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Inoxtag Cervin
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Comment Mathis Dumas a préparé le youtubeur Inoxtag à son ascension de l’Everest

  • 2 avril 2024
  • 8 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Le 10 avril, Ines Benazzouz, plus connu sous le nom de Inoxtag, va s’envoler pour Katmandou, direction le Toit du monde. Dans son sillage, 5 millions d'abonnés sur Instagram et Tik Tok, 7 millions sur Youtube. Aux antipodes de ce youtubeur qui s’est fait un nom il y a six ans grâce aux jeux vidéo : Mathis Dumas, guide de haute montagne et photographe qu’on ne présente plus. Contre toute attente, c’est lui qui pendant près d’un an lui a donné les bases pour qu’il puisse affronter un défi auquel, franchement, l’alpiniste ne croyait pas au début, raconte-t-il dans l’interview qu’il nous a accordée à la veille de leur départ pour le Népal.

Les youtubeurs et le monde de la montagne, ça fait deux. Ajoutez le tag « Everest », et on frôle le clash culturel. Normal, quand on sait que le sommet le plus haut du monde est devenu le terrain de jeux de milliers de nantis en mal de sensations fortes, plus rapides à aligner les dollars qu’à enchaîner les courses nécessaires à une préparation digne de ce nom. Alors quand en février 2023, l’un des Youtubeurs les plus connus de France, Ines Benazzouz, aka Inoxtag, annonce qu’il va faire l'ascension de l’Everest, "le projet d'une vie", on est sceptique, forcément. Dans sa communauté, on s’inquiète « va-t-il réussir ? N’est-ce pas trop dangereux ? » Mais ailleurs, on ironise un peu. Surfréquentation, pollution, pompe à fric… l’Everest ne fait plus rêver. Pire, il rebute même certains annonceurs pressentis pour soutenir le projet. Alors quand l’un des guides les plus solides du moment, Mathis Dumas, également photographe, rejoint l’aventure, on s’interroge. Pourquoi s’engager dans une aventure qui, réussite ou fiasco, pourrait bien ne pas lui apporter grand-chose ? Interviewé ce mardi, à quelques jours du départ de l’équipe pour le Népal, prévu le 10 avril, il explique comment cette rencontre improbable fait sens aujourd’hui à ses yeux.

https://youtu.be/QHUT35deQCc?si=r8qL9xd_W8vVFac0

Pourquoi te lancer dans cette aventure sur l’Everest avec Inoxtag ?

C’est un copain, Nicolas Mathieux, qui lui a conseillé de m’appeler. A l’époque Inox était en contact avec une autre équipe pour son projet, plutôt dans l’univers du polaire, les gars lui proposaient de faire des expéditions aux quatre coins de la planète, Nico pensait que ça serait bien qu’il discute un peu avec moi. Moi, l’Everest ne m’intéressait pas. C’est trop polémique. Je lui ai dit que ça serait cool qu’il ne le fasse pas, même s’il l’avait déjà annoncé sur les réseaux, et qu’il fasse plutôt un sommet qui ait plus de sens. Jamais fait, ou plus esthétique par exemple. Car "que tu réussisses ou pas, tu vas te faire critiquer. Parce que tu auras grimpé avec oxygène, Sherpas et à coups de millions. En revanche, s’il voulait découvrir la montagne, le ski, le bivouac, moi j’étais Ok, mais je ne signais pas pour l’Everest". Pour faire passer le message, à l’automne on est parti un mois au Népal. Je voulais qu’il ait un électrochoc. Qu’il voit la surfréquentation, la pollution. Mais entre-temps, les Népalais ont compris que leur image était en jeu. Ils avaient tout nettoyé au camp de base. Inox ne comprenait pas ce que les médias disaient, lui n’avait pas vu de déchets. Ajoutez à ça que s’il avait changé d’objectif, sans Everest, il n’avait plus de financement ! On venait de faire l’Ama Dablam ( 6812 m) et ça s’était bien passé, je ne pouvais pas l’abandonner. 

Tu n’es pas un expert de l’Everest, son choix peut paraître surprenant 

Oui, mais parce que je suis guide et photographe, pour son projet de film, c’est vachement bien.

Quelle image de lui avais-tu avant votre rencontre ?

Aucune et je n’avais pas vu ses vidéos. J’ai préféré d’ailleurs le rencontrer sans les voir pour ne pas avoir de préjugés, mais j’ai été surpris par sa personnalité et par son projet. Quand on associe youtubeur et Everest, c’est facile d’avoir un avis négatif. Mais il a un influence massive alors que la nôtre, dans notre coin, est zéro, et s’il peut faire passer de bons messages…

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Justement, est-ce que cette expédition ne risque pas d’envoyer le mauvais message sur un sommet déjà surfréquenté ?

Je ne crois pas, il ne veut pas que tous les jeunes aillent faire l'Everest. Mais Inox, il faut savoir que plus il annonce qu’un défi est impossible, plus sa communauté lui dit qu’il ne va pas y arriver, plus ça le galvanise. Et il se dit que même s’il n’y arrive pas, ce n’est pas grave. Il vient de l’univers des jeux vidéo où les mecs s’abrutissent devant un écran. Il sort de ça et il maintenant il veut rester dans le mouvement. Faire un pas vers ce projet-là, même si ça ne doit pas marcher. Son projet, c’est de se sortir de la "fast life". Il trouvait que tout allait trop vite, que les projets se bouclaient en un mois et s’enchaînaient et qu’il ne profitait de rien. Il avait besoin d’un projet sur un an ou plus, d’où l’Everest, dont il va tirer un gros documentaire.

Comment le choix de l’accompagner dans cette préparation a-t-il été perçu dans ton entourage ?

Dans mon milieu, la plupart des gens n’avaient pas conscience de qui il était. Ils s’en foutaient. Même moi je n’avais pas conscience de son impact. Or, quand il arrive, c’est Zidane, c’est l’émeute. Là, ça fait un peu peur, vu les enjeux. C’est quitte ou double. Pour lui comme pour moi. Si tout est ok, c’est parfait. Mais à la moindre boulette, c’est l’effet inverse. Il a des "fanatiques" autour de lui. Sur ses millions de followers, il y en a bien 50 000, et au moindre problème, on peut frôler le harcèlement. En montagne, il n’est pas à l’abri de se prendre une pierre sur la tête, je n’en serai pas responsable, mais ça peut mettre la pression sur mon entourage.

Dans le milieu de la montagne, quand les gens ont vu que je l’accompagnais, après notre ascension du mont Blanc (avec descente en parapente dirigée par Bertrand Roche, alias Zébulon, ndlr), en 2023, j’ai eu de bonnes critiques, très positives.

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Votre collaboration a commencé sur le terrain en mai dernier, l’as-tu vu changer ?

On s’est rencontré en mars 2023, il avait déjà annoncé qu’il visait l’Everest. En avril, la météo n’était pas bonne, on n’a donc vraiment commencé en mai. Presque dix mois maintenant. Je suis comme un grand frère pour lui maintenant. Je l’ai vu complètement changer sur son quotidien, sa vie perso, sa vision de la montagne. Je ne voulais pas transposer la mienne. Je lui ai fait rencontrer plein de gens différents, Benjamin Védrines, Nims Dai… pour qu’il se fasse son propre avis. Il a gagné en maturité, a grandi, appris à connaître son corps, ses limites. Il est plus humble aussi et plus proche de la nature.

Près d’un an maintenant que tu le prépares à cette expédition, que penses-tu de ses dispositions pour l’alpinisme ?

Il est très doué, capable d’enregistrer les choses instantanément. Très déterminé aussi, avec un mental à toute épreuve. Tellement puissant, qu’il peut aller au-delà de ses capacités et se faire mal. Il peut aller loin dans la douleur et la souffrance physique. Donc moi je suis là pour le tempérer un peu.

Comment s’est déroulée cette formation ?

Je n’avais rien d’établi au début, car je n’avais aucune idée de son niveau ni de comment il aller évoluer. Il est arrivé, il avait une petite base de ski de piste, niveau 3 étoiles, mais pas de ski de rando. Je lui ai appris le maniement du matériel, les bases du cramponnage et de la sécurité. On a fait de la grimpe aussi, inutile pour l’Everest, mais ça pouvait l’aider pour les arêtes. Au départ il ne voulait pas, mais maintenant il adore les sensations sur le rocher.

https://youtu.be/5L7M55xOLp8?si=QbkcjgWafTyNuvwT

Puis s’est allé crescendo à raison d’une semaine par moi en montagne. Franchement au début, jamais je n’aurais cru qu’il pouvait faire l’Ama Dablam ! On a fait des courses d’arête. Tous les classiques autour de Cham. Du kilomètre vertical aussi pour s’entrainer en montée. On a dormi au refuge des Cosmiques pour voir comment il réagissait à l’altitude ( il avait annoncé début 2023 qu’il comptait faire l’Everest sans voir fait le moindre test d'effort ! ), puis la Dent des géants, le mont Blanc et le Cervin dans la foulée. Et parfois aussi, selon la météo, que du cardio, ou des grandes voies. En août, vu les conditions dans les Alpes, on est parti dans le Vercors où on a fait entre autres le mont Aiguille, les Trois pucelles… En septembre on avait prévu la traversée de la Meije mais ça n’a pas été possible, vu la météo. Enfin, en octobre, nous sommes partis pour le Népal pour faire l'Ama Dablam.

Quel va être ton rôle sur cette expédition ?

Nous partons avec une petite agence, Himalayan Vision, via le Népal, la voie chinoise étant trop compliquée, vu les autorisations nécessaires pour le survol des drones. Je suis chef d’expédition et chargé de production. Chaque alpiniste est accompagné d’un Sherpa. Les deux cadreurs (dont un Sherpa formé au drone et à la vidéo, ndlr) sont, eux, avec trois Sherpas, compte tenu du matériel dont Inox a besoin. Il compte en effet tirer de l’expédition un documentaire de deux à trois heures, avec une dimension cinéma, sans placement de produits, qui sera présenté en septembre. En complément je ferai des images supplémentaires et deux cadreurs de son équipe s'occuperont des images du camp de base. Inox fera des images aussi, avec la gro pro entre autres, mais ce n’est pas l’idée principale.

Le budget semble conséquent, on avance le chiffre de un million d’euros

Plus d’un million d’euros. Moins pour l’expédition, que pour le tournage et le montage du film. Inox veut faire quelque chose de long et de très quali. Pour lui ça aurait été facile de trouver ce budget, mais il voulait des sponsors éthiques, ça a pris un peu plus de temps.

On parle de The North Face...

Non, The North Face n’est pas partenaire. Ils sponsorisent des athlètes et ne voulaient pas être associés à ce type de projet sur l’Everest. C’est Nike qui le soutien, mais aussi Air up, marque qui fabrique des gourdes, ça fait sens pour promouvoir la consommation d’eau auprès des jeunes.

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Quelle sera la couverture de l’ascension ?

Rien n’en sera diffusé jusqu’à la sortie du film. Le 5 avril Inox déconnecte. Au retour du Népal, fin mai, début juin, suivant la météo, il va travailler sur d’autres projets mais il ne postera plus rien jusqu’en septembre. Une certaine façon d’entretenir la hype… L’idée c’est que rien ne perce sur l’ascension. Echec ou succès. Il y aura des rumeurs, c’est sûr. Mais Inox veut vraiment déconnecter, comme il le fait chaque fois qu’il est parti en montagne avec moi. Ca lui faisait des vacances, le reposait et lui permettait de se reconnecter à la nature.

À ce stade qu’as-tu retiré de cette formation un peu particulière ?

Entre la préparation et le terrain, ça m’a pris près de la moitié de mon temps. J’avais déjà lancé des projets perso en 2023, donc j’ai beaucoup travaillé ces derniers mois. Former Inox m’a changé sur plein de points. Cette vision qu’il a, de se lancer toujours des défis, de s’arracher, ça fait du bien ! Malgré les critiques, il avance ! Alors que nous dans le milieu de la montagne, on a l’impression que si on n’a pas mis une corde comme il faut, tout va mal, ça te mine. Lui, il avance. Ca m’a fait changer, ouvrir des portes : Inox est connecté à une jeunesse ultra populaire, sa réalité est toute autre. Nous on est un peu dans notre microcosme montagne.

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