Dramatique année pour nos montagnes, particulièrement pour le massif des Ecrins. Son emblématique géant, le glacier Blanc, cumule les records. "Le plus faible enneigement enregistré l’hiver dernier (2021-2022), la plus forte fonte estivale et le bilan annuel le plus déficitaire" alerte le Parc National à la suite d’une étude publiée début novembre. Des constats qui détrônent ceux du rude été 2022.
De passage dans les Ecrins, un détour demeure incontournable : celui vers le glacier Blanc, le plus vaste des Alpes du Sud, niché au fin fond de la vallée d’Ailefroide. Très touristique l’été, ce géant, l’une des étapes à franchir lors de l’ascension de la barre des Ecrins (4102 m), subit de plein fouet le réchauffement climatique. En témoignent les photos présentes au refuge du Glacier Blanc (2542 m), offrant les témoignages de l’accélération dramatique du déclin de la glace. "Il y a une quinzaine d’années, le glacier arrivait au pied du refuge" répète souvent le gardien. Hélas, il faut désormais marcher pendant 30 minutes, d’un bon pas, pour l’atteindre.
Sous le soleil brûlant cet été - sécheresse, canicules à répétition et températures au-delà des normales de saison étant au programme - les locaux étaient craintifs sur le bilan annuel à venir. Et comme on s’y attendait, le rapport publié par le Parc National des Ecrins début novembre est catastrophique. "L’année 2022 constitue un triple record pour le glacier Blanc depuis 23 ans" précise-t-il. "Le plus faible enneigement enregistré l’hiver dernier (2021-2022), la plus forte fonte estivale et le bilan annuel le plus déficitaire. De quoi largement détrôner l’année tristement célèbre de 2003…"

À ce rythme accéléré, il disparaîtrait en une trentaine d’années…
"Les relevés réalisés entre début juin et début août par les équipes du Parc national et d’INRAE ont révélé une fonte moyenne de glace de 8 cm/jour à 2 900 m d’altitude, soit presque 5 mètres d’épaisseur en 2 mois" détaille l'étude. "Sur l’ensemble de la saison estivale, la fonte (4,25 m d’eau) est presque 2 fois plus importante que la moyenne calculée sur la période d’observation 2000-2022. En cause, la perte très rapide de sa couverture de neige de l’hiver, dès le début du mois de juin, qui a décuplé l’effet des températures élevées, atteintes elles aussi précocement, dès le début du printemps. La fonte de glace a ainsi débuté très tôt et de manière intense".
Au vu de ces constats, les glaciologues du parc ont dressé un bilan annuel alarmant : "Le glacier a perdu 4 fois plus de masse (-3,4 m d’eau) que la moyenne des 23 dernières années d’observation (-0,8 m d’eau). […] Le glacier Blanc a ainsi perdu en une seule année environ 3 à 4 % de son épaisseur moyenne (entre 100 et 130 mètres). À ce rythme accéléré, il disparaîtrait en une trentaine d’années…"
Un funeste scénario qui s’ajoute aux milliers d’autres. "Dans moins de trente ans, un tiers des quelque 18 600 glaciers emblématiques — situés sur un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco — auront très probablement fondu" soulignait Reporterre début novembre. "D’ici 2050, les glaciers du Mont Perdu dans les Pyrénées ou des Dolomites en Italie auront disparu. Même sort pour ceux des parcs nationaux de Yellowstone et de Yosemite aux États-Unis".
De plus, un rapport de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) des Nations unies, publié le 2 novembre, souligne que le continent européen a connu une hausse des températures d'environ 0,5 degré par décennie entre 1991 et 2021, soit "le réchauffement le plus rapide des six régions définies par l'OMM". De mauvaise augure pour nos glaciers…



Seule solution : rester sous la barre des 1,5°C
Mais comment freiner le déclin des glaciers ? Sur le terrain, certains domaines skiables déploient des bâches synthétiques blanches sur de petites surfaces (visant à limiter la fonte en renvoyant une partie du rayonnement solaire vers l’atmosphère), comme à Chamonix. Une étude révèle toutefois que les quantités de neige sauvées seraient insignifiantes, surtout au vu des coûts démentiels et d'un impact environnemental qui interroge - la bâche plastique est produite à partir d’énergies fossiles qui contribuent à l’émission de gaz à effet de serre…
Seule solution : rester sous la barre des 1,5°C préconisés par l’accord de Paris. C’est d’ailleurs l’un des enjeux de la 27e conférence sur les changements climatiques (COP 27) qui s'est ouverte, dimanche 6 novembre, à Charm el-Cheikh, en Égypte. Sachant que le réchauffement climatique s’annonce pire que prévu, avec +3,8°C d’ici 2100, les gouvernements vont-ils enfin passer à l’action pour réduire de moitié les émissions mondiales de CO2, seule solution pour limiter la hausse de la température globale à 1,5°C d’ici 2100 ?
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