Coincée depuis le 12 août à plus de 7 150 mètres avec une jambe fracturée, l’alpiniste russe Natalia Nagovitsyna ne sera finalement pas secourue. Le 22 août, les autorités kirghizes ont mis fin aux opérations, jugées trop dangereuses pour les sauveteurs, pris eux-mêmes dans des tempêtes à répétition. En dix jours, la tentative de sauvetage a viré au drame : l’Italien Luca Sinigaglia, qui avait réussi à rejoindre Nagovitsyna, est mort d’un œdème cérébral, tandis que les Iraniens Maryam Pilehvari et Hassan Aghalou ont disparu dans une tempête lors de leur ascension. Au total, le pic Pobeda, réputé le sommet le plus meurtrier du Tian Shan, aura coûté la vie à quatre alpinistes en une semaine.
Le contre-la-montre engagé pour sauver l’alpiniste russe Natalia Nagovitsyna, 48 ans, s’est terminé sans issue. Depuis le 12 août, elle était bloquée à environ 7 150 mètres, sur le versant kirghize du pic Pobeda (7 439 m), dans la chaîne des Tian Shan, après s’être fracturé la jambe lors de la descente du sommet.
Nagovitsyna n’en était pas à sa première tragédie en haute altitude. En 2021, elle avait gravi le Khan Tengri (7 010 m) avec son mari, Sergey Nagovitsyn. Victime d’un AVC à 6 900 m, il était mort sous ses yeux. Natalia avait refusé de l’abandonner, restant à ses côtés malgré les appels répétés des sauveteurs. Un an plus tard, elle était revenue sur la montagne pour déposer une plaque commémorative.

Le mauvais temps a réduit tout espoir
Sur le pic Pobeda, la météo s’est déchaînée ces derniers jours. Rafales, neige et brouillard ont cloué les hélicoptères au sol, contraignant les secouristes à remonter la montagne à pied, au prix d’un retard décisif dans le sauvetage de Nagovitsyna. Le 20 août, quatre alpinistes kirghizes – Vitaly Akimov, Andrey Alipov, Sergey Krasovsky et Andrey Novikov – ont atteint le camp 2, à 5 800 mètres. Ils espéraient gagner le camp 3, puis 6 400 m. Mais le 22 août, pris dans la tempête, aveuglés par la neige et sans aucune visibilité, ils ont dû se résoudre à redescendre. Le sauvetage a alors été officiellement interrompu.
Un acheminement par hélicoptère d’une équipe italienne avait été prévu. Là encore, les conditions météo l’ont rendu impossible.
Quelques jours plus tôt, le 19 août, un drone avait pourtant confirmé que Natalia était toujours en vie. Ce même jour, une vaste opération d’évacuation rapatriait déjà plus de 60 alpinistes du Pobeda, et du Khan Tengri voisin, tant la tempête rendait le massif intenable. L’intervention avait aussi permis de récupérer le corps du Russe Alexey Yermakov, mort le 16 août sur le Khan Tengri. Mais Natalia, trop engagée sur l’arête sommitale, restait hors d’atteinte : aucune machine ne pouvait s’approcher d’elle sans prendre des risques insensés.
A 47-year-old Russian climber has been stranded for a week at an altitude of over 7,000 meters on Pobeda Peak in Kyrgyzstan after breaking her leg during descent
— Re:Flex (@re_flex_world) August 19, 2025
Identified as Natalia, she’s been without food since August 12, according to Mash online outlet. Her partner gave… pic.twitter.com/6v0sybULn7
Crash d’hélicoptère
En plus de l’alpiniste russe, un sauveteur italien a trouvé la mort le 16 août 2025. Luca Sinigaglia, 49 ans, s’est effondré au cours d’une opération destinée à porter secours à Nagovitsyna. Selon un médecin, il a été victime d’un œdème cérébral, aggravé par l’hypothermie et des engelures. Il est mort vers 6 900 mètres d’altitude. Son corps repose aujourd’hui dans une grotte, en attente d’évacuation. Ce même jour, un hélicoptère engagé dans l’opération s’est écrasé sous l’effet de violentes turbulences, blessant le pilote et plusieurs secouristes.
Quelques jours plus tôt, le 12 août, Sinigaglia et un alpiniste allemand avaient réussi à rejoindre Natalia Nagovitsyna, juste après sa chute. Ils lui avaient transmis un sac de couchage, un réchaud, un peu de nourriture et une cartouche de gaz, des éléments essentiels pour sa survie. Mais cette ascension avait déjà scellé le destin de l’Italien : affaibli, il est tombé malade dans les heures suivantes et a développé l’œdème cérébral qui allait lui être fatal.
Deux alpinistes iraniens disparus
Deux Iraniens ont également disparu sur le Pobeda. Maryam Pilehvari et Hassan Aghalou avaient tenté d’atteindre le sommet le 12 août 2025. Pris dans une tempête, ils ne sont jamais redescendus. Dès le 19 août, Mahmoud Allahyari, président du Conseil d’alpinisme de la province centrale en Iran, admettait qu’il n’existait « presque plus aucun espoir de survie pour le duo ». L’espoir de les retrouver vivants a désormais disparu.
La Fédération d’alpinisme russe a, de son côté, reconnu qu’il était devenu pratiquement impossible de secourir Natalia. Pour la rejoindre, il aurait fallu franchir une arête de trois kilomètres, un itinéraire qui aurait demandé plusieurs dizaines d’alpinistes et mis leurs vies en danger.
Article publié le 21 août 2025, mis à jour le 23 août 2025.
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