S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER

Tout Outside, en accès illimité

Enquêtes, récits, reportages - sans publicité

✔︎ 30 jours gratuits
✔︎ puis 6,90€/mois ou 69€/an
✔︎ Annulable à tout moment

S'ABONNER
Germain Grangier
  • Santé

Compression neurodynamique, la pathologie méconnue des traileurs qui a stoppé Germain Grangier

  • 13 janvier 2026
  • 7 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Après l’UTMB 2024, Germain Grangier voit ses jambes « décrocher » à l’effort, puis de plus en plus dans la vie quotidienne au point de ne plus pouvoir descendre un escalier. Il va alors subir toute une batterie d'examens vasculaires et neurologiques. Tout est envisagé, avant qu’un diagnostic soit enfin posé : compression neurodynamique. L’ultra-traileur raconte une année d’errance médicale et la bascule de l’été 2025, jusqu’à l’opération salvatrice. Un parcours suivi de près par des dizaines de sportifs victimes de troubles similaires, mais aussi par les scientifiques et les industriels de la chaussure. Car l’une des clés du problème pourrait peut-être se trouver là.

Depuis son témoignage sur Instagram il y a une semaine Germain Grangier dit recevoir chaque jour des messages de sportifs qui se reconnaissent dans ses symptômes. L’athlète qui comptait à son actif de très grosses performances à l’UTMB ou sur la Hardrock 100 a vu sa carrière stoppée net en 2024 par une pathologie que les médecins mettront des mois à identifier. Le traileur ne parle pas d’une simple douleur d’ultra, mais d'une dramatique perte de coordination et de force, très invalidante. S’il partage aujourd’hui son parcours médical, c’est pour que ce type de compression neurologique au niveau des membres inférieurs soit mieux identifié. « Et pour que d’autres gagnent du temps », nous explique-t-il dans une longue interview.

« Tout a commencé à l’UTMB, en septembre 2024 »

« C’est là que j’ai noté les premiers problèmes de jambes. Mais ce qui était un peu compliqué, c’est que je n’étais plus symptomatique le lendemain de la course. On était donc beaucoup à l’aveugle sur les examens. J’étais juste symptomatique pendant les épreuves, j’avais aussi des doutes sur quelques entraînements, mais bon, on se dit toujours qu’on est peut-être un peu fatigué… Et, c’est compliqué de se mettre à l’entraînement dans une situation de course qui dure 10 à 12 heures. Pendant l’année 2024–2025, j’ai donc fait tout un set d’examens sans avoir de diagnostic. Je faisais aussi un travail mental pour mettre ce truc-là de côté et en redimensionnant mon entraînement et ma nutrition, des facteurs sur lesquels je pouvais agir. Résultat, je n’ai pas eu de saison blanche et j’ai même fait quelques podiums, mais je finissais toujours les dernières heures de course dans le dur, jusqu’à août 2025 où les symptômes se sont aggravés : j’étais cloisonné à la maison, je ne faisais plus grand-chose. Pendant huit semaines, s’est alors engagée une vraie course-poursuite pour essayer de comprendre ce qui se passait. J’essayais de garder les symptômes, parce que je n’avais pas les rendez-vous médicaux du jour au lendemain, avec, toujours, le stress d'arriver à l’hôpital, et de constater qu’ils avaient disparu.

Je m’accrochais, mais je n’avais strictement plus de force. Je ne pouvais même plus faire une balade de 10–15 minutes avec ma compagne. Dans la vie de tous les jours, ça ne faisait qu’empirer, malgré le repos complet et les infiltrations. C’était une catastrophe.
Je me rappelle me lever dans un hôtel avant une consultation, face à une énorme glace. Je regarde mes quadriceps, et je ne me reconnais pas. J’avais perdu 4 à 5 cm de tour de cuisse en sept semaines. Les médecins n’avaient jamais vu autant de déficit de force. C’est pour ça qu’à un moment, on a commencé à tourner autour de la piste des maladies auto-immunes. C’était très stressant. On pensait, notamment à la sclérose en plaques, qui a été testée, entre autres. Les médecins n’osaient pas toujours me dire pourquoi ils testaient telle et telle chose, mais moi, je regardais sur internet… Et j’avais un petit coup au moral, quelques nuits un peu stressantes.

«  Et puis, on a compris pourquoi les médecins ne voyaient pas ce qui se passait »

Au début, on s’est concentré sur des examens vasculaires, pour savoir s’il y avait un problème de débit sanguin vers les jambes, à l’effort. On mesure les tensions artérielles, puis on va faire un effort et on réitère ces mesures-là. Dans certains cas, on observe un débit sanguin réduit aux chevilles par rapport à ce qu’il était au repos, et un différentiel membre supérieur / membre inférieur, qui va témoigner d’une atteinte vasculaire. Mais ça a été négatif. En parallèle, on a fait des échos Doppler, au repos, et après un test à l’effort. C’est un examen qui va mesurer lui aussi le débit sanguin dans les artères. Rien de signifiant n’en est sorti.

Puis toute la partie neurologique a été explorée, notamment via l’examen phare, l’EMG, l’électromyogramme. Là, le but c’est de mesurer la vitesse de conduction du nerf, quand il y a cette décharge électrique d’un point A à un point B. Ensuite, on a une distance et, grâce à des abaques [des outils de calculs] faits depuis plusieurs années, on obtient la vitesse de conduction nerveuse, et on peut en déduire s’il y a un problème. Or il n’y en avait pas, parce que le problème de l’électromyogramme, c’est qu’il est fait en statique. Or, moi, je souffre d'une compression neurodynamique : c’est le fait de se mettre en mouvement qui va comprimer le nerf. Alors, quand on fait un électromyogramme, la plupart du temps, on passe à côté. 

La  « chance », entre guillemets, c’est qu’à l’UTMB 2025, les symptômes ne m’ont plus lâché pendant une semaine, et j’ai pu réitérer tous ces examens en étant symptomatique. Des spécialistes, pas des neurologues, mais des spécialistes de la compression neurodynamique, ont repéré ce qui se passait en "trompant" le nerf. Ils ont stimulé le nerf à certains endroits en lui faisant croire que l’information passait. C’est ainsi qu’ils sont arrivés à comprendre qu’il y avait des blocages à certains endroits. Mais avant d'en arriver là, j’ai consulté un peu partout. À Tours, à Paris et à Saint-Étienne. C’est là que les médecins ont mis le doigt sur le problème neurologique, notamment, un spécialiste de la physiologie neuromusculaire en ultratrail : Guillaume Millet. L’avantage dans cette unité-là, c’est que les chercheurs et les médecins sont mélangés. Ensemble, ils m’ont mis sur différents types de protocoles. Et là, clairement, ils ont vu qu’il y avait un défaut, mais sans savoir encore si c’était un défaut de conduction neurologique au niveau périphérique, c’est-à-dire dans les membres inférieurs, ou si c’était la commande centrale, le cerveau, qui n’arrivait plus à donner l’information aux membres inférieurs. Je suis donc rentré de Saint-Étienne avec pas mal de réponses, mais il fallait que j’identifie la cause. Savoir si c’était cérébral ou périphérique.

« Mon cas a intéressé beaucoup de médecins »

La plupart des médecins ont été super accueillants. Sans doute parce que j’avais la chance d’avoir déjà eu des performances sur de longs formats, des 100 miles. À l’Institut Pasteur à Nice, le Docteur Nicolas Ciais n’a ainsi jamais douté que j’avais un réel problème. Ça a été un super soutien pour moi. Les médecins étaient super motivés pour que je puisse revenir, et être en capacité de pouvoir courir à nouveau. Ils savaient que j’avais fait assez d’ultra-trails pour comprendre que j’avais un problème qui n’était pas normal. Je sais concrètement ce qu’est une douleur dans les jambes : c’est ça qu’on affronte durant ces ultratrails, la dégradation musculaire et ce mal de jambes qu’il va falloir appréhender au fur et à mesure des kilomètres. Là, c’était différent : je n’avais plus de coordination, plus de force, plus de lien avec les ordres que je voulais donner de mon cerveau à mes jambes.

Après, il y a quelques neurologues qui ne comprenaient pas du tout qu’il y ait des blocages au sein des membres inférieurs. Pourquoi, en stimulant ce nerf fibulaire, je retrouvais de la force dans mes pieds et dans mes jambes localement. Dans la théorie de la neurologie, le trajet s’effectue du proximal au distal Or, en faisant ces tests de compression, on voyait qu’en stimulant certains nerfs,  je retrouvais de la force, ne serait-ce que pendant quelques secondes. C’était très compliqué à admettre pour eux. Le challenge, c’était justement de s’assurer que je n’avais pas un défaut de conduction cérébrale, mais que c’était localement qu’il y avait un problème. C’est pour ça que je continue à communiquer, pour que tout le monde puisse prendre conscience de ce type de problème, encore mal identifié parfois.

« J’ai été très actif pour aider à cerner le problème »

Je suis de formation scientifique, j’ai fait de la géophysique et de la géotechnique. Dans mon quotidien, mes entraînements, les courses, j’ai toujours collecté des datas, même si l’expérience me montre aussi que les données sont super incertaines et que le ressenti est très important. Là, j’ai essayé de récolter énormément de données sur ma pathologie, sur les réactions de mon corps. Ça m’a pas mal aidé.  De même, j’ai essayé au niveau nutritionnel de rebalancer les équilibres électrolytiques. Le problème n’était pas vraiment là, mais au final, ça n'aura pas été inutile. J’ai énormément appris sur mon corps pendant un an et trois mois.

« Un projet scientifique et des tests de chaussures en vue »

Dans l’équipe de mon médecin, Nicolas Ciais, un interne va sûrement écrire un papier scientifique sur ma pathologie, car il semble que pas mal de gens soient concernés. Des sportifs, et pas tous forcément dans la course à pied ou l’ultra. Le problème est forcément plurifactoriel. Et, malgré mon opération [par le Docteur Marès, consistant à une incision pour libérer les contours du nerf qui était étranglé aux deux jambes], le problème peut se reproduire, sans qu’on en connaisse encore précisément la cause.

Cela tient peut-être parfois à une pratique intense, mais aussi, qui sait, à une nouvelle génération de chaussures. Dans mon cas, le nerf qui se comprimait se situait juste en dessous du genou. Une chaussure un peu trop élevée, l’évolution de certaines mousses, la présence d'une plaque carbone que j’utilise depuis 2022 y sont peut-être pour quelque chose. Ce sont des points à vérifier, sur lesquels je vais faire des tests en laboratoire, en collaboration notamment avec ON. Mon sponsor est très intéressé par le sujet, d'autant qu’un autre athlète du team, Simon Gosselin a connu le même problème que moi, sans être aussi invalidant.

Reste qu’aujourd’hui le bilan est plutôt positif pour moi. Je suis vraiment content de m’entraîner et de voir les progrès réalisés au jour le jour. Je reprends pour l’instant par le ski. Et pourquoi pas, en mai, pour le trail ».

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

Aurelien Sanchez
Sylvie Sanabria

Aurélien Sanchez : « je pense pouvoir faire mieux que Karel Sabbe sur le Pacific Crest Trail… mais avec des prises de risques »

Adrian et Richard Crane - Courir l’Himalaya
Sylvie Sanabria

« Courir l’Himalaya », où l’incroyable périple de deux frères, clochards célestes et précurseurs du fastpacking

Rachel Entrekin
La rédaction

Rachel Entrekin, la reine du Cocodona 250, en route pour l’UTMB

Louis Calais UTOI
La rédaction

Louis Calais remporte l’Ultra-Terrestre, devant François D’Haene et Jonathan Schindler

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications