Après l’interdiction d’accès en septembre dernier à plusieurs centaines d’hectares au cœur de la Réserve des Hauts de Chartreuse - affaire très médiatique, suivie quelque mois plus tard d’un cas similaire dans les Alpes-Maritimes - voici qu’un propriétaire vosgien vient lui aussi de fermer un sentier très prisé des randonneurs dans le Haut-Rhin. Inquiétant quand on sait que 75% des forêts françaises sont privées et pourraient tomber sous le coup d’une multitude d’interdictions. C'est le droit d'accès à la nature qui est ici en danger.
« Ce qui se passe chez nous va arriver partout » ont déploré les randonneurs vosgiens à Rimbach-prés-Masevaux (Haut-Rhin). Tous étaient rassemblés samedi dernier dans le cadre d’une manifestation contre la fermeture d’un sentier de randonnée, entretenu par le Club vosgien Masevaux.
L’histoire commence le 11 janvier dernier. Lorsque le Club Vosgien Masevaux reçoit un mail du groupement forestier du Wustkopf, acquéreur de 64 hectares dans la vallée haut-rhinoise. Ce dernier lui annonce la fermeture d’un chemin, ouvert depuis toujours, reliant le hameau d’Ermensbach aux lacs et à l’auberge-refuge du Neuweiher, très appréciés des marcheurs. Et exige l’enlèvement du balisage.
« Aucune tolérance ne sera admise », affirme le propriétaire qui s’appuie sur la loi « engrillagement et protection de la vie privée ». Votée en début d’année, cette disposition avait introduit une contravention de IVe classe. Soit 135€ d’amende pour les personnes se rendant sur une propriété privée rurale ou forestière simplement signalée par un affichage.
Le texte avait notamment permis au marquis Bruno de Quinsonas de restreindre l’accès à sa propriété, en partie située sur la Réserve naturelle des Hauts de Chartreuse (Isère) en octobre 2023. Interdiction qui avait suscité une forte mobilisation contre dans la communauté de la montagne. Mais aussi sur la Côte d’Azur, à Villeneuve Loubet (Alpes-Martimes) où Jacques de Panisse-Passisa avait décidé de ne plus accepter sur ses 700 hectares les usagers de la nature. Dans les deux cas, les grands propriétaires terriens continuent d’accueillir des chasseurs, moyennant des droits d’accès très onéreux.
« Barrer un sentier en faisant un trou avec une pelle mécanique, c’est brutal ! »
« Cette privatisation avec fermeture impacte fortement tous les amoureux de la nature » ont dénoncé les manifestants ce week-end. « Les villageois, les acteurs économiques du tourisme et de la forêt, les randonneurs. Et tous ceux qui partagent notre espace de montagne. Ce qui se passe chez nous va arriver partout ».
Et pour décourager les randonneurs, le propriétaire ne s’est pas contenté de panneaux rouges. Car selon les constatations du Club Vosgien et du média local, L’Alsace, des arbres ont été déracinés. Une tranchée a même été creusée pour bloquer l’accès au sentier.
Une fermeture jugée abrupte par les organisateurs de ce rassemblement. « Barrer un sentier en faisant un trou avec une pelle mécanique, avant même d'avoir pu négocier, c'est brutal ! », déplore Joseph Peter, le vice-président du Club vosgien Masevaux. « Historiquement, ce sentier figurait sur les cartes en 1900. Et en un mois, on le ferme. On ne comprend pas ».
À l’heure où nous bouclons cet article, les négociations entre le Club vosgien Masevaux, et le propriétaire sont au point mort. Si ce dernier est resté muet sur la question, les manifestants ont réclamé ce week-end un assouplissement de la loi « engrillagement et protection de la vie privée ». Tous sont inquiets face à cette croissante restriction du droit d'accès aux espaces naturels. D’autant qu’en France, 75% des forêts françaises sont privées. Et pourraient donc, si l’on s’en réfère au texte de loi, faire l’objet de fermeture.
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