Âgés d’à peine 20 ans, les deux étudiants en licence à la faculté des sciences et technologies de Saint-Denis, à la Réunion, ont été retrouvés morts le 22 avril au pied du Piton de la Fournaise. Ils étaient partis bivouaquer sur le volcan, en éruption depuis le 9 avril, alors que la préfecture avait strictement interdit son accès par arrêté et ce, dès le début de l'éruption. Plusieurs hypothèses étaient à l'étude pour déterminer la cause de leur mort, dont celle de la foudre. Hypothèse écartée hier par la procureure de la République de Saint-Pierre qui a dévoilé les résultats des autopsies. En cause, la chaleur et les gaz dégagés en raison de l’éruption en cours du volcan. Explications.
En ce début d’année 2021, de nombreux volcans à travers le monde se sont réveillés et attirent les foules locales. D’abord en Italie, puis en Islande - qui a d’ailleurs fermé l’accès aux touristes suite à l’ouverture d’une nouvelle faille le 5 avril. C’est maintenant le tour de La Réunion : les curieux et passionnés de volcans se hâtent d’admirer ces spectacles, aussi magnifiques que dangereux.
Malheureusement, cette fascination a tourné au drame. D’abord portés disparus, deux étudiants d’une vingtaine d’années ont été retrouvés sans vie au pied du Piton de la Fournaise, le 22 avril. Tous les deux originaires de Saint-Pierre, à la Réunion, ils étudiaient dans les unités de sciences et technologies de l’université de Saint-Denis. Un accident qui rappelle la disparition tragique, sur ce même site, d’un autre jeune randonneur, tombé dans une crevasse sur le volcan en août 2003. Lui aussi était étudiant à l’université de La Réunion.

Bivouaquer sans surveillance
Les deux étudiants auraient « rejoint des volcanophiles mardi, à 14h », rapporte le journal réunionnais Le Quotidien : « Déposés sur sur le parking du Pas de Bellecombe par leurs proches, ils devaient bivouaquer dans l’enclos du Piton de la Fournaise avant de reprendre chemin du retour ». Et ce, malgré le couvre-feu, instauré de 18 heures à 5 heures à la Réunion. « Ils avaient en leur possession un réchaud, de quoi s’alimenter et une bâche pour s’abriter », a ajouté Stéphane Narbaud, commandant du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM), lors d’une conférence de presse organisée au tribunal judiciaire de Saint-Pierre.
La famille des deux disparus auraient alerté les secours dès le lendemain, n’ayant aucune nouvelle de leur part. « Nous avons été avisés dès 16 ou 17 heures de la disparition des deux jeunes. Nous n’avons pas pu engager les moyens aériens ou pédestres tout de suite à cause de l’orage et de la pluie », a ajouté Stéphane Narbaud.
Effectivement, la météo s’annonçait particulièrement mauvaise ces derniers jours. « Mardi 20 avril, Météo France avait émis un bulletin orages sur le sud de l’île. Une vigilance qui avait été renouvelée le lendemain mercredi 21 avril », signale Zinfos974, journal local réunionnais.

Plus de 500 impacts de foudre
« En ce moment, les conditions sont très mauvaises. D’habitude, il fait plus beau, le temps est plus sec en avril ici. Mais depuis deux ou trois semaines, il ne fait que pleuvoir. Cette nuit, on a enregistré plus de 500 impacts de foudre ! Il n’y avait pas de surprise », raconte Luc Souvet, webmaster du site fournaise.info et un passionné dévoué au Piton de la Fournaise.
« Pour accéder au volcan, il faut d’abord monter en voiture jusqu’au dernier parking disponible dans les hauteurs, puis franchir un enclos - le seul accès au sommet - qui lui, se situe déjà à plus de 2630 mètres d’altitude. Il faut se dire que l’on prend au moins les mêmes risques que lorsqu’on s’aventure en haute montagne, où les conditions météo peuvent changer très rapidement », ajoute-t-il.
Ce spécialiste du Piton de la Fournaise nous apprend également que « la préfecture ferme l’accès à cet enclos systématiquement quand il y a un risque d’éruption ». La préfecture qui, par ailleurs, avait communiqué un arrêté interdisant de s'y rendre dès le 9 avril : « Compte tenu de la présence de gaz chauds et incandescents, et de la possibilité d’émission de lave à court terme, le Préfet a décidé de la mise en oeuvre de la phase d’alerte 2-2 "éruption en cours dans l’enclos" (…). L’accès du public à l’enclos Fouqué, depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier, ainsi que le poser d’aéronefs dans la zone du volcan, sont interdits jusqu’à nouvel ordre ». Une information confirmée par les autorités sanitaires de Saint-Philippe, que nous avons contactées.

L'intoxication au gaz ou la foudre suspectées
Les deux étudiants auraient probablement escaladé l’enclos condamné, s’aventurant sur un terrain accidenté. « Une fois que l’on franchit l’enclos, on avance sur de la lave refroidie, c’est un accès inhospitalier et fatigant. Pour peu qu’il fasse mauvais temps, la prise de risque est d’autant plus grande. De plus en plus de gens s’aventurent dans cette zone pour filmer, passent par dessus l’enclos lorsqu’il est fermé, mais ils ne se rendent pas compte du risque », commente Luc Souvet.
Les résultats de l’autopsie étaient très attendus, deux pistes étaient particulièrement étudiées : l’intoxication par les gaz, ou la foudre. On sait maintenant, suite au rapport de la procureure de la République de Saint-Pierre dévoilé hier en fin de journée, que c'est la chaleur et les gaz dégagés lors de l’éruption du volcan (toujours en cours) qui ont causé le décès des deux étudiants.
Mercredi, la préfecture de La Réunion avait d'ailleurs lancé un nouveau message d’alerte : « Le phénomène volcanique émet dans l’air des substances telles que le dioxyde de soufre (SO2), un gaz irritant des voies respiratoires, ou encore des particules fines. Ces substances peuvent entraîner chez les personnes vulnérables, en cas de concentration importante, des manifestations physiques telles qu’une toux, une exacerbation d’asthme, une baisse de la capacité respiratoire ou une irritation ».
À l’approche du week-end, Luc Souvet rappelait, lui aussi, les risques encourus, suite à l’activité volcanique : « N’y allez pas, c’est trop dangereux, d’autant plus que la pluie continue de tomber. Les éruptions attirent les curieux car on croit que c’est le paradis, mais ça peut vite devenir l’enfer ».
Une mise en garde déjà annoncée sur le site de fournaise.info qui, ce vendredi 23 avril, expliquait en termes très clairs les dangers d'un volcan au demeurant fascinant :
Ce spectacle hors norme attire évidemment les amateurs de sensations fortes, et l’on comprend aisément cette envie de voir un aussi beau spectacle de plus près.
Depuis 1998 nous avons vu de très nombreuses éruptions, toutes différentes et souvent très spectaculaires ; autrefois les gens les regardaient avec beaucoup plus de facilité, on pouvait très facilement s’approcher des rivières de lave et cela ne posait pas de problème. Aujourd’hui, les amateurs et les passionnés sont sur les réseaux sociaux en permanence, on voit de plus en plus de monde descendre dans l’enclos dès le premier jour et braver les interdits pour voir et filmer les éruptions de très près ; c’est tentant.
Aller au Pas de Bellecombe en voiture, marcher pas loin de deux heures dans l’enclos sur un terrain fatiguant à 2400 mètres d’altitude, parfois de nuit avec un très mauvais temps, tout ceci n’est pas anodin ; la haute montagne ne fait pas de cadeau, cette nuit il y a eu plus de 500 impacts de foudre au volcan. Loin de nous l’envie de faire de la morale, nous ne faisons que constater. Et nous mettons souvent en garde les internautes qui nous contactent et souhaitent parfois se lancer dans des projets trop audacieux, voire dangereux.
La Fournaise est fascinante, on en oublierait presque le danger.
Restons humbles, la Fournaise peut nous surprendre à chaque instant, il convient de rester sur ses gardes.
Article publié le 23 avril, mis à jour le 24 avril 2021.
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