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Jet privé sur le tarmac de l'aéroport de Saint-Moritz
  • Société

Environnement : pourquoi les ultra riches tentent d’échapper à la traque aux jets privés

  • 5 septembre 2022
  • 3 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Scrutés par divers comptes Instagram et Twitter aux dizaines de milliers de followers, les déplacements en avions privés, tout un symbole, sont pointés du doigt depuis quelques mois. Une surveillance légale… qui dérange. La riposte des opérateurs européens ne s’est pas faite attendre : ils proposent de masquer l’identité des propriétaires de ces « bombes carbone » ! Questions de sécurité et de confidentialité pour ces VIP pressés, allèguent-ils, très inquiets. Car au-delà de ces vols privés qui, on s’en doute, ne seront pas bannis, c’est tout un mode de vie d’une frange infime de la population qui est remis en cause sous l’effet du « plane shame ». Qu’on soit athlète de haut niveau ou star du CAC 40 : le poids de la honte comme moteur de changement vers moins d’émissions de CO2, peut-être.

« Des discussions sont en cours entre les différents opérateurs et les sites qui publient les données de vols pour ne plus les faire figurer », confie à L’Usine Nouvelle Bertrand d’Yvoire, président de l’EBAA France (European Business Aviation Association) regroupant les acteurs du secteur. Une réponse aux diverses expositions médiatiques autour de l’utilisation des jets privés pour des trajets relativement courts. On se souvient notamment du vol de 10 minutes effectué par Bernard Arnault en mai, visant à relier Londres Ouest et Londres Est.

Les vols privés, symboles de tout un mode de vie remis en cause

Depuis quelques mois, sur les réseaux sociaux, de nombreux comptes traquent les déplacements en jets des ultra-riches, dénonçant l’impact environnemental de cette pratique, souvent injustifiée. Leurs sources ? Des sites comme Flightrader24, par exemple, permettant d’observer la position de la quasi-totalité des mouvements aériens en temps réel. Rien de plus simple : il suffit de renseigner l’immatriculation d’un aéronef pour connaître l’ensemble de ses trajets.

De quoi scruter le déplacement des milliardaires qui possèdent leur propre appareil et nourrir les comptes Twitter et Instagram qui ont fait de la surveillance de jets leur spécialité. L’un des plus connus, « ElonJet » sur Twitter, suit ainsi à la trace l’avion privé d’Elon Musk depuis juin 2020. Ce qui n’a pas plu au principal intéressé qui est allé jusqu’à proposer 5000 dollars au créateur afin qu’il cesse sa traque.

Pourquoi tant d'obstination ('d'acharnement', diraient les principales "victimes ") ? « Les milliardaires détruisent la planète par leur mode de vie et la gestion climaticide de leur capital. Ce compte Twitter a pour humble ambition d’en exposer une petite partie en suivant les trajets de leurs avions privés ultra-polluants » résume le créateur du profil « I Fly Bernard » qui suit les moindres faits et gestes du jet privé de Bernard Arnault, première fortune de France. Une surveillance tout à fait légale mais dérangeante, puisqu’elle met en lumière le mode de vie individuellement très polluant des ultra-riches. D'où le souhait des opérateurs européens de jets privés de masquer l’identité des propriétaires. Leur argument ? Une question de sécurité et de confidentialité. Préoccupations qui jusqu’alors ne semblaient pas vraiment les préoccuper.

Plus forte peut-être que les règlementations ou les sanctions : la honte

Personne n’ignore aujourd’hui que l’utilisation non justifiée de jets privés est aux antipodes des recommandations habituelles sur la sobriété énergétique. Souvent qualifiée de « bombe carbone », un vol représente 1 300 g de CO2/kilomètre/passager, contre 128 g pour un avion commercial moyen. Certes, ces déplacements privés ne représenteraient « que » 2% des émissions globales du transport aérien européen, insistent les « pro jets » mais là n’est pas la question de fond. Cette pratique n’est qu’une partie immergée de l’iceberg. 1 % des plus riches sont responsables de plus du double des émissions de C02 que la moitié la plus pauvre de l’humanité (environ 3,1 milliards de personnes) », expliquait fin 2020 dans son rapport "Combattre les inégalités des émissions de CO2".

On comprend mieux dès lors combien le rôle des « flight trackers » est important. Car, certes Julien Bayou, secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), a estimé, dimanche 21 août au micro de Franceinfo, que le temps était venu de « bannir » les jets privés au prétexte qu’un « jet pollue dix fois plus qu’un avion » de ligne, mais on doute que ses recommandations soient suivies d’effet en haut lieu. Car le ministre délégué chargé des transports, Clément Beaune, a bien proposé dans la foulée de « réguler » les vols en avion privé… pour très vite expliquer sur France 2 que le sujet était en fait « d’ouvrir ce débat au niveau européen de manière responsable et en évitant justement des mesures ou des idées démago du type interdiction ».

L’Europe, justement, planche actuellement sur le dit « sujet ». Mais reste à voir si elle se montrera plus audacieuse que la France. Dans le cadre du plan climat de l’Union européenne (UE), un projet de loi est en effet en discussion à Bruxelles. Il vise à faire sauter l’exemption de taxe dont bénéficie depuis quinze ans le kérosène brûlé par les jets privés (sauf vols de loisir) et l’aviation commerciale. Une contribution de 38 centimes d’euro par litre de kérosène serait envisagée pour l’aviation d’affaires. Mais le vote d’une telle loi exigeant l’unanimité des Etats membres, c’est loin d’être gagné. Malte et Chypre, très dépendantes du transport aérien, y seraient déjà opposés. Quant à la France, elle s’impose aujourd'hui comme le premier marché de l’aviation d’affaires en Europe, avec 18% des mouvements sur le vieux continent.

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