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Nikolay Totmyanin
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Disparition de Nikolay Totmyanin, piolet d’Or, Léopard des neiges et légende russe de l’alpinisme

  • 12 août 2025
  • 3 minutes

Maxime Dewilder Maxime Dewilder Journaliste pour Outside, Maxime aime autant courir en montagne que raconter les aventures de celles et ceux qui font l’actualité outdoor.

Figure marquante de l’alpinisme russe, Nikolay Totmyanin s’était illustré en 2004 sur le Jannu (7 710 m), décrochant avec son équipe un Piolet d’Or pour la première directissime de la face nord, en traversant le grand mur de granite de ce redoutable sommet. Lundi 11 août 2025, à 66 ans, il est mort après avoir atteint le sommet du Jengish Chokusu – anciennement pic Pobeda, 7 439 m. Tombé malade pendant la descente, il avait tenté de perdre rapidement de l’altitude avant d’être admis en soins intensifs à l’hôpital de la capitale kirghize, où il a succombé.

En Russie, on le surnommait « Kolya, l’oncle de fer » et on le considérait comme une légende vivante… jusqu’à sa mort, le 11 août 2025. Figure discrète mais marquante de l’alpinisme international, Nikolay Totmyanin restera associé à l’ascension du Jannu (7 710 m) par la face nord en directissime, une première réalisée en 2004. Une prouesse qui valut à sa cordée un Piolet d’Or l’année suivante.

Directissime face nord Jannu
Directissime de la Face nord Jannu. (Collection Nikolay Totmyanin)

La directissime de la face nord du Jannu

Cette ascension s’inscrivait alors dans le projet plus vaste « Big Walls – Russian Way », qui visait à ouvrir dix nouvelles voies sur les parois les plus célèbres du monde. L’équipe était menée par Alexander Odintsov, un alpiniste de la même génération que Nikolay Totmyanin. Parmi ces objectifs, la directissime du Jannu et son immense mur de granite, encore invaincu, exerçaient une attraction particulière sur la cordée russe. Au printemps 2004, le 7 avril précisément, les grimpeurs se lancent à l’assaut de la paroi. Deux jours plus tard, un premier camp est installé à 5 600 m d’altitude.

Au fil de leur progression, la météo se montre capricieuse… puis bascule soudainement dans la tempête. À 7 000 mètres d’altitude, la cordée se retrouve piégée, incapable de redescendre sous les assauts répétés de la neige, du vent et des avalanches. Un « froid cosmique », diront plus tard certains membres de l’expédition. Après deux jours de chutes de neige ininterrompues, ils parviennent enfin à regagner un camp plus bas. Pas le choix : il faut patienter. L’équipe sait gérer ce genre de situation. Et pour cause : elle compte parmi ses rangs des alpinistes aguerris, forts de deux Piolets d’Or et de cinq ascensions de l’Everest sans oxygène. Nikolay Totmyanin, Alexander Ruchkin, Sergey Borisov, Gennady Kirievsky, Alexey Bolotov, Mikhail Pershin, Dmitry Pavlenko, Mikhail Mikhailov, Ivan Samoylenko et Mikhail Bakin forment alors cette cordée hors norme.

Tête blessée, côte fracturée... le danger guettait partout

Le froid commence à mordre les chairs. Pour tenir, la cordée organise des rotations : pendant que certains avancent pas à pas, d’autres tentent de se reposer, tant bien que mal. Mais les doutes s’immiscent : viser la directissime de la face nord du Jannu, la plus directe et la plus difficile des voies… est-ce bien raisonnable ? Le 14 mai, après plus d’un mois d’efforts, l’équipe de Nikolay Totmyanin atteint 7 500 mètres et parvient à installer un portaledge à 7 400 mètres. Un pas décisif. Selon les récits des membres de l’expédition, « nulle paroi n’exigeait un tel effort, et nous n’avions jamais vu ni entendu parler d’un tel terrain ailleurs ». Et d’ajouter : « Les pertes se ressentaient comme en guerre : les combattants tombaient les uns après les autres, comme des munitions tirées ; tête blessée, côte fracturée, un œil refusant de contempler de telles horreurs… le danger guettait partout. »

Le 22 mai, un membre de l’expédition montre des signes d’œdème pulmonaire et doit redescendre immédiatement au camp de base. Quatre jours plus tard, le 26 mai, Alexander Ruchkin et Dmitry Pavlenko se lancent malgré tout vers le sommet : deux longueurs techniques à franchir, puis un parcours plus aisé jusqu’à l’arête neigeuse et, enfin, la cime. Les autres suivent leur progression à la lunette… jusqu’à ce que les nuages engloutissent la montagne. À 15 h 30, le binôme atteint le sommet. Le 28 mai, c’est au tour de Nikolay Totmyanin, Gennady Kirievsky et Sergey Borisov de fouler le point culminant du Jannu. Mission accomplie : les Russes peuvent plier bagage.

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Un léopard des neiges

Un grand nom de l’alpinisme international en général, et russe en particulier, vient de s’éteindre. Kolya comptait plus de deux cents ascensions à son actif, aux quatre coins du monde. Parmi elles : l’Everest (8 848 m) en 2003 et 2006, la face ouest du K2 (8 611 m) en 2007, le Dhaulagiri I (8 167 m) en 2008 ou encore le Kangchenjunga (8 586 m) en 2011. Sans oxygène, bien sûr.

Né le 8 décembre 1958 dans la région de Kirov, à moins de 1 000 kilomètres au nord-est de Moscou, Nikolay Totmyanin avait trouvé très tôt son port d’attache à Leningrad, aujourd’hui Saint-Pétersbourg. Membre assidu du club d’escalade de l’université, il partageait sa vie entre les parois et son métier d’ingénieur en énergie nucléaire. En Russie, on le connaissait sous le surnom d’« oncle de fer » pour sa résistance hors du commun, mais aussi comme l’un des rares « Léopards des neiges » à avoir obtenu cette distinction… sept fois. Un exploit en soi : sept fois, il avait gravi les cinq sommets de plus de 7 000 mètres de l’ex-URSS — du pic Ismail Samani (7 495 m) au Khan Tengri (7 010 m), en passant par le redoutable Jengish Chokusu/pic Pobeda (7 439 m). Infatigable, il avait inscrit son nom parmi les Maîtres des sports en alpinisme, un titre honorifique qui, dans la tradition soviétique, ne se décernait qu’aux meilleurs.

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