Les scientifiques d’aujourd’hui savent à quel point les travaux de Claude Lorius ont fait avancer la connaissance autour du climat. Ce visionnaire, médaillé d’or du CNRS décédé mardi 21 mars à l’âge de 91 ans, n'est pourtant guère connu du grand public alors qu'il est l’un des premiers glaciologues à avoir établi le rôle des émissions de CO2 dans le réchauffement climatique... grâce à une intuition générée par l'observation d'un glaçon flottant dans son verre de whisky !
Nous sommes en 1965. Claude Lorius, héros légendaire du premier hivernage mené en Antarctique (1957) est alors un jeune chercheur de 33 ans au CNRS. Près de la base Dumont d’Urville en Terre Adélie (la partie de l’Antarctique revendiquée par la France), une énième journée de carottage achevée, il boit un verre de whisky avec un collègue australien, Bill Budd. En observant le pétillement des glaçons directement issus de la banquise, phénomène dû à la très forte concentration de l’air des morceaux de glace, le Français se demande soudain s’il ne serait pas possible d’extraire et analyser l’air contenu dans la glace afin d’en obtenir des archives de l’atmosphère. Cette idée sera à l’origine de tout ce que l'on sait aujourd’hui en matière de climatologie.
Près de dix ans de préparation plus tard, au coeur de l’hiver 1977-1978, Claude Lorius et son équipe entament un forage profond du Dôme C (sud-est de l’Antarctique) de 900 mètres. Une prouesse leur permettant de retracer 40 000 ans d’histoire climatique. Six ans après, il débarque, en pleine Guerre Froide, avec les avions de l’US Army, sur le base russe de Vostok afin de creuser encore plus au coeur de l’Antarctique et d'en remonter des glaces de 150 000 ans.
À partir de là, les chercheurs peuvent déterminer deux courbes : celle de la température à la surface de la Terre sur des dizaines de milliers d’années et celle de la teneur en CO2. Quelle ne fut pas leur surprise de voir qu’elles sont strictement parallèles ! Des résultats qui font, en 1987, la une de la prestigieuse revue Nature. Par la suite, Claude Lorius s’emploie à mobiliser pour la lutte contre le réchauffement mondial, ce qui lui vaudra d'être qualifié de premier lanceur d'alerte du climat et de se voir décerné le Blue Planet Prize – sorte de prix Nobel de l’environnement – en 2008, à Tokyo.
"On ne voit pas arriver l'Antarctique, on bute contre lui. J'en suis rentré avec un regard unique sur le monde, et surtout cette empathie folle pour la planète sur laquelle je vis" racontait Claude Lorius, alors âgé de 81 ans, de retour en Antarctique pour les besoins du tournage du film "La Glace et le Ciel". Ce documentaire, sorti en 2015 et projeté au festival de Cannes est signé du réalisateur Luc Jacquet (à qui l’on doit notamment "La Marche de l'Empereur") déterminé à remettre en lumière ce scientifique visionnaire, pourtant mal connu du grand public.
Pour aller plus loin, l’interview de Claude Lorius réalisée par le CNRS
En 2002, Claude Lorius, directeur de recherche émérite, reçoit la Médaille d'or du CNRS pour ses recherches qui ont mis en évidence le lien entre teneur en gaz à effet de serre (GES) et évolution du climat grâce à l'analyse des bulles d'air présentes dans la glace qui s'accumule depuis des millénaires au Pôle Sud. L'occasion de retracer la carrière du pionnier de la climatologie dans une interview.
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