En 2022, on le découvrait à la sortie de son merveilleux petit livre, « Le tour du monde avec mon Baluchon ». Yann Quenet nous avait alors scotchés, car des aventuriers comme lui, on en voit peu. Il revenait d'une « promenade » de trois ans sur les océans. 30 000 miles parcourus à sa façon, en musardant, sur « Galopin », son voilier de 4 m de long sur 1,60 m de large sorti de ses mains. 4 000 euros et des matériaux de récupération lui avaient suffi. Un rêve de gosse, pour cet autodidacte qui n’aspire qu’à faire simple et à prendre du plaisir. Deux ans plus tard, le voici reparti pour une deuxième virée autour de la planète. En escale au Cap-Vert, l’appel du grand large le titille plus que jamais, nous raconte-t-il.
L’idée : « J’avais envie d'une aventure maritime et terrestre »
« Dans une semaine-dix jours, je repars pour la Transat. Vers les Caraïbes. Après, je remonterai au printemps prochain vers Saint-Pierre-et-Miquelon et le golfe du Saint-Laurent, pour la traversée du Canada, par la route. Le but, c’est d'acheter la voiture la moins chère possible, de mettre mon bateau sur le toit, ou sur une remorque, suivant ce que je vais trouver - c’est ce que j’avais fait en Afrique du Sud dans le dernier tour du monde. Puis d'aller jusqu’à Vancouver. Là, je serai dans le Pacifique et je continuerai ma route.
Mais avant, j’aurais traversé tout le pays, et éventuellement passé un hiver aussi et trouvé une cabane et vivre une aventure à la Jack London. C’est des rêves de gamin, comme la navigation, m’imaginer avec un bonnet de castor à marcher dans la neige et à couper du bois. Mais y’a pas de plan. Je vais laisser la place à l’improvisation. C’est l’aventure ! Il y a une part d'inconnu. J’ai toujours rêvé d'associer une aventure terrestre à une aventure maritime, plus globale. C’est toujours le même esprit que pour mon premier tour du monde : se balader, se faire plaisir ! On verra bien ce qu’il va se passer demain ! L’idée, c’est de se laisser un peu porter. Et de faire une petite balade autour de la planète encore une fois. Sur trois-quatre ans… Mais ça peut peut-être durer 10 ans. Il n’y a pas d'impératifs de temps. »
Le budget : « Il faut faire ce qu’on peut avec ce qu’on a »
« Je n’ai pas les moyens de tenir trois-quatre ans, donc de toute façon, il va falloir que je m’arrête pour bosser un petit peu, ça fait partie de l’aventure, de se laisser des opportunités. Je vais essayer d'aller au Canada pour gagner un peu d'argent, en travaillant sur des bateaux ou autres. Ca ne sera pas forcément trop légal, en tant que français. Il faut essayer de réduire les dépenses au maximum, de faire le plus sobre possible, mais il faut quand même un petit peu d'argent pour acheter un peu d'essence pour la voiture.
Sur le précédent tour du monde, grosso modo, le budget faisait un peu moins de 500 € par mois. Sur trois ans, ça fait un petit budget quand même. Et cette fois si j’achète une voiture 1 000 $ et la revends 500 $, ça fera peut-être un peu plus. La petite cagnotte que j’ai ouverte ? Oui, je ne sais pas trop où ça en est, je ne l’ai pas mise à jour. Mais le but, c’est de pas trop dépense, c’est de faire le plus simplement possible. C’est pas le budget de Vendée globe ! »
Son bateau : « Avec Baluchon, on continue la route tous les deux »
« Au départ, je voulais partir avec un bateau plus grand, mais comme je n’ai pas trouvé de budget, je suis reparti avec Baluchon que j’ai un peu modifié. Et finalement, je suis bien plus content comme ça. Parce que c’est comme si c’était un copain. On continue la route tous les deux, je suis trop content d'avoir pris cette décision. La plus grosse modification ? Avant, j’avais une quille centrale fixe, et comme je vais le transporter par le Canada, et je veux pouvoir l’échouer aussi, j’ai mis deux quilles qu’on peut remonter. Mon tirant-d'eau peut être réduit très facilement. »
Baluchon superstar : « Ca fluidifie le contact, mais… »
« Je suis parti il y a quatre mois, je n’en suis qu’au tout début, je suis encore proche de la France et les gens connaissent Baluchon, il fait sa star ! C’est un peu différent du dernier tour du monde. C’est assez sympa, les gens découvrent le bateau. On papote. Je passe beaucoup de temps à papoter finalement sur cette première partie. Après, au Canada ou en Amérique, les gens me connaissent moins, ce sera plus authentique. Mon livre n’y est pas traduit, ça reste un petit truc, ce n’est pas un best-seller ! Mais bon, sur les réseaux sociaux, y’a plein de gens qui disent, ‘quand tu passes par-là, contacte-moi’, mais je vais laisser le sort décider pour moi. La vie a plus d'imagination que nous, alors il faut la laisser un peu faire. Quand ce n’est pas prévu, c’est encore mieux ! »
Baluchon : « Plus qu’un pote »
« Au tout début : il a fallu réapprendre à bien s’accorder tous les deux, car Baluchon a été un peu modifié. Mais lors de la traversée de la manche et du golfe de Gascogne, on a appris à se connaître. On s’est pris aussi un bon coup de vent en arrivant au Cap-Vert. Mais maintenant, on est bien en communion tous les deux. Je suis impatient de reprendre le large avec lui.
Baluchon, il est comme moi, il est facile, bonne pâte. Ce n’est pas qu’un pote, c’est un peu le prolongement de moi-même. Les gens le reconnaissent. Il est tout content. Il est un petit peu cabot aussi ! Il est mieux qu’avant, je suis très content de lui. Il n’a pas de défaillances, pas du tout. Il barre mieux que les gros bateaux, il n’a rien à leur envier ! Les gros au contraire ont quelque chose à lui envier. Mais bon, je ne suis peut-être pas objectif ! Souvent, partout, tous les gros bateaux ont un problème, de voile, de moteur, d'électronique, moi, je n’en n’ai pas ! Baluchon n’a pas de problème. On a un avantage sur les autres. »
Ses provisions : « On ne change pas le menu »
« Là, je suis en train de chercher les trucs les moins chers possibles, nouilles chinoises, boîtes de thon et de sardine, comme pour mon premier tour du monde. Du rhum ? Non, je n’en prends pas. Un peu trop fort pour moi, je préfère boire de l’eau. »
Ses livres : « J’ai de quoi faire encore pas mal de tours du monde ! »
« J’ai plus de 10 000 livres dans ma liseuse. En ce moment, je lis les mémoires de Mike Birch (navigateur canadien, vainqueur de la Route du Rhum 1978, ndlr), mais aussi plein de romans. En fait, je pioche au hasard. Des fois, j’accroche, des fois, non. Je laisse aller facilement, je ne suis pas hyper directif, alors je prends ce qui vient, ça donne un petit goût au voyage. Je n’ai pas de planning, d'en avoir un, ça m’angoisse beaucoup. Je n’ai jamais eu de travail de gens sérieux, avec de la rigueur et de la responsabilité. Je suis un petit peu un rêveur. Les gens comme moi sont faits pour voyager en bateau. J’ai trouvé ma voie. Aventurier moi ? Non, j’en ai croisés dans les festivals ( lors de la présentation du documentaire sur son périple, ndlr), des qui montent de grosses expéditions, des navigateurs qui sont sur des bateaux sérieux. Je ne me considère pas comme ça, plutôt comme un gamin qui s’amuse sur son petit jouet. »
Un 2e tour pourquoi ? « Pour faire plus grand, plus fort »
« Sur mon premier tour du monde, je n’avais pas passé l’Afrique du Sud par le cap de Bonne espérance, je suis tenté de le faire cette fois, et d'aller en Australie, ce que je n’avais pas pu faire à cause du Covid. Mais surtout, j’espère pouvoir vivre, revivre des grandes traversées comme sur le premier tour du monde qui m’ont permis de me découvrir. C’est ce que j’aimerais refaire. Comme tout le monde, on se met des limites. Je ne pensais pas, par exemple, que je pourrais faire 77 jours de mer. Mais je l’ai fait sans problème, donc je peux même faire plus grand, plus fort. Et puis je rêve encore de mon prochain tour du monde avec Baluchon. Nos limites se repoussent tout le temps. En fait, après le 1er tour du monde, maintenant le 2e … Et j’espère pouvoir en faire, plein, plein, plein d'autres ! C’est un secret, ça va être très sympa. Le projet n’a pas encore mûri, mais je compte augmenter encore mes distances de navigation ; pour me retrouver encore plus dans les grandes étendues du large. »
Un film ? « Je ne peux pas te dire »
« J’essaye de partir sans optique de film ou de livre. Si ça se fait, ça se fait, sinon ça n’a pas d'importance, ça ne va pas changer le monde. Et ce n’est pas le but. Je veux profiter de ma balade. Cette fois, on m’a offert une GoPro, mais s’il y a un beau coucher de soleil, j’en profite et si je pense à sortir la caméra, ok. Sinon, tant pis. L’important c’est de profiter. »
Les risques, la peur ?
« Non pas du tout. Même si mon bateau coule bas, ce qui est peu probable, je serais content d'être sur mon bateau, déjà. Mais y’a rien qui m’inquiète, aucune angoisse ! Ca marche jamais comme on a prévu, alors si on s’angoisse, ça ne sert à rien. Alors d'ici une semaine, 10 jours, c’est le début de la bonne saison pour traverser l’Atlantique, je serai en mer pour une trentaine de jours 30 avant d'arriver aux Antilles. Et ce qui me fait rêver, c’est de retrouver le rythme de la haute mer. Le vent, la mer, le bateau… On se croirait dans une sorte de monde parallèle qu’on se serait créé. C’est très agréable. On a l’impression que ça ne finira jamais. On a oublié le monde. »
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