"Ne pas boire une goutte d’alcool pendant tout le mois de janvier" : plus connu outre Atlantique sous le nom de «Dry January», ce challenge est de plus en plus populaire en France. Votre foie vous en remerciera, c’est évident, mais pour se motiver plus encore, on peut s’interroger sur les bénéfices que pourrait y gagner un sportif. Or, ça tombe bien, des chercheurs, passionnés eux aussi par le sujet, se sont penchés sur la question.
Entre le champagne du Nouvel An et le whisky que vous vous êtes auto-prescrit à Noël, ces derniers mois ont certainement mis à rude épreuve votre foie. C'est pourquoi, sans surprise, voit-on apparaître dans de nombreuses listes de bonnes résolutions : "rester sobre en janvier !". Une louable, sinon fragile, aspiration à une vie plus saine, matérialisée au niveau national par le défi du "Dry January", ou janvier sec en français. Un phénomène apparu au Royaume-Uni dans les années 1990, qui gagne peu à peu du terrain en France, terre pourtant plutôt encline à lever le coude sans état d'âme. "C'est un étudiant qui est à l'origine de ce phénomène", explique Herald Jonas, spécialiste des addictions et fondateur de Sober.com. Au fil des ans, le mouvement a pris de l'ampleur, au point qu'en 2014, 17 000 Britanniques ont renoncé à l'alcool ce mois-là.
A leur tour, les Français semblent être de plus en plus intrigués par cette tendance. Et on les comprend : il est prouvé qu'un mois de sobriété est généralement bon pour la santé. Une étude de l'Université du Sussex de 2016 a ainsi montré qu'un mois d'abstinence pouvait contribuer à réduire la consommation excessive d'alcool pendant le reste de l'année. Par ailleurs, une autre étude de la faculté de médecine de l'University College London a mis en évidence que cela réduisait la graisse du foie et peut-être même le cholestérol. Dès lors, la rédaction d'Outside s'est demandé si cela pouvait aussi vous aider à améliorer vos performances sportives.
Alcool et récupération
Interrogé sur ce point, Matthew Barnes, maître de conférences à l'université de Massey en Nouvelle-Zélande répond : "c'est compliqué !". Ainsi, une étude publiée en octobre 2016 montrait qu'une consommation excessive d'alcool affectait la puissance maximale le lendemain, mais pas la capacité aérobie. Alors qu'une autre, publiée en 2014 dans le Journal of Science and Medicine in Sport, concluait qu'une consommation modérée d'alcool après l'entraînement n'avait pas d'impact sur la récupération.
"L'impact de l'alcool sur la récupération et les performances sportives est compliqué et dépend de nombreux facteurs, notamment le moment de la consommation d'alcool après l'exercice, le temps de récupération nécessaire avant de reprendre l'entraînement/la compétition, la présence ou non de blessures et la dose d'alcool consommée", précise Matthew Barnes dans son étude susmentionnée. En outre, peu de recherches ont été menées sur l'abstinence d'alcool pendant l'entraînement sur une longue période ... faute peut-être de candidats ...
Un impact positif sur votre système immunitaire
Cela dit, l'alcool étant un poison, on voit mal comment il pourrait avoir des propriétés "dopantes". En revanche, rappelle Matthew Barnes, "l'éliminer pourrait avoir des effets bénéfiques assez importants sur la santé, tant physique que psychologique. Vos systèmes immunitaire et endocrinien bénéficieraient certainement de la réduction ou de l'élimination de grandes quantités d'alcool." Un argument non négligeable en ces temps de pandémie.
La décomposition de l'alcool entraîne la libération de toxines dans le sang. L'une d'entre elles est l'acétaldéhyde, qui peut endommager le matériel génétique de vos cellules. On pense que ces modifications génétiques affaiblissent la capacité des cellules à se réparer. "De plus, de grandes quantités d'alcool consommées après un exercice de résistance peuvent altérer la synthèse des protéines et la fonction endocrinienne, ce qui à son tour peut limiter non seulement la récupération mais aussi notre capacité à gagner de la masse musculaire maigre", explique le chercheur. Cela peut également perturber les réponses hormonales, ce qui nuit à l'adaptation et à la récupération musculaire. Enfin les processus métaboliques peuvent en être affectés, "ce qui, en clair, peut entraîner une accumulation de masse graisseuse", écrit Matthew Barnes.
Et la bière dans tout ça ?
A la lecture de cet article, vous êtes probablement en train de vous demander ce qu'il faut retenir de toutes les études ou pratiques qui montreraient que la bière est parfaite pour récupérer. Nous avons quelques éléments de réponse sur ce point. Matthew Barnes - membre de l'équipe de rugby de sa fac, il connaît un peu les joies de la boisson - affirme que si la bière peut être une boisson d'hydratation après l'exercice en raison de sa teneur en glucides, en électrolytes et en polyphénols qui combattent l'inflammation, "il existe d'autres options qui offrent un meilleur profil électrolytique", et vous pouvez facilement obtenir des polyphénols et des glucides ailleurs. Quant la fameuse étude que beaucoup citent et qui démontrerait que la bière aiderait les marathoniens à récupérer ... Elle s'appuyait sur une bière sans alcool.
Reste que même si nous ne disposons pas d'étude claire démontrant clairement le lien de causalité entre ne pas boire et établir un nouveau record personnel, il n'est pas difficile d'extrapoler et de dégager les autres avantages qui pourraient découler de cette expérience d'un mois. "Vous allez probablement perdre du poids", explique Indra Cidambi, fondatrice et directrice médicale du Center for Network Therapy, basé dans le New Jersey. Vous ferez également des économies et, comme l'ont découvert des chercheurs de l'université de Brown en 2013, vous dormirez peut-être même mieux. Bien que l'alcool soit un sédatif et qu'il puisse vous aider à vous endormir plus rapidement, les gens ont tendance à se réveiller beaucoup plus fréquemment pendant la deuxième moitié de la nuit après une soirée de cocktails, ce qui entraîne un repos de moindre qualité.
Alors, qu'en conclure ? On peut dire sans risque de se tromper que renoncer à l'alcool pendant un mois ne fera pas de vous un super-athlète, mais si vous y pensez déjà (et si vous lisez cet article, c'est probablement le cas), il y a de nombreuses (bonnes) raisons de vous lancer dans cette aventure et de lever le pied sur l'alcool pendant un mois. Au pire, cela ne rendra que meilleure la bière que vous dégusterez le 1er février !
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