Avec huit des dix plus hauts sommets du monde, un vaste réseau de sentiers et d’infrastructures (lodges, guides, porteurs), le Népal est sans conteste l’une des meilleures destinations de trekking de la planète. Un passage obligé pour tout amoureux des cimes. Aussi, si vous ne deviez faire qu’un pèlerinage au pays des 8000 dans votre vie, autant bien le choisir. Plutôt que de vous agglutiner sur les voies qui mènent au camp de base de l’Everest, notre journaliste – spécialiste du trekking au Népal, vous propose 9 sublimes alternatives. Lacs sacrés, anciens royaumes, panoramas himalayens à couper le souffle… le tout, loin de l’effervescence du camp de base de l’Everest.
Cela fait plus de vingt ans que j’écris des guides sur le Népal, et je peux vous assurer que le célèbre sentier menant au camp de base de l’Everest n’est pas forcément le plus intéressant. Le plus haut sommet du monde accapare toute l’attention, au point d’éclipser le reste. Pourtant, l’Everest a aussi son revers : surfréquentation en haute saison, vols parfois chaotiques vers l’aéroport de Lukla, risques liés à l’altitude… La plupart des guides de randonnée affirment que les plus belles randonnées du Népal se trouvent hors de cette région.
Alors, quelle zone choisir pour vivre son expérience himalayenne ? Tout dépend de ce que vous recherchez. Si vous privilégiez la simplicité logistique, un budget raisonnable et l’ambiance conviviale des treks en lodge, optez pour un itinéraire classique comme le sanctuaire des Annapurnas ou la vallée du Langtang. On y mange et dort chaque soir dans des « teahouses » (auberges pour trekkeurs), l’occasion d’échanger récits et bons plans avec d’autres randonneurs venus du monde entier.
Si vous cherchez plus de solitude, comme moi, préférez un itinéraire moins fréquenté, comme le tour du Manaslu (8 163 mètres), idéal hors saison. Et pour vivre une vraie immersion dans la nature, optez pour un trek avec bivouac, vers le camp de base du Kangchenjunga ou du Makalu, à organiser avec porteurs et guide. Loin de tout, vous y découvrirez des paysages d’une beauté rare, dans un calme absolu.
Envie de culture ? Dirigez-vous alors vers les régions tibétaines du Mustang ou du Dolpo, où monastères bouddhistes et villages perchés vous attendent.
Et si le choix s’avère cornélien, pas d’inquiétude : l’accueil chaleureux des Népalais, la facilité d’organisation et la majesté des montagnes vous donneront forcément envie d’y revenir. Si vous êtes prêt à sortir des sentiers battus, voici mes itinéraires coups de cœur… loin de l’Everest.

Le tour du Manaslu : le meilleur trek en lodge du Népal
Durée : 11 à 12 jours
Période idéale : avril-mai, octobre-novembre
Altitude max : 5 115 m
Permis : de 75 à 100 $ US, auxquels s’ajoutent les permis des zones protégées du Manaslu et des Annapurnas (22 $ chacun)
Ce qui m’a plu : S’il existait un trek idéal, réunissant tous les ingrédients d’une aventure himalayenne — panoramas spectaculaires sur les hautes cimes, villages tibétains traditionnels et lodges confortables —, le tout loin de la foule de l’Everest et des Annapurnas… ce serait le tour du Manaslu. Moins connu, plus sauvage, cet itinéraire a tout pour plaire, au point qu’on peut sans hésiter le considérer comme le meilleur trek en lodge du pays.
Au programme : des gorges tapissées de cascades, des vues grandioses sur le Manaslu (8 163 m, dixième plus haut sommet du monde), les neiges du col de Larkya La et quelques-uns des plus beaux lacs glaciaires de l’Himalaya. Pour les plus curieux, une boucle optionnelle jusqu’au glacier de Pungyen offre sans doute l’une des plus belles randonnées à la journée de toute la région.
Bon à savoir : les transports publics (bus bondés ou jeeps partagées) permettent de rejoindre les points de départ, mais mieux vaut investir dans la location d’une jeep privée pour s’éviter quelques heures de galère. Pensez aussi à emporter des chaines ou petits crampons pour franchir le col de Larkya La, souvent verglacé.

Kangchenjunga Nord & Sud : sur les traces du troisième plus haut sommet du monde
Durée : 15 à 20 jours
Période idéale : mars à mai, octobre à novembre
Altitude max : 5 140 m
Permis : 20 $ US par semaine, plus 22 $ pour l’accès à la zone protégée
Ce qui m’a plu : à l’extrême est du Népal, à la frontière du Sikkim indien, se dresse un géant ; le Kangchenjunga, 8 586 mètres, troisième plus haut sommet du monde (et longtemps considéré comme le plus élevé jusqu’aux années 1950). L’accès est long, isolé, la splendeur des lieux se mérite : villages Limbu traditionnels, forêts de rhododendrons en fleurs au printemps, alpages balayés par le vent et vues époustouflantes sur les cinq sommets sacrés du Kangchenjunga. Deux itinéraires distincts mènent aux camps de base nord et sud, mais la meilleure option consiste à les combiner en un seul grand trek en franchissant le col de Mirgin La.
Bon à savoir : le long du parcours, on trouve de petites auberges locales très sommaires, qui proposent des repas de base et un hébergement pour les porteurs. Cela permet de réduire la charge (pas besoin d’emporter nourriture ni combustible) et de transformer ce trek isolé en aventure hybride entre teahouse et bivouac. Pour rejoindre le départ du sentier, il faudra prendre un vol jusqu’à Bhadrapur, puis compter une journée entière de trajet en jeep.

Vallée du Langtang : Une immersion express, mais intense, dans l’Himalaya
Durée : 7 à 9 jours
Période idéale : septembre à mai
Altitude max : 3 870 m
Permis : droit d’entrée au parc national du Langtang : 22 $ US
Ce qui l’a plu : à seulement une journée de bus de Katmandou, le Langtang est la troisième région de trekking la plus fréquentée du Népal — et pour cause. En une semaine à peine, on passe de jungles épaisses à de vastes pâturages d’altitude, avec en toile de fond les sommets enneigés. Le sentier traverse les vestiges du village de Langtang, balayé par un glissement de terrain lors du tremblement de terre de 2015, avant d’atteindre Kyanjin Gompa, dernier hameau habité de la vallée. C’est là que tout se joue : installez-vous quelques jours et partez chaque matin en randonnée vers des points de vue spectaculaires sur les glaciers, les lacs d’altitude ou les alpages, à quelques kilomètres seulement de la frontière tibétaine. Une immersion express, mais intense, dans l’Himalaya.
Bon à savoir : la vallée est très bien équipée en lodges, avec de quoi manger et dormir tous les deux ou trois kilomètres. À Kyanjin Gompa, vous trouverez même une petite boulangerie-café et du fromage local de nak (la femelle du yak). Si vous avez plus de temps, vous pouvez combiner cette boucle avec le lac sacré de Gosainkund ou le très beau sentier communautaire du Tamang Heritage Trail.

Gosainkund & Helambu : lacs sacrés et panoramas himalayens
Durée : 6 jours
Période idéale : avril à mai, octobre à novembre
Altitude max : 4 610 m
Permis : droit d’entrée au parc national du Langtang : 22 $ US
Ce qui m’a plu : parfait prolongement du trek de la vallée du Langtang, cet itinéraire encore méconnu grimpe à travers les crêtes panoramiques de l’Himalaya jusqu’au cirque d’altitude de Gosainkund, parsemé d’une douzaine de lacs sacrés. Prévoyez au moins une demi-journée pour explorer le lac principal, bordé de cairns bouddhistes et de tridents hindous, ainsi que les tarns (petits lacs glaciaires) plus discrets des alentours. Chaque mois d’août, pendant la mousson, des milliers de sadhus (ascètes hindous) convergent ici pour célébrer le lien mythique du site avec le dieu Shiva. Depuis Gosainkund, le sentier franchit le col sauvage du Laurebina La avant de plonger dans les vallées du Helambu, jusqu’à atteindre la crête de Tharepati, d’où la vue sur l’Himalaya est à couper le souffle. De là, une journée de descente à travers les forêts de rhododendrons mène au village de Kutumsang, accessible par la route.
Bon à savoir : l’un des rares treks du Népal où le mal aigu des montagnes peut survenir rapidement en raison du fort dénivelé des premiers jours. Mieux vaut faire d’abord le Langtang pour bien s’acclimater. Pour prolonger l’aventure, vous pouvez continuer au-delà de Kutumsang et descendre encore deux ou trois jours à travers le parc national de Shivapuri… jusqu’à rejoindre à pied la vallée de Katmandou, à quelques minutes des steaks de yak et des happy hours de Thamel.

Haut Mustang : un ancien royaume himalayen
Durée : 10 jours
Période idéale : mai à octobre
Altitude max : 4 325 m
Permis : 500 $ US pour les dix premiers jours, puis 50 $ par jour supplémentaire
Ce qui m’a plu : un bout de Népal planté dans le plateau tibétain ; l’ancien royaume du Mustang, interdit aux étrangers jusqu’aux années 1990, reste aujourd’hui l’un des derniers bastions de la culture tibétaine traditionnelle restée encore intacte. Le décor est plus tibétain que népalais : un désert d’altitude aride, minéral, parsemé de vallées lunaires et de falaises sculptées par l’érosion. Ici, ce n’est pas la haute montagne qui impressionne, mais l’histoire et la spiritualité. On y découvre des fresques bouddhistes parmi les plus remarquables de l’Himalaya, nichées dans les temples de la capitale fortifiée de Lo Manthang, mais aussi dans des grottes troglodytes perchées à flanc de falaise.
Bon à savoir : une piste poussiéreuse relie aujourd’hui l’aéroport de Jomsom à Lo Manthang et jusqu’à la frontière chinoise. Elle est prisée des motards népalais, mais les randonneurs peuvent heureusement l’éviter en empruntant des sentiers secondaires. Pour plus de tranquillité, choisissez comme moi la variante par la rive est, sans route, en passant par Tange et Tetang. À Lo Manthang, le Royal Mustang Resort — propriété de l’ancienne famille royale — offre un confort inégalé. Un conseil : réservez longtemps à l’avance si vous comptez y séjourner pendant les danses rituelles du festival de Tiji, en mai. C’est un moment magique.

Sanctuaire des Annapurnas : le plus beau trek en lodge de la région
Durée : 10 jours
Période idéale : avril à mai, octobre à novembre
Altitude max : 4 070 m
Permis : permis ACAP (Annapurna Conservation Area Project) : 22 $ US, à acheter de préférence avant le départ
Ce qui m’a plu : c’est l’un des itinéraires les plus populaires du Népal — et à juste titre. Ce trek mène au cœur du massif des Annapurnas, dans un amphithéâtre naturel de sommets mythiques. On démarre dans la chaleur moite des rizières, puis on grimpe à travers les villages Gurung jusqu’à atteindre un cirque d’altitude spectaculaire, ceinturé par le Machhapuchhare, le Hiunchuli et l’impressionnante face sud de l’Annapurna I (8 091 m). Une montée en puissance à la fois progressive et saisissante.
Bon à savoir : contrairement au grand tour des Annapurnas, largement abîmé par la construction de routes (raison pour laquelle il ne figure plus dans cette sélection), le Sanctuaire reste inaccessible aux véhicules. Les sentiers sont bien balisés, les lodges nombreux et confortables, et l’itinéraire peut se faire en dix jours : un combo gagnant. Mais qui dit succès dit affluence — mieux vaut viser les périodes en marge de la haute saison.

Boucle de la vallée de Tarap : un avant-goût du Dolpo tibétain
Durée : 9 jours
Période idéale : mai à octobre
Altitude max : 5 290 m
Permis : 20 $ US pour la première semaine, puis 5 $ par jour supplémentaire
Ce qui m’a plu : la région isolée de l’ouest du Dolpo rivalise avec le Mustang comme l’un des coins les plus mythiques et méconnus de l’Himalaya. Ce trek dans la vallée de Tarap explore la partie basse du Dolpo, offrant une immersion dans la culture tibétaine traditionnelle et une nature sauvage préservée, sans le coût exorbitant (500 $) du permis pour la zone haute du Dolpo. Au programme : villages intemporels, stupas emblématiques, monastères autour du village de Do Tarap, sans oublier les magnifiques cols de Numa La et Baga La, et une nuit au bord du plus beau lac du Népal, Phoksumdo. Peu d’agences proposent ce trek, ce qui en fait une vraie pépite. Pour les plus aventuriers, Phoksumdo est aussi la porte d’entrée vers le Dolpo supérieur, à suivre sur les traces de George Schaller et Peter Matthiessen jusqu’au monastère de cristal de Shey, immortalisé dans le récit de voyage classique Le Léopard des Neiges.
Bon à savoir : ce trek en bivouac nécessite un permis pour zone restreinte. Vous devrez être accompagné d’un guide agréé, avec probablement des porteurs pour votre équipement. Le départ s’effectue en avion depuis Katmandou ou Nepalganj jusqu’à l’aérodrome de Juphal.

Camp de base du Makalu : au cœur du grand Himalaya
Durée : 13 jours
Période idéale : mars à mai, octobre à novembre
Altitude max : 5 000 m
Permis : 20 $ US par semaine, plus 22 $ pour le parc national Makalu Barun
Ce qui m’a plu : ce trek sauvage et peu fréquenté est une vraie pépite. Malgré sa cinquième place parmi les plus hauts sommets du monde (8 463 m), le Makalu reste méconnu du grand public, éclipsé par ses voisins. Le parcours suit la vallée de l’Arun, traverse crêtes, pâturages et le col de Shipton, avant de s’enfoncer dans la vallée de Barun, au cœur même du grand Himalaya. Les panoramas sur le Makalu, le Lhotse, le Baruntse et la face Kangshung de l’Everest comptent parmi les plus spectaculaires du globe. Le seul bémol : il faut faire l’aller-retour par le même itinéraire.
Bon à savoir : des lodges rudimentaires jalonnent le chemin en haute saison, mais ils se remplissent vite. Prévoyez donc une tente en secours. L’accès se fait par avion à hélices jusqu’à Tumlingtar.

Camp de base nord des Annapurnas : court, historique et spectaculaire
Durée : 6 à 7 jours
Période idéale : mars à mai, octobre à novembre
Altitude max : 4 300 m
Permis : 22 $ US (permis ACAP)
Ce qui m’a plu : un trek à part, souvent méconnu, qui laisse derrière lui la foule des Annapurnas pour suivre l’itinéraire historique de Maurice Herzog lors de la première ascension d’un sommet de plus de 8 000 mètres en 1950 (son récit d’aventure Annapurna est un classique). En seulement trois jours d’approche dans la vallée, on atteint le lac Narchang et le camp de base nord des Annapurnas, point de départ de randonnées à la journée incroyables vers des camps de base d’altitude et des panoramas proches des sommets de l’Annapurna, du Tilicho et du Nilgiri. C’est un véritable paradis pour les amateurs de haute montagne, saupoudré d’une belle part d’histoire de l’alpinisme.
Bon à savoir : un véhicule 4x4 est nécessaire depuis Pokhara ou Tatopani pour accéder à l’entrée du sentier via une route de montagne spectaculaire.
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