En quatre ans, Donald Trump a tenté de défaire une à une toutes les mesures environnementales de son prédécesseur, Barack Obama. Avec un certain succès malheureusement, mais sa politique n'a pas toujours eu l'influence que l'on pourrait imaginer. Que laisse-t-il derrière lui ? Que veut/peut faire son successeur, Joe Biden, aujourd’hui à la tête des États-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde ?
“Le concept de réchauffement climatique a été inventé par les Chinois pour nuire à la compétitivité de l’industrie américaine”, twittait Donald Trump, le 6 novembre 2012. C’était bien avant son arrivée à la Maison Blanche, mais le ton était donné. Et quatre ans plus tard, le climato-sceptique n’aura de cesse de détricoter une à une toutes les mesures de protection de l’environnement. Au pas de charge. Sans répit. Et jusqu’au dernier moment. Le 5 novembre dernier, marquait ainsi le retrait effectif des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, décidé en 2017 par Donald Trump. Citation pour citation, Joe Biden, expliquait, lui, lors d’un meeting en juillet dernier « Quand Donald Trump parle de changement climatique, le seul mot qu’il connaît, c’est canular. Quand je pense au changement climatique, je vois des emplois ». « Emploi », c’est peut-être le mot clef qui pourrait lui donner quelques chances de voir aboutir un plan de relance vert très ambitieux, compte tenu de la situation désastreuse que lui lègue aujourd’hui Donald Trump.
Quel est le bilan environnemental de Trump ?
Peu de gens savent en France que depuis près de quatre ans, la faculté de droit de l’université Columbia, à New York, tient à jour le “climate deregulation tracker”. Une liste qui au fil du mandat de Donald Trump a décompté 163 actes législatifs et réglementaires de son administration. Tous destinés à affaiblir la lutte contre le changement climatique et contre la pollution. Dernier en date, un acte enregistré le 16 octobre. A savoir la décision d’abaisser une nouvelle fois les normes de stockage en décharge des suies issues de la combustion de charbon. De quoi combler l’industrie minière, au détriment de la santé publique.
Mais parmi les champs d’intervention de l’administration Trump, on peut aussi citer l’annulation des seuils d’émissions de méthane des installations de production, transport et stockage du pétrole et du gaz naturel. Sans parler d’un “ordre exécutif » signé par Donald Trump 19 mai 2020, destiné à annuler, modifier ou abandonner tous les règlements qui pourraient freiner la reprise économique espérée après la crise du coronavirus. Alors même que les États-Unis s’imposaient déjà comme l’un des pays les plus touchés par la pandémie, tant en nombre de morts que de cas. Pour mémoire, quelques jours après cette décision, la barre symbolique des 100 000 décès était dépassée. Le pays en compte aujourd'hui 233.734.
Outre le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, effectif depuis le 5 novembre, on retiendra également, l’autorisation des forages pétroliers et gaziers dans la réserve faunique nationale de l’Arctique, en Alaska, la plus grande aire naturelle protégée du pays, peuplée de caribous et d’ours polaires. « Go », donné, il y quelques mois seulement, en août dernier. Mais aussi l’allégement des normes d’émissions des véhicules neufs. Ou encore la modification du “National Environmental Policy Act”. Une loi pourtant en vigueur depuis 50 ans, imposant des évaluations environnementales pour tout projet d’infrastructure. Sans parler de l’élimination du Clean Power Plan, mis en œuvre par Obama pour amener les centrales au charbon les plus polluantes à réduire leurs émissions. Autant de mesures qui ont affaibli le cadre légal de protection de l’environnement aux États-Unis. A noter enfin qu’en cas de réélection, Donald Trump avait clairement annoncé qu’il ne comptait pas en rester là.
Seul point positif dans ce bilan accablant, la plupart des nouvelles dispositions prises par l’Administration Trump ont été faites à coup de décrets. Ce qui donne une certaine latitude à Joe Biden pour les supprimer, une fois installé à la Maison Blanche.
Que compte faire Biden ?
Le 14 juillet dernier, Joe Biden, candidat démocrate à la présidentielle américaine, dévoilait son plan pour le climat. Objectif ? Rien moins qu’une économie entièrement décarbonée à l’horizon 2050. Budget prévu ? 2 000 milliards de dollars (1 748 milliards d’euros) sur quatre ans. La somme la plus importante jamais proposée pour l’environnement par un candidat à l’élection présidentielle américaine. De quoi intervenir à plusieurs niveaux.
A commencer à l'échelle internationale, par le retour des États-Unis au sein de l’Accord de Paris pour le climat, que Donald Trump avait quitté en 2017. Joe Biden - aujourd’hui à la tête deuxième pays émetteur de gaz à effet de serre dans le monde -pourrait le faire dès février 2021, un mois après son entrée en poste. L’accord vise, rappelons-le, à limiter à 1,5 °C l’augmentation de la température moyenne sur Terre par rapport à l’ère préindustrielle.
Très concrètement, que propose Joe Biden aux Américains ?
- La rénovation énergétique de quatre millions de bâtiments commerciaux et de deux millions de logements, notamment dans les quartiers défavorisés. A noter que le nouveau président démocrate entend mettre en œuvre toute une batterie de mesures qui permettraient de lier la lutte pour l’environnement aux questions raciales. Joe Biden a souligné à juste titre que la pollution aux États-Unis touchait particulièrement la population noire. Point qu’il n’a pas manqué de rappeler dans son discours fédérateur du 8 novembre.
- Une aide à l’achat de véhicules électriques fabriqués aux États-Unis, via des crédits d’impôt, mais aussi le passage à l’électrique pour l’ensemble des véhicules de la flotte fédérale, et la multiplication des bornes électriques. Joe Biden souhaite en déployer 500 000 à l’horizon 2030, contre 100 000 seulement à ce jour. A noter que les véhicules électriques, concentrés essentiellement en Californie, ne représentent encore que 2 % du marché aux États-Unis.
- Des investissements dans les énergies renouvelables avec un objectif de production électrique propre en 2035 et la fin des émissions carbones, d’ici à 2050. Sans doute l’une des propositions les plus ambitieuses lorsque l’on sait que les énergies fossiles pèsent toujours 62 % dans la production électrique américaine. Mais, en politicien prudent, Joe Biden ne souhaite pas interdire la production électrique au charbon ou au fioul, mais mettre en œuvre des incitations financières pour favoriser la production des énergies plus vertes. Un quart du plan de 2 000 milliards, leur serait consacré.
- En revanche, si le Démocrate mise sur les éoliennes et les panneaux solaires, il ne renonce ni au nucléaire, ni à l’extraction de gaz de schiste par fracturation hydraulique. Mais il s’est engagé à interdire tout nouveau forage sur des terrains publics, ce qui inclue les nouvelles autorisations d’extraction.
- Joe Biden devrait également exiger le rebouchage des puits de pétrole et de gaz naturels abandonnés, chaque année à l’origine du rejet dans l’atmosphère de millions de tonnes de méthane, un gaz aux effets de réchauffement 28 fois plus puissants que le C02.
- Enfin, le nouveau président entend classer en espace protégé 30 % du territoire et des aires marines d’ici 2030 afin de protéger la biodiversité. Et, acte hautement symbolique, il s’engage à protéger de façon permanente le refuge national de la faune arctique, une aire protégée située au nord-est de l’Alaska que Trump entendait dépecer et livrer à l’exploration pétrolière.
Au final, si certains instigateurs du New green deal de Bernie Senders trouvent ce programme environnemental incomplet, voire timoré, force est de constater que malgré toutes ses faiblesses il marque un tournant pour l’Amérique et une rupture définitive avec la politique dévastatrice de Trump.
Joe Biden n’aura pas la tâche facile, tout dépendra de sa marge de manœuvre à l’heure de légiférer. Mais il a le mérite – et l’habileté – de considérer le budget conséquent dévolu à la défense de l’environnement comme un investissement. Un argument qui pourrait être payant. Selon lui, les retombées économiques positives de son programme, devraient permettre la création de plus de deux millions d’emplois dans les énergies vertes. Un bon point à l’heure où l’économie américaine est fragilisée par la pandémie. Et un pas en avant considérable, comparé au programme annoncé lors des primaires. Le candidat démocrate ne prévoyait alors que 1 700 milliards de dollars sur dix ans pour lutter contre le réchauffement climatique. Enfin, c’est le premier signe depuis quatre ans que les États-Unis prennent en compte l’urgence climatique et entendent les aspirations des jeunes générations. Cela a sans doute valu à Joe Biden de nombreux votes de jeunes, espérons qu’il aura les moyens de ne pas les décevoir.
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