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Didier Berthod Cobra crack
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Du rocher au monastère, le grand retour de Didier Berthod sur les falaises… en 8c

  • 22 mai 2024
  • 3 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

Didier Berthod est tel un cristallier. Et pour lui, les précieux minéraux, ce sont les voies à l’esthétique parfaite. Une quête qui l’avait amené à essayer au début des années 2000 « Cobra Crack », une fine fissure verticale déversante qui raye sur plus de trente mètres le granite du Chief à Squamish (Canada). L’une des ascensions dans le genre les plus difficiles au monde, aux alentours de 8c… que le Suisse de 43 ans a enchaîné mercredi 15 mai. Près de vingt ans après ses premiers essais, et surtout après s’être éloigné pendant plus d’une décennie de l’escalade pour consacrer sa vie à Dieu. Un parcours hors du commun. 

Fin 2006, Didier Berthod délaisse, du jour au lendemain, sa carrière de grimpeur pour rentrer dans un monastère catholique. Il a 25 ans. Issu d’une famille d’alpinistes, ce sport l’avait pourtant très vite passionné, « comme n’importe quel ado qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie » analyse-t-il aujourd’hui. « L’escalade a été une soupape dans un monde qui m’apparaissait hostile. Je l’ai pratiqué un peu comme une fuite de la société et des engagements responsables. Je suis plutôt une sorte de rêveur, un peu surdoué, en dehors des cases, je n’ai jamais voulu gagner de l’argent avec. J’avais uniquement des contrats matériels. Je ne voulais rien de plus. Et surtout pas rentrer dans cette société ». 

https://youtu.be/SlPlw4FG4dg?si=ZmQiWp_cdM8CXqKk

« Je me disais que si je ne trouvais pas ma place, c’est parce que j’étais appelé par Dieu »

Mais lorsque sa compagne de l’époque, une grimpeuse canadienne, lui a appris qu’il allait devenir papa, il s'est rendu compte qu’il devait mettre de l’eau dans son vin. Didier a alors songé alors à devenir grimpeur pro. Ce qui lui demandait de changer sa relation à l’escalade. Et à la société. « Je ne m'en sentais pas capable. J'étais très démuni » confie-t-il. En parallèle de ces questionnements, il travaillait « Cobra Crack », une fissure mythique en 8c (qui sera par la suite répétée par Nico Favresse et Alex Honnold). Avant de se blesser au genou. De quoi prématurément mettre fin à sa saison. 

S’en est suivi une sombre période pleine de doutes. Durant laquelle il a vécu ce qu’il qualifie « d’expérience mystique ». « Une espèce d’illumination, d’élargissement de la conscience » explique-t-il. « Ça a duré deux secondes, je ne peux pas vraiment le décrire. Mais disons que ça m’a ouvert l’esprit à la présence du divin ». D’éducation chrétienne, il entre dans un monastère suisse. 

« Tout faisait sens. Je me disais que si je ne trouvais pas ma place, c’est parce que j’étais appelé par Dieu ». De là, il abandonne femme et enfant. Disparaît des magazines. Et est coupé du monde. « Je me suis aussi coupé de moi-même » souligne-t-il. « Je ne voulais plus grimper. […] Pour moi, je vivais la vraie vie, celle qui allait déboucher sur la vie éternelle après la mort. La seule qui avait vraiment du sens ».

https://vimeo.com/348159341

« Je ne veux pas non plus devoir faire un post Instagram chaque jour »

Après treize ans de semi-autarcie, on l’envoie faire des études universitaires de théologie dans le but d’être prêtre. Une ouverture sur le monde qui l’amène à un christianisme beaucoup plus humaniste. Et à revoir toutes ses décisions passées. Il va très vite quitté le monastère « pour réparer les injustices commises ». Puis reprendre contact avec sa fille. Qui a alors 15 ans. « Ca a était peut-être la plus grosse claque de ma vie » se souvient-il. « Là, tu te rends compte que t’as merdé. Et tu ne sais pas si c'est possible de réparer ». 

Son objectif est clair : retisser les liens avec son passé. Dont l’escalade. Le sport d’une part, et la communauté également. Il va pour cela s’entraîner sans relâche, passant du 6b au 8a en huit mois. « J’avais ce schéma qui disait qu’à 40 ans, c’était fini pour tous les sports. Ce n’est pas si vrai que ça. Je suis étonné de voir qu’après 40 ans, c’est toujours possible de progresser ».  

Et très vite, en juillet 2023, il défraye la chronique, avec l’ouverture de « The Crack of Destiny ». Une fissure aux alentours de 8c. Un sérieux retour aux affaires pour ce grimpeur toujours poussé par le profond désir de repousser ses limites. De quoi l’inciter à retourner dans son projet passé : « Cobra Crack ». Une voie qu’il a enchaînée mercredi 15 mai. Près de vingt ans après s’être fixé ce projet. 

Didier affirme aujourd’hui ne plus être fermé à l’idée de redevenir grimpeur professionnel, mais il estime qu’il aura désormais « toujours ce rapport très libre à l’escalade », qu’il n’avait pas auparavant. Mais ses ambitions sont désormais claires : « Je ne veux pas non plus devoir faire un post Instagram chaque jour, ce qui est peut-être devenu le pendant du professionnalisme de l’escalade aujourd’hui », affirme-t-il. 

L’intégralité de l’histoire de Didier Berthod est à retrouver dans l’épisode « 13 ans dans un monastère, et après ? » du podcast dédié à l’escalade « Allez ».

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