Tous les regards seront braqués demain sur le coureur suisse Rémi Bonnet. Favori de cette épreuve, qu’il a remportée en 2022, on s’attend, forcément, à ce qu’il tente de battre le battre le record cette année. Mais rien n’est gagné...
Rémi Bonnet est un optimiste qui croit à tous les possibles. Adepte de la course à pied et du ski de fond depuis l’adolescence, le Suisse de 28 ans a fait ses preuves sur les parcours les plus escarpés. Ce qui ne veut pas dire que la victoire lui soit acquise à l’heure de battre le record de l'ascension du Pikes Peak, course organisée demain samedi 16 septembre à Manitou Springs, dans le Colorado. D’autant que cette année, on annonce de la neige sur ce parcours de 21.43 km montant jusqu’à 4300 mètres d’altitude. Pas de quoi le décourager pour autant. L’athlète, qui a remporté l'ascension l'année dernière, est plus intéressé que jamais par la poursuite de ce que l'on appelle depuis plusieurs années "le record impossible".
Ce record quel est-il ? Il s’agit d’un temps stupéfiant : 2:01:06 ! Et c’est le légendaire traileur américain Matt Carpenter qui l’a établi en 1993. Il s'agit de l'une des marques masculines les plus longtemps détenues dans le livre des records de la course à pied, bien plus longue, par exemple, que le record du mile de 3:43.13 par le Marocain Hicham El Guerrouj.
Au cours des 30 dernières années, seuls Matt Carpenter s'en est à nouveau approché (2:08:27 en 2006 à l'âge de 42 ans), sans parler bien sûr du double champion du monde de trail l'Américain Joe Gray (2:05:28 en 2016) et de Bonnet. L'année dernière, ce dernier a remporté l’épreuve en un temps respectable de 2:07:02, mais même cet effort l'a laissé à plus d'un demi-mile du rythme de l'exploit monumental de Carpenter.
10 000 $ de prime
Afin de relever encore le niveau, les organisateurs de la course de Pikes Peak ont, depuis plusieurs années, associé une prime importante aux records de parcours des hommes et des femmes ; le record féminin détenu par Kim Dobson en 2012 étant de 2:24:58. Cependant, la prime a été légèrement ajustée ces dernières années, de sorte que pour gagner le prix de 10 000 $, un coureur doit dépasser largement les records en passant sous la barre des 2:00 (ou 2:21 pour les femmes).
Rémi Bonnet, qui a remporté le marathon de Pikes Peak en 2017 à l'âge de 20 ans, a passé les dernières semaines à s'entraîner sur un tapis roulant dans une chambre d'altitude en Suisse. Il est arrivé dans le Colorado le 6 septembre et a passé une semaine à courir dans les montagnes escarpées de Breckenridge et dans les environs. Mais "l'argent ne m'intéresse pas", dit-il. " Pour moi, il s'agit plutôt d'un record historique, alors essayer d'y inscrire mon nom, voilà mon seul objectif", explique l’athlète pro sponsorisé par Salomon et Red Bull. "Je pense que c'est possible, parce que l'année dernière, la seule partie où j'ai perdu du temps par rapport à Matt Carpenter était la plus haute, entre 12 000 et 14 100 pieds (3657 et 4297 mètres, ndlr). Maintenant, avec tout l'entraînement que j'ai fait à cette altitude, et quelques essais cette semaine, je pense que je suis prêt ".
Un semi pas comme les autres
L'ascension de Pikes Peak démarre au centre de Manitou Springs, à une altitude d'environ 1900 mètres au-dessus du niveau de la mer, et conduit les coureurs jusqu'au sommet de Pikes Peak, le 30e point le plus élevé parmi les 58 sommets de plus de 14 000 pieds (4267 mètres) du Colorado. Depuis la fin du XIXe siècle ce site doit son nom à l'explorateur américain Zebulon Pike, mais il était connu sous le nom de Tavá Kaavi - la montagne du soleil - par les populations indigènes bien avant l'arrivée des immigrants européens dans la région. Après un premier tronçon de 1,5 mile (2,4 km) sur une route goudronnée à travers le Ruxton Canyon, le reste de la course se déroule sur le parcours vallonné du Barr Trail, de la terre et du rocher. Le record de Carpenter est de 9:15 par mile, mais il s'agit surtout de courir vite dans l'air raréfié d'une altitude de plus en plus élevée.
Cette année encore, la Pikes Peak Ascent est un des événements clés de la Golden Trail World Series. Ce qui veut dire qu'il y aura de nombreux coureurs de classe mondiale pour challenger Rémi Bonnet, notamment les Kényans Philemon Ombogo et Patrick Kipngeno, l'Espagnol Daniel Osanz et les Américains Eli Hemming et Joe Gray, quintuple vainqueur de l'ascension qui participera à la compétition bien qu'il se soit récemment fracturé un os de la main.
Au cours de la semaine dernière, Rémi Bonnet a couru sur plusieurs hauts sommets, dont le Mont Baldy (13 690 pieds, 4172 mètres ) et le Quandary Peak (14 272 pieds, 4350 mètres) près de Breckenridge. "Ca va être une belle bataille", se réjouit le Suisse. "C'est une bonne chose qu'ils soient là, qu'ils me poussent. J'irai au même rythme que l'année dernière dans la première partie, pas plus vite. Mais je pense que je serai capable de pousser sur la deuxième moitié parce que je suis plus acclimatée cette année".
Le marathon et l'ascension de Pikes Peak offrent l'une des primes les plus importantes des États-Unis. Outre les éventuelles primes de temps de 10 000 dollars, l'ascension de Pikes Peak versera 20 400 dollars aux 10 premiers hommes et femmes, dont 3 000 dollars pour les vainqueurs, tandis que le marathon de Pikes Peak, qui ne fait pas partie de la série Golden Trail, offre une prime supplémentaire de 10 500 dollars pour les cinq premiers hommes et femmes.
Le circuit Golden Trail se poursuit avec la course Mammoth 26K le 21 septembre à Mammoth Lakes, en Californie, et les deux jours du Golden Trail Championship les 19 et 20 octobre en Italie.
Qu'est devenu le légendaire Carpenter ?
Matt Carpenter a marqué l’histoire de Pikes Peak. Passionné par cette épreuve depuis 1987, en 24 ans il a gagné 18 fois dans les deux courses, dont 15 victoires consécutives de 1993 à 2011, date à laquelle il a pris sa retraite après avoir gagné le marathon de Pikes Peak. Ce qui est particulièrement étonnant dans son record d'ascension, c'est qu'il l'a réalisé à mi-parcours lors d'un duel épique avec le Mexicain Ricardo Mejia dans le marathon de Pikes Peak. Le temps qu'il a réalisé cette année-là - 3:16.39 - reste lui aussi une marque apparemment intouchable. (L'Espagnol Kilian Jornet s'en est rapproché avec sa victoire en 3:27:28 en 2019.) Ce qui a fait le succès de l’Américain, c'est son haut niveau de forme, sa connaissance du parcours et son analyse des temps intermédiaires pour chacun des segments. "C'est une légende", commente Ryan Linder, directeur adjoint du Pikes Peak Marathon and Ascent. "Il était tellement passionné. Quand on lui parle, on comprend pourquoi il était un si bon coureur".
A 59 ans, Matt Carpenter continue de courir, mais il n'a participé à aucune des compétitions depuis sa dernière victoire il y a une douzaine d'années. Depuis, il tient un magasin de glaces, le Colorado Custard Company, dans le centre-ville de sa ville, Manitou Springs, non loin de la ligne de départ des courses. Il refuse poliment les interviews et ne parle pas facilement des courses, principalement parce qu'il ne se considère plus comme un coureur de compétition et qu'il ne veut pas détourner l'attention des coureurs élite actuels. Quant aux records, bien qu'il les ait détenus pendant plus de la moitié de sa vie, Carpenter ne se laisse pas piéger par le battage médiatique lié à l'impossibilité d'atteindre un record. "Ils ne sont pas impossibles", a-t-il déclaré à Outside cette semaine. "Tous les records finissent par être battus."
C'est effectivement le cas, et certains signes indiquent que les records de Carpenter finiront eux aussi par tomber. En 2012, les 2:24:58 de Dobson ont battu le record féminin de l'ascension du Pikes Peak de Lynn Bjorkland (2:33:31), apparemment inaccessible, qui tenait depuis 31 ans. Entre-temps, Gray a battu plusieurs des records de Carpenter en montée sur la moitié inférieure du parcours de l'Ascent, et Dakota Jones a pris deux minutes au record de Carpenter en descente avec un temps de 1:13:53, en route vers la victoire du marathon de Pikes Peak cette année-là.
Rémi Bonnet est prêt à tenter sa chance, même s'il est probable que la pluie attendue ce week-end s'ajoute à la couche de neige tombée sur le sommet de la montagne le week-end dernier. Et si cette année n’est pas la bonne, le Suisse n’en démord pas, et assure qu’il sera de retour pour tenter à nouveau de battre le record. "Je pense qu'il faudra que quelqu'un comme Rémi consacre du temps au parcours et au record", explique le directeur de la course Ryan Linder. "Et il semble bien qu'il ait vraiment tout mis de son côté cette année et qu'il se soit vraiment préparé pour le décrocher demain. Nous verrons bien l'impact de la neige sur cette préparation ».
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