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Vaporfly Next%
  • Équipement
  • Running

Comment la guerre contre les chaussures carbone a été perdue

  • 5 février 2020
  • 5 minutes

Alex Hutchinson Alex Hutchinson Physicien et coureur de fond de l’équipe nationale du Canada, récompensé pour son travail de journaliste, Alex écrit pour la rubrique science d'Outside.

World Athletics - anciennement IAAF, l'organe directeur de l'athlétisme l’a confirmé il y a quelques jours : la Vaporfly Next%, modèle de Nike accusé de dopage technologique, restera autorisée en compétition, y compris aux Jeux olympiques de Tokyo. Dans le même temps, les marques concurrentes lancent tour à tour leur modèle avec plaque carbone. Mais où ira cette course technologique s'interroge notre journaliste, Alex Hutchinson. Physicien et coureur de fond de l’équipe nationale du Canada, Alex est spécialisé dans l'étude de l'endurance.

J'ai vu pour la première fois les Vaporfly lors d'un briefing au siège de Nike en 2016, quelques mois avant la sortie de la désormais célèbre chaussure. Elle avait déjà été utilisée en secret par les champions olympiques du marathon, hommes et femmes, quelques mois auparavant, et les tests en laboratoire avaient déjà démontré un avantage de 4%, en moyenne, en termes d'économie de course par rapport aux chaussures les plus rapides du marché - d’où le nom de la première version Vaporfly 4%. La question qui m'est immédiatement venue à l'esprit était la suivante : qu’en dit World Athletics ?

Il m'a fallu un certain temps pour obtenir une réponse claire et précise à cette question, mais un porte-parole de Nike m'a finalement donné cette réponse : "Le VaporFly répond à toutes les exigences de World Athletics en matière de produits et ne nécessite aucune inspection ou approbation particulière." En d'autres termes, les autorités n’étaient même pas au courant de l’arrivée prochaine de la chaussure qui allait bouleverser le monde de la course à pied.

Depuis plus de trois ans, beaucoup de choses ont changé. Les records du monde masculins et féminins du 10 km, du semi-marathon et du marathon ont été battus, ainsi que d'innombrables records nationaux et records personnels. Or depuis la semaine dernière, un nouvel ensemble de règles a finalement donné le feu vert aux versions existantes de la Vaporfly une fois pour toutes, mais a rejeté l'étrange prototype qu'Eliud Kipchoge a utilisé à l’automne dernier pour sa tentative de courir un marathon en moins de deux heures. Ce que résume non sans humour "Courir intelligent" , dans le post Instagram ci-dessous.

https://www.instagram.com/p/B8BT-O-qX3N/

Un forme de compromis en somme, mais les choses n'aurait-elles pas pu être réglées avant et sans toutes ces polémiques ? 

L'histoire alternative

La semaine dernière, juste avant l’annonce de la décision de World Athletics, Reid Coolsaet, marathonien canadien qui a déjà participé deux fois aux Jeux olympiques, s'exprimait sur le sujet. Cela a retenu mon attention, car son profil est intéressant. En effet, dans le but de tenter de se qualifier pour Tokyo, il a laissé tomber son équipementier de longue date (New Balance), pour courir avec la Vaporfly. "S'ils devaient interdire la version actuelle, ce serait tout à fait injuste pour toutes les personnes cherchant encore à se qualifier", a-t-il expliqué.

Cela résume la situation dans laquelle se trouve l’athlétisme mondial. En interdisant la Vaporfly avec effet immédiat, les coureurs comme Reid Coolsaet seraient forcément floués. En l’interdisant rétroactivement, ce seraient tous ceux qui se sont déjà qualifiés en portant cette chaussure qui le seraient. En lançant ce modèle sans demander la permission de World Athletics, Nike a court-circuité tout le monde de l'athlétisme. Mais le vrai problème se situe ailleurs.

Le vrai problème

Je me rends compte que ce scénario semble un peu ridicule, étant donné tout ce que nous savons maintenant sur l'impact des Vaporfly. Mais avec le recul, comment peut-on accepter une chaussure qui permet à des athlètes élites de réduire d’une, deux, voire trois minutes leur temps sur marathon ? 

Or, l'attention s'est portée non pas sur cette question, qui aurait dû être le centre de tous les débats, mais sur des points purement technologiques : la plaque carbone. Et c'est là que le problème a commencé. Les détracteurs de la chaussure ont demandé son interdiction, mais ce n’était pas la première chaussure avec une plaque carbone (Paul Tergat a battu en 2003 le record du monde du marathon avec un modèle avec plaque carbone); l’accusation a donc été facilement rejetée. Le vrai problème était que les chaussures fonctionnaient trop bien. Il ne s'agissait pas de tricherie, mais d'innovation qui avait tellement bien réussi qu'elle avait bouleversé le délicat équilibre concurrentiel au niveau des coureurs élites. Il fallait donc réglementer plutôt que dénigrer.

Mais ce n'est pas ce qui s'est passé, aussi World Athletics s'est-il retrouvé coincé entre deux fronts : ceux qui affirmaient que les chaussures étaient clairement et manifestement “illégales” pour des raisons techniques, et ceux qui affirmaient que les chaussures étaient clairement et manifestement légales sur la base de précédents techniques.

Le tournant

Mi-2019, une sorte de “détente” s’est opérée : les athlètes utilisant la Vaporfly étaient omniprésents, mais dans le même temps d’autres marques développaient leur propre modèle et leurs coureurs gagnaient eux aussi des courses ou battaient des records - comme Jim Walmsley sur 80 km route. D’ailleurs, en 2020, quasiment toutes les grandes marques auront un modèle concurrent avec plaque carbone (dernière en date cette semaine, l'Hyperion Elite, lancé par Brooks, ndlr). Dans ces conditions, interdire uniquement la Vaporfly devenait complètement incohérent.

Dernière marque a avoir annoncé un modèle avec une plaque carbone, Brooks a lancé l'Hyperion Elite cette semaine © Brooks

Mais, en octobre, Eliud Kipchoge a couru son marathon en moins de deux heures à Vienne, avec un nouveau prototype prénommé Alphafly. Bien que Nike n'ait toujours pas publié de détails à leur sujet, des rumeurs folles basées sur des dépôts de brevets ont commencé à circuler à propos de trois plaques de fibre de carbone différentes et d'un nouveau bond dans l'économie de la course.

Les débats étaient relancés, car même si les autres marques parvenaient à égaler la Vaporfly, les athlètes Nike auraient encore une longueur d'avance (ou plutôt, plusieurs minutes) - en supposant que l'Alphafly ne soit pas seulement un énorme pied de nez conçu pour susciter l'indignation et faire paraître le Vaporfly raisonnable, une possibilité qui semble peu probable mais pas entièrement impossible.

La semaine dernière, World Athletics n’a pas fait qu’autoriser définitivement la Vaporfly, elle a aussi interdit dans le même temps l’Alphafly pour tenter de stopper cette course au “toujours plus”.  Alors qu'un ensemble de règles rapides et définitives en 2017 aurait permis d'éviter bon nombre de ces problèmes.

Les perspectives

Bien que nous puissions souhaiter le contraire, la technologie a toujours joué un rôle dans l'évolution du sport, et le fera toujours. Jusqu'à l'automne dernier, l'affaire de la Vaporfly ressemblait beaucoup à celle du “Klapskate”, un design de patin qui a complètement bouleversé le monde du patinage de vitesse à la fin des années 1990. Les patineurs néerlandais ont été les premiers à l'adopter et ont remporté la moitié des médailles d'or aux Jeux olympiques de 1998, tandis que neuf des dix principaux records du monde ont été battus cette saison-là. Les patineurs d'autres pays n'ont pas tardé à s'y intéresser et, en l'espace d'un an ou deux, l'équilibre de la compétition était revenu : tout le monde était plus rapide, à peu près à égalité.

Aujourd'hui, le cas des Vaporfly ressemble davantage à celui des maillots de bain en polyuréthane qui ont fait vibrer le monde de la natation en 2008 et 2009 - plus de 130 records du monde ont été battus à l’époque. Dans ce cas, il ne s'agissait pas d'un seul maillot qui battait des records : c'était une véritable mêlée générale avec de nouveaux modèles qui remplaçaient sans cesse les anciens. Les autorités de la natation ont imposé des limites strictes sur les combinaisons à partir de 2010 pour mettre fin à la course aux armements, un peu comme l'a fait World Athletics la semaine dernière.

Mais voici le problème : lorsque les nouvelles règles de la natation sont entrées en vigueur, le sentiment général était que l'ère des records du monde était révolue puisque les combinaisons qui servaient à établir tous ces records étaient désormais interdites. Mais si vous regardez les 40 principaux records de natation masculine et féminine, tous sauf 12 ont été établis depuis 2010. D'une certaine manière, les nageurs continuent de progresser.

C'est ce qui est ressorti le mois dernier lorsque Rhonex Kipruto, une étoile montante de 20 ans originaire du Kenya, a battu le record du monde du 10 km sur route en réalisant un temps de 26:24 à Valence, en Espagne. Il portait une chaussure assez banale, la Takumi Sen d'Adidas. Le Vaporfly a tout changé, mais Rhonex Kipruto est venu rappeler qu’il était encore possible de faire des performances exceptionnelles sans ce modèle. Laissons la place aux coureurs et observons leurs progrès comme le monde de la nation l’a fait pendant la décennie précédente.

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