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Les grimpeuses iraniennes, entre interdictions et émancipation
  • Société

En Iran, les femmes interdites d’escalade en falaise

  • 13 avril 2021
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Les grimpeuses du site de Dorcheh, près d’Ispahan, sont désormais condamnées à grimper en salle. Suite à un incident qui s’est produit début mars ou un extrémiste religieux a violemment attaqué un groupe mixte de canyoneurs - confondus avec des grimpeurs ! – l’accès des femmes au site vient de leur être interdit, en attendant l’éventuelle ouverture d’une voie qui leur serait réservée. Un grand pas en arrière en Iran où l’escalade, sport favori des Iraniennes, semblait leur être de plus en plus ouverte ces dernières années.

Tout a démarré par un incident. Et une méprise. Début mars un groupe de cinq hommes et dix femmes font du canyoning non loin d’Ispahan. Une région qui compte également un beau site d’escalade, Kooh Sefid, avec plus de 40 voies sportives utilisées jusqu’à présent par les hommes comme par les femmes. Devant ce groupe de canyoneurs mixte, un religieux extrémiste s’enflamme et tente de les stopper. Le ton monte, la violence aussi. L’altercation est filmée par l’une des victimes et fera le tour des réseaux sociaux. L’attaque est condamnée par l'Iran Mountaineering & Sport Climbing Federation et l'Ispahan Mountaineering Board, qui exprime également son soutien aux grimpeuses, offre une assistance juridique aux victimes. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. L'imam de la grande mosquée de Dorcheh se range du côté de l'agresseur, expliquant que les hommes et les femmes de ce groupe faisaient "des choses sales" en se rendant ensemble en montagne et encourageaient le vice. Dans la foulée, il n'hésite pas à menacer les autorités sportives d'Ispahan "de ne surtout pas toucher à la culture islamique", les femmes étant désormais des "intruses" dans la région.

Devant la menace non voilée, Mehdi Nasr Esfahani, chef du Isfahan Mountaineering Board, a réagi en interdisant « temporairement « aux femmes de pratiquer l'escalade en plein air sur le site de Dorcheh et en les reléguant dans des salles fermées où aucun homme ne pouvait les voir grimper.  Une décision prise à « titre préventif » pour les « protéger, en raison des sensibilités créées ». Tout au moins jusqu'à ce qu’une issue au conflit soit trouvée. L’une des options étant… la construction d'une nouvelle voie d'accès au site d'escalade, exclusivement réservée aux femmes afin de leur permettre de continuer à grimper !

Les grimpeuses iraniennes, entre interdictions et émancipation

Une décision qui a fait vivement réagir, Fatemeh Eftekhari, administratrice adjointe du Conseil Isfahan Mountaineering Board, auquel elle a adressé une lettre : "Restreindre l'entraînement en plein air des grimpeuses est clairement une punition pour ces athlètes, cela ne fait qu’aller dans le sens de tous ceux qui viennent de les accuser », apprend-on sur l'Instagram de la BBC. "Si vous ne pouvez pas soutenir les athlètes femmes, vous devriez au moins éviter de réduire leur champ d'action".

Farnaz Esmaeilzadeh, membre de l'équipe nationale iranienne d'escalade, détentrice du record iranien de vitesse, classée dans le top 10 des Coupes du monde IFSC et championne d'Asie en 2013, n’est pas en reste non plus :  "Il est étrange qu'au lieu d'aborder le cœur du problème, on conseille aux femmes de ne pas grimper sur ce site et de ne grimper temporairement que dans un gymnase", a-t-elle déclaré à la presse. « C'est injuste et absurde", ajoutant que même si l'interdiction était levée, désormais, les femmes continueraient à ne pas se sentir en sécurité sur ce site.

Il est vrai que si le site est très populaire auprès des grimpeurs, il est également situé non loin de Dorcheh, petite ville d’environ 50 000 habitants, dont la majorité a des croyances religieuses strictes. Tout près, se trouve un lieu de pèlerinage, et beaucoup de locaux sont particulièrement sensibles dans cette zone. Ce n'est pas la première fois d’ailleurs que les grimpeurs y sont victimes d'hostilité. Régulièrement insultés par des passants, on leur a demandé à plusieurs reprises de quitter la zone. Or, malgré les plaintes des grimpeurs, rien n’a été fait pour apaiser le conflit ni assurer leur sécurité. 

Les grimpeuses iraniennes, entre interdictions et émancipationLes grimpeuses iraniennes, entre interdictions et émancipation

L'auteur de l'attentat de Dorcheh risque des poursuites judiciaires et ce grave incident est plutôt rare,  mais il survient à un moment où les grimpeuses iraniennes semblaient voir de plus en plus d’options s’ouvrir à elles. 

Dans un pays où les femmes ne sont pas autorisées à voyager à l'étranger sans la permission de leur mari, où conduire une moto leur est interdit et pratiquer le cyclisme reste un sujet controversé, l'alpinisme et l’escalade permettent aux Iraniennes d'échapper aux restrictions. Au point que déjà en 2003, l’escalade était le sport féminin le plus populaire en Iran, loin devant le volley-ball, le karaté, le netball et le football. Depuis, l’engouement des femmes pour la grimpe ne fait que croitre. Loin des villes et du regard désapprobateur des conservateurs, elles peuvent s’exprimer librement et gagner confiance en elle. Une pratique qui se fait au prix de quelques concessions, certes : les grimpeuses doivent respecter le code vestimentaire, porter des vêtements longs et amples et se couvrir les cheveux d’un foulard sportif technique, un modèle développé notamment pour la compétition. Mais cela leur a permis de participer à des épreuves aux côtés des hommes, tant au niveau national qu'international. 

"Dans les grandes villes comme Téhéran, l'escalade devient de plus en plus populaire", explique Farnaz Esmaeilzadeh, interviewée par UKClimbing. "Le nombre de salles d'escalade augmente et dans certaines d'entre elles, les hommes et les femmes peuvent grimper ensemble." Ce boom des installations et la visibilité accrue des sportives dans la société iranienne ont à leur tour encouragé plus de femmes à s'essayer à l'escalade. "L'accès à davantage de clubs d'escalade dotés d'installations améliorées par rapport aux années précédentes est devenu beaucoup plus facile", ajoute-t-elle. 

Les grimpeuses iraniennes, entre interdictions et émancipationLes grimpeuses iraniennes, entre interdictions et émancipationLes grimpeuses iraniennes, entre interdictions et émancipationLes grimpeuses iraniennes, entre interdictions et émancipation


Reste que la ségrégation par sexe n'a pas seulement entraîné un accès limité aux installations, mais aussi un manque de femmes - et d'hommes - avec qui grimper et s'entraîner. Les murs d'escalade, comme de nombreuses installations sportives en Iran, ont généralement des heures d'accès séparées et limitées pour les femmes, à quelques exceptions près dans les villes plus progressistes. Ce qui, une fois de plus, se fait au détriment des grimpeuses.

Photos : Farnaz Esmaeilzadeh

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