On sait que les victimes d'avalanches doivent être retrouvées le plus rapidement possible afin d’augmenter leur chance de survie. Idéalement dans les 15 minutes suivant l'ensevelissement. Mais il arrive, heureusement, que certains réussissent à déjouer les pronostics, vient de révéler une étude de cas inédite.
La sécurité en cas d'avalanche sera toujours un problème. Il y aura toujours des skieurs, alpinistes ou hikers pour s'aventurer en montagne, c’est un fait. Le défi consiste donc à minimiser les risques, à prendre les mesures appropriées sur le terrain et à comprendre quand les conditions sont trop dangereuses pour continuer. Mais, c'est vrai, il arrive que les choses tournent mal, même si vous respectez toutes ces recommendations. Question de chance. Ou de malchance. L’objectif est alors de maximiser vos chances de survivre et d'être secouru. C'est à ce dernier point que s’est intéressée une équipe internationale de la Wilderness Medical Society (WMS) afin de faire évoluer son protocole d'intervention en cas d'avalanche. Les travaux de ces experts ont été publiés dans le Wilderness & Environmental Medicine, ils sont riches d'enseignement.
Mort par asphyxie dans 75% des cas
On estime que 300 à 500 personnes meurent chaque année dans des avalanches. Des statistiques peu précises, certaines zones étant malheureusement peu renseignées, notamment en Amérique latine et en Asie. Les chiffres avancés dans ces régions sont donc des estimations approximatives. On sait en revanche qu’en Europe et en Amérique du nord, c’est une moyenne de respectivement 130 et 36 personnes qui trouvent ainsi la mort.
Les trois quarts sont asphyxiées. L’autre quart succombe à des lésions traumatiques. Peu de victimes en revanche d'hypothermie, car la plupart des personnes ensevelies ne survivent pas très longtemps à une avalanche. On sait en effet que le temps est ici un facteur essentiel. Vous avez 90 % de chances de survivre si vous êtes dégagé dans les 15 minutes. Mais ce chiffre tombe à 30 % au bout d'une demi-heure. Et plus vous êtes enterré profondément, plus vos chances de survie sont faibles.
Quels sont donc les facteurs qui peuvent changer la donne en votre faveur ? Ils sont nombreux. A commencer par le type de matériel de recherches utilisé par les équipes de secours. Une pelle en métal plutôt qu'en matériau composite sera plus efficace. Un modèle incurvé permettra de déblayer la neige 47 % plus rapidement qu'un plat, pas exemple. Sans parler bien sûr de votre équipement de survie - le trio pelle-sonde-ARVA et l'Airbag - qui font la différence, c’est indéniable. Mais il est des cas de survie surprenants qui défient toutes les statistiques et les recommandations. C’est ce que révèle une étude datant de vingt ans, mais restée inédite, publiée en parallèle des travaux de la Wilderness Medical Society.
Sauvé par son masque de ski
En janvier 2000, un groupe de trois snowboardeurs entreprend de faire une sortie dans les Alpes autrichiennes. Il fait -10°C et il neige abondamment depuis trois jours. À 14 h 45, deux d’entre eux décident de descendre en hors-piste depuis le sommet, situé à 1980 mètres d'altitude. La poudreuse est profonde. C’est tentant. Trois heures plus tard, le troisième, descendu par les pistes damées, attend ses compagnons. En vain. Il signale alors leur disparition. Les sauveteurs se rendent rapidement compte que les deux snowboardeurs ont été ensevelis par une avalanche de plaques spontanée. Mais la nuit tombant, la visibilité devient mauvaise et le risque d'avalanche reste élevé, l’opération de recherches est suspendue à 23h30. 75 centimètres de neige tombent cette nuit-là. Le lendemain matin, les sauveteurs reprennent les recherches à 7h30.
Trois heures plus tard, un chien d'avalanche localise le premier snowboarder ; ses voies respiratoires sont obturées par la neige. Il est probablement mort en moins d'une demi-heure après avoir été enseveli. La deuxième victime, âgée de 24 ans, est retrouvée dix minutes plus tard, enfouie sous 2,5 mètres de neige. Son masque de ski a glissé sur sa bouche et son nez lors de sa chute, créant une petite poche d'air, reliée à une poche plus grande attenante à un rocher. Il est enfoui depuis 20 heures et sa température corporelle est tombée 22,5°C, constatent les sauveteurs. Mais il est vivant et il réagit.
Héliporté à l'hôpital, sa température remonte à 24,11°C. Les médecins continuent de le réchauffer tout en s’occupant de ses problèmes d'hypotension artérielle et ses troubles du rythme cardiaque. Estimant qu'il est déshydraté, ils lui administrent neuf litres de liquide. Une intervention qui manque de lui être fatale. Le liquide commençant à s'accumuler dans ses poumons. Ils stoppent donc le protocole de ré-hydratation. La victime présente également quelques "lésions dues au froid non glacial", résorbées en grande partie au bout de quelques jours. Mais pas d'engelures. Ni de lésion cérébrale. Au bout de quatre jours, le snowboardeur sortira de l'unité de soins intensifs.
Le cas le plus étonnant : elle survit après 43 h 45 mn d'ensevelissement
Ce cas a permis aux médecins autrichiens et suisses dirigés par Bernd Wallner, anesthésiste-réanimateur de l'université médicale d'Innsbruck, d’améliorer le protocole de prise en charge des victimes d'avalanche. Notamment en ce qui concerne la manière dont les patients doivent être réchauffés. Mais le point qui a particulièrement retenu l'attention des scientifiques, c’est le temps d'ensevelisseement extraordinairement long subi par le snowboardeur survivant. Ne devait-il sa survie qu’au glissement de son masque et à la poche d’air du rocher ? Ce paramètre a été décisif, mais il n’est peut-être pas le seul, suggèrent les chercheurs qui ont entrepris de comparer les probabilités de survie en cas d’avalanche aux Etats-Unis, au Canada et en Suisse.

Graphique tiré du nouveau protocole de la WMS sur les avalanches (adapté d'une étude de 2011 parue dans le Canadian Medical Association Journal), montrant la probabilité de survie en fonction de la durée de l'ensevelissement. (Illustration : Wilderness & Environmental Medicine)
On voit que la courbe est assez raide et les chances de survie sont très faibles après une demi-heure d’ensevelissement. Or le snowboarder autrichien a été enterré pendant 20 heures ! En fait, selon les auteurs, il n'existe que deux cas connus de durées d'ensevelissement plus longues dans des conditions comparables. En 1960, un homme de 59 ans a survécu au Canada après 25 heures et demie sous la neige. Et en 1972, une femme a survécu en Italie pendant 43 heures et 45 minutes. Des cas exceptionnels qui n’ont pas de valeur statistique.
De l'importance du type de neige
En revanche, les auteurs de l’étude ont tiré des conclusions intéressantes de la comparaison des cas canadiens et suisses repertoriés du 1er octobre 1980 au 30 septembre 2005. Soit sur 25 ans, et un total de 301 personnes dans la base de données canadienne et 946 dans la base suisse. Ils ont calculé la courbe de survie pour le Canada avec et sans décès liés à un traumatisme, ainsi que pour différentes activités de plein air (ski, moto neige, bûcheronnage etc ) et différents climats de neige. Et ils l'ont comparée à la courbe de survie suisse.
Ils ont alors constaté que la courbe canadienne montrait une chute plus rapide aux premiers stades de l'enterrement et une survie plus faible associée à un ensevelissement prolongé. Ce qu’ils expliquent notamment par la nature du terrain canadien, plus propice aux traumatismes (chocs contre des arbres, des rochers) et aux différences de climat nival. Les climats de neige océanique étant plus propices à l'apparition précoce de l'asphyxie. D’où l'importance dans ces zones d'une désincarcération rapide, idéalement dans les 10 minutes.
Quatre phases après l'enfouissement
L’observation de la courbe a permis également aux chercheurs de distinguer quatre phases distinctes. « La probabilité de survie reste supérieure à 91 % pendant les 18 premières minutes d'ensevelissement ("phase de survie"). », écrivent-ils. « Cette phase est suivie d'une chute brutale à 34 % entre 19 et 35 minutes en raison de l'asphyxie de la plupart des victimes ("phase d'asphyxie"). Entre 35 et 90 minutes, la courbe de survie se stabilise ("phase de latence") en raison de la survie des personnes dont les voies respiratoires sont dégagées. Par la suite, le taux de survie chute à nouveau, les victimes ensevelies succombant finalement à une hypothermie mortelle, compliquée par une hypoxie et une hypercapnie progressives (augmentation de la pression partielle en dioxyde de carbone dans le sang ) ».
Autant d’enseignements qui devraient contribuer à faire évoluer encore le protocole de traitement des victimes d’avalanche, mais aussi notre réflexion sur la prévention. Car la meilleure façon de survivre à une avalanche est, de loin, de ne pas s'y laisser prendre. Alors, ne vous aventurez pas en territoire avalancheux sans avoir les connaissances, la formation et l'équipement requis. Et même si vous avez toutes ces cartes en main, privilégiez la prudence. Si vous êtes pris dans une avalanche, rappelons que vos chances de survie augmentent considérablement si vous êtes équipés d’un airbag. Se couvrir la bouche avec le coude pour créer une poche d'air peut aussi, peut-être, vous accorder quelques minutes de plus de survie, on l’a vu dans le cas raconté plus haut. Ensuite, tout dépend de la rapidité avec laquelle les sauveteurs interviennent et vous trouvent. Et c’est là que votre ARVA vous sauvera peut-être la vie en leur permettant de vous localiser rapidement. Car le facteur temps est essentiel.
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