le point de terminer l’ouverture d’une variante de la voie normale, dans le 4e degré (sur une échelle allant jusqu'à neuf) entre escalade et arête enneigée, qui devrait permettre aux prochains ascensionnistes de faire une tentative sommitale sans traverser la dangereuse section de la cascade de glace du Khumbu.

« L’itinéraire fait 700 mètres sur lequel ont été posés plus de 1000 mètres de cordes fixes. Ca va éviter beaucoup d’accidents et sauver des vies », rapportait-il l’année dernière, à l’époque où débutait ce projet auquel il avait associé l’ascension de l’Everest. Ce qui aurait été un exploit pour cet alpiniste alors âgé de 70 ans. Hélas, il avait été contraint de renoncer à ce grand retour « pour des raisons personnelles » nous a-t-il confié sans dévoiler plus de détails. Un échec pour certains qui l’on jugé « trop ambitieux », synonyme d’un « excès de confiance ». Mais il en faudrait plus pour stopper Marc Batard.
« Finir d’équiper ce passage pour sauver des vies »
« Je suis de retour sur l’Everest pour finir ce que je n’ai pas pu achever l’année dernière. J’avais perdu la motivation » nous expliquait-il hier. « Je suis revenu sans mon mari et sans mon fils [présents lors de l’expédition passée, ndlr]. Je vais finir d’ouvrir cette variante avec une équipe qui avait déjà participé à la première phase de l’équipement, il y a déjà deux ans [composée de Gérard Menard, guide de haute montagne, mais aussi de Vincent Gouyet, et Jean-Marc Demoz, deux alpinistes, ndlr] ».
La priorité ? « Finir d’équiper ce passage pour sauver des vies. Vous avez bien vu, il y a encore trois sherpas qui sont morts la semaine dernière. […] Un jour, il va y avoir une catastrophe. On veut également accompagner Dabuti Sherpa, qui a déjà gravi l’Everest [en 2019, ndlr]. Là, elle y retourne dans le but devenir la première Népalaise à le faire sans oxygène ». La jeune femme va suivre une formation technique avec l’équipe de l’expédition et passera par la variante de la voie normale, la « TeamWork Marc Batard », dont l’ouverture devrait s’achever d’ici quelques semaines.
« La dernière partie qu’il nous reste à équiper, c’est de la neige » souligne Marc Batard, confiant dans le succès de son entreprise. « Raymond Renaud [himalayiste chevronné, ndlr] était passé par là il y a pas mal d’années en faisant l’ascension du Nuptse (7861 m) en 1983. L’idée que j’ai eue, il aurait très bien pu l’avoir à ce moment-là. C’est juste pour officialiser un passage qui aurait dû être équipé depuis très longtemps […] Il ne sera pratiquement pas dangereux – mais on ne peut jamais parler de risque zéro en montagne. Une fois achevé, il faudra effectuer, dans l’idéal, un petit équipement supplémentaire pour que les porteurs puissent passer avec plus de facilité ». Un projet qui a de grande chance de voir le jour, puisque le directeur de son agence népalaise a témoigné son soutien à cette variante, à la hauteur d’un don de 5000 dollars.
À venir : « Everest en partage », le film sur l’ouverture de la voie « TeamWork Marc Batard »
« Je ne suis plus très motivé pour gravir l’Everest » conclut l’alpiniste. « Ma motivation principale, c’est de finir l’équipement de ce passage. Pour l’Everest, je n’ai pas assez d’argent – il faut quand-même payer un permis de 10 000€. Ni la motivation ». La suite n’aura donc pas lieu en montagne mais du côté du grand écran où un film retracera l’aventure autour de ce projet, « Everest en partage ». Réalisé par Théo Livet, il devrait voir le jour dès la rentrée prochaine.
Envie de soutenir le projet d'équipement de Marc Batard ? Rien de plus simple : faites un don à l'association "Montagnes et humanisme".
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