À 22 ans, l’italien qui a déjà scotché tout le monde il y a quelques mois, en réalisant la troisième ascension de "Tribe", probablement la voie de trad la plus difficile au monde, vient de répéter « Lurking Fear » sur El Capitan… 25 ans après que Beth Rodden et Tommy Caldwell l’aient libérée. Du grand art. D'autant que ce crack du bloc n’a quitté la compétition pour le big wall que depuis deux ans. Et qu’il ne compte pas en rester là dans le Yosemite.
« Je ne savais pas qu'elle n'avait pas été répétée ou qu'elle était si difficile ! », raconte Pietro Vidi. On a peine à croire le grimpeur italien spécialiste du bloc, connu pour ses nombreux 8C, qui le 29 avril dernier a libéré la 19e et dernière longueur de Lurking Fear (5.13c / 8a+) sur El Capitan, devenant ainsi la première personne à libérer chaque longueur depuis Beth Rodden et Tommy Caldwell en 2000. Soit il y a 25 ans !
L’aboutissement d'un long processus, raconte ce grimpeur qui a découvert le Yosemite à l’automne dernier, grâce à sa compagne, l’athlète olympique italienne Camilla Moroni. Cette année, alors qu’il était encore sous le choc de son ascension de la légendaire « Tribe », (5.14+ / 9a+, dans le Caderese, en Italie), il est retourné à la Mecque du big wall américain.
« Le plan initial était d'escalader Salathe, mais pour diverses raisons logistiques et météorologiques, mon objectif s'est déplacé vers la face ouest, sur Lurking fear », écrit-il sur Instagram.
Lurking fear ? Tout simplement un monument pour les grimpeurs. Située sur la face sud-ouest d'El Cap, cette voie devrait son nom (littéralement « la peur en embuscade ») à un poème du maître de l’épouvante, l'écrivain H.P. Lovecraft. Ca pose le problème. Il faut remonter à 1976 pour voir Dave Bircheff, Phil Bircheff et Jim Pettigrew en faire la première ascension, libérant ce qu’ils pouvaient. Près de vingt ans plus tard, c’est Steve Schneider, Alan Lester et Jeff Schoen qui s’y collent et en libèrent 95 %, après avoir fait toutes les longueurs, à l'exception des longueurs 2 et 7. Caldwell et Rodden finiront le travail jusqu’au sommet en sept jours en 2000, libérant la deuxième longueur (5.13c / 8a+). Une longueur délicate, suivie de trois longueurs de belles fissures fines en 5.12 (7b).
« C'était le choix parfait, compte tenu des conditions de la vallée, les températures étant chaudes en ce moment, les longueurs dures sont toutes assez basses et restent à l'ombre jusqu'à midi » poursuit l’Italien. (...) « Cette voie s'est révélée être un véritable défi mental. Garder son sang-froid jusqu'à la fin s'est avéré difficile, il m'a fallu trois jours pour finalement l'enchaîner. C'est certainement l'une des longueurs les plus folles que j'ai jamais grimpée ! », conclut le grimpeur qui, sur certaines longueurs a dû composer avec « des prises de pied si petites qu'elles ne pouvaient pas supporter mon poids. Je n'en reviens toujours pas ! ».
Pas de hasard pourtant. Au cours des quatre dernières années, le grimpeur italien a partagé son temps entre les compétitions en salle dans le cadre de la Coupe du monde, les voies sportives dures et les blocs les plus engagés en Europe. Avec deux parents guides de haute montagne, il baigne dans l’escalade depuis son plus jeune âge, il y a été initié à 12 ans. C'est d'ailleurs son père qui l'a assuré sur Lurking Fear et lui a enseigné les subtilités du big wall.
Avec son solide CV, encore étoffé par « Lurking Fear » - une voie qu’avec du recul Tommy Caldwell classerait probablement non plus en 5.13c (8a+), mais en 5.14 (8b+), selon Climbing - le grimpeur, étudiant en biologie, semble avoir définitivement tourné la page de la compétition. Il affiche aujourd’hui la ferme intention de se concentrer sur l'escalade en pleine nature. Et d'ouvrir d'autres voies dans le Yosemite. Entre autres.
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