A l'heure où L'Australie continue d'être ravagée par de méga incendies ayant causé la mort d'au moins 18 personnes, la lutte anti feux pourrait bien s’appuyer sur un nouvelle arme : le tracker d’activité Strava. C’est déjà le cas aux États-Unis, dans l’Utah, où l’analyse des datas des coureurs et des randonneurs permet aux pompiers d’optimiser leurs déplacements, augmentant ainsi leur efficacité sur le terrain et leur sécurité dans le labyrinthe des brasiers.
Il y a quelques semaines, en novembre dernier, le tracker d’activité Strava bien connu des sportifs a dévoilé l’évolution de sa plateforme dédiée aux professionnels, Strava Metro 3.0. Un outil d’aide à l’aménagement des infrastructures urbaines et de transport qui trouve potentiellement de nombreuses applications, notamment en matière de lutte contre le feu. Un défi mondial majeur aujourd'hui, le XXIe siècle s'annonçant déjà comme celui des incendies de grande ampleur.
L’ère des incendies de masse
Après l’Amazonie et la Sibérie cet été, la Californie à l’automne, c’est au tour de l’Australie de voir son territoire dévasté par les flammes - l’équivalent d’une superficie grande comme le Danemark est déjà partie en fumée. Dans ce contexte, les pompiers sont plus que jamais des acteurs essentiels de la protection de l’environnement. Parce que si l’être humain est bien sûr affecté, les premiers touchés restent la faune et la flore sauvage.
Or cette tendance à la multiplication des incendies ne risque pas de s’améliorer. Les spécialistes du climat ont remarqué une augmentation constante des feux de forêt depuis les années 1960, en lien direct avec le réchauffement climatique. La hausse des températures diminue en effet l’eau contenue dans les sols et assèche les végétaux, ce qui favorise leur embrasement. Par ailleurs, les saisons sèchent ont tendance à s’intensifier, ce qui n’est pas de nature à améliorer les choses.
Les précieuses données des sportifs
L’un des enjeux majeurs dans cette lutte contre les flammes est la lecture du terrain. Un pompier est d’autant plus efficace qu’il se déplace rapidement, et qu’il choisit donc le bon tracé lorsqu’il est en action. Il est aussi question de sa sécurité, puisqu’il s’agit d’éviter qu'il se retrouve prisonnier des flammes.
Dans cette perspective, aux Etats-Unis, des chercheurs - Michael J.Campbella, Philip E.Dennisonb, Bret W.Butlerc et Wesley G.Pagec - ont mis le doigt sur une mine d’or. Ils ont analysé les activités Strava de plus de 30 000 coureurs et randonneurs - ce qui représente plus de 130 000 km - dans la région de Salt Lake City, dans le nord de l’état de l’Utah. Grâce à ces données - trajets, vitesses, pourcentages de pente - ils ont réussi à établir des fonctions pour calculer le temps de déplacement moyen pour rejoindre deux points, mais aussi estimer la vitesse en fonction de l’itinéraire choisi. Ils se sont notamment rendu compte qu’aller au plus court n’est pas toujours le meilleur choix. Par exemple, lorsque la pente est forte - même en descente - on perd souvent du temps, et ce d’autant plus lorsque l’on est chargé comme le sont les pompiers.
Mickey Campbell explique ainsi : "En utilisant à notre profit la puissance d'une énorme base de données de traces GPS, nous avons pu quantifier la relation entre la pente et le taux de déplacement avec plus de précision et d'exactitude que jamais auparavant, ce qui pourrait aider à répondre à ces questions cruciales".
L’utilisation détournée de Strava Metro 3.0
Si certains se méfient - à raison - de la récolte massive des données, les fameux big datas, ce cas d’espèce montre que cela peut aussi être utile lorsqu’elles sont utilisées à bon escient. L’objectif final de cette étude serait de créer une application dédiée aux pompiers de l’US Forest Service pour qu’ils puissent consulter en direct l’itinéraire à emprunter sur le terrain et obtenir une estimation du temps nécessaire pour rejoindre un point donné.
Les dirigeants de Strava avaient-ils imaginé que leur outil d’aide à la décision en matière d’aménagements urbains et de transports puisse être utilisé de cette manière ? Probablement pas. Ces derniers ont lancé il y a quelques semaines une toute nouvelle version de Strava Metro. L’objectif ? Permettre aux décideurs publics d’avoir accès à des données précises sur le déplacement des utilisateurs Strava - lorsqu’ils ont lancé une activité, évidemment - directement depuis une plateforme en ligne. Une initiative à laquelle on s'intéresse en France, notamment à la Mairie de Paris. Cette dernière a entrepris de nombreux aménagements ces derniers mois dont les résultats sont déjà visibles grâce aux utilisateurs Strava. Une augmentation de la fréquentation de la rue de Rivoli à vélo a ainsi été constatée depuis la création d’une piste cyclable.
Mais l’exemple des pompiers américains montre que d’autres utilisateurs pourraient détourner cet outil pour des applications moins conventionnelles, mais non moins utiles. Si cela peut permettre de lutter plus efficacement contre les incendies, ou de sauver la vie de quelques-uns de ces héros du quotidien, il serait dommage de s’en priver.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
