580 km de sentiers balisés, 445 km de fleuve, le canyon le plus instagrammé de la planète est aussi et surtout un fabuleux terrain d'exploration. Cette année, le parc national fête son centenaire, vous ne serez donc pas seuls. Mais pas de panique, la plupart des touristes vont cantonner leur courte visite au Grand Canyon Village, abandonnant pistes cyclables et rapides aux amoureux de la nature.
Infos pratiques, bons plans, et conseils d'amis, Outside vous explique comment tirer le meilleur de votre visite de ce lieu mythique.
Célébrant son centenaire cette année, le parc national du Grand Canyon continue de fasciner. Approchez-vous de la falaise : ce mastodonte aux dimensions hors norme offre un spectacle de pitons, plateaux et gorges à donner le vertige. Une fois dans le canyon, l’émerveillement est à son comble. Cette chaîne de montagne inversée, longue de 445 km, plonge par endroits à 1 800 mètres dans les entrailles de la terre. Dans ce paysage désertique et changeant, où sommeillent des géants de pierre, l’homme devient fourmi, l’eau surprend. Des torrents turquoise jaillissent de falaises orangées pour venir s’écraser dans des bassins naturels. Au fond du canyon, est tapi celui à qui l’on doit ce mystère géologique : le fleuve Colorado, infatigable artisan travaillant la roche depuis des millénaires. Difficile de faire plus efficace pour prendre conscience de la relativité des choses.
Cette puissance physique et métaphysique a toutefois un prix : le flot incessant de visiteurs. En 2017, plus de 6,25 millions de personnes ont arpenté le parc national. Que cela ne vous arrête pas : seule une fraction de ces touristes s’aventure réellement dans le canyon. On peut donc y trouver un espace à soi. Mais avec 580 km de sentiers balisés, 445 km de fleuve, une succession de paysages à couper le souffle, des lieux historiques et des points de vue, difficile de savoir où donner de la tête.
Voici nos conseils pour profiter au maximum d’un séjour dans le Grand Canyon, emblème d’une Amérique à la beauté brute.
On préfère vous prévenir

Méfiez-vous de la chaleur. De juin à août, l’intérieur du canyon peut atteindre des températures record dépassant les 40°C. En 2017, elles ont occasionné 82 interventions d’urgence et un décès. À moins d’être un reptile ou d’avoir prévu une descente en rafting, mieux donc vaut privilégier les 9 autres mois de l’année.
Si vous ne pouvez faire autrement que de partir en été, choisissez la zone du North Rim. On n’y croise qu’un dixième des visiteurs et, avec une altitude de 2 500 mètres, l’air y est plus respirable. Les infrastructures du parc côté nord sont fermées de novembre à avril, et la route barrée à partir de décembre — voire plus tôt en cas de chute de neige. On y pénètre alors à pied ou en ski de fond, muni d’une autorisation pour le camping sauvage (le “backcountry permit”).
Quelle que soit la saison, il ne faudra pas être pris de phobie administrative… et avoir un peu (beaucoup) de chance. Un système de tirage au sort régit en effet les accès aux plus chouettes activités du parc : organiser sa propre descente sur les rapides, camper en pleine nature…
Pour le rafting hors circuits organisés, la probabilité d’obtenir une autorisation est très mince, notamment en automne et au printemps. À titre d’exemple, 459 candidatures ont été envoyées pour la seule date du 18 septembre 2019. Les demandes se tarissent toutefois en décembre, lorsque les jours raccourcissent et que les températures chutent. La participation à la loterie coûte 25 $, quelle que soit la date de votre départ. Si vous êtes tiré au sort, un dépôt de garantie allant de 200 à 400 $ vous sera demandé. Il s’ajoute au coût total de votre séjour dans le parc, qui dépendra de la taille de votre groupe.
La probabilité de remporter une autorisation de passer la nuit dans le parc est bien plus grande. La participation ne coûte en outre que 10 $, plus 8 $ par personne et par nuitée, ou 8 $ par groupe si vous dormez sur les hauteurs du canyon. Petite particularité, l’administration du parc est restée bloquée dans l’espace-temps : les candidatures se font par fax, par courrier ou en personne. Pour avoir une chance de réaliser l’activité de vos rêves, envoyez sous pli une candidature manuscrite entre 4 et 5 mois avant votre séjour, de sorte qu’elle parvienne aux autorités entre le 20 du mois en cours et le 1er du mois suivant. C’est la période à laquelle les demandes sont étudiées puis tirées au sort. Après cela, la règle est celle du premier arrivé, premier servi. Si vous n’obtenez pas le créneau que vous vouliez, ne claquez pas la porte. Peu de gens le savent mais, une fois l’autorisation reçue, il est possible d’appeler le backcountry office pour essayer d’en modifier les dates. L’association Grand Canyon Trust a décrypté pour vous ce casse-tête élaboré.
Accéder au Grand Canyon

Le parc est coupé en deux par le canyon. Pour aller d’un bord à l’autre, 4h30 de voiture sont nécessaires. Préparez donc votre visite minutieusement. Si vous partez explorer le North Rim, prévoyez d’atterrir à Las Vegas. L’aéroport se trouve à 4h30 de route du parc. Pour le South Rim, comptez 3h30 de trajet depuis Phoenix, ou prenez l’une des correspondances quotidiennes pour Flagstaff, en Arizona. De là, on accède par le sud au Grand Canyon Village (le point d’entrée principal du parc). Si vous n’avez pas prévu de vous mettre au volant, Arizona Shuttle opère une liaison entre Flagstaff et le village 3 fois par jour, du 15 mai au 16 octobre.
Les camps de base

South Rim
El Tovar est plus qu’un emplacement idéal, à quelques pas de la paroi du canyon : c’est un emblème, construit en 1905 et dont le style architectural a influencé les hébergements qui ont suivi. Même si vous n’y logez pas, passez-y inspirer une petite bouffée d’ambiance western. Comme dans la plupart des hébergements de l’Association américaine des parcs nationaux, les chambres y sont rudimentaires, chères (à partir de 226 $) et très demandées. Il vous faudra réserver un an à l’avance, notamment si vous convoitez l’une des trois suites avec balcon donnant sur le canyon. Ces dernières se réservent uniquement par téléphone, et coûtent le double du tarif standard. Le South Rim compte 5 autres hôtels, tous assez sommaires. À 10 km, la ville de Tusayan est également un point de chute, avec quelques établissements.
En tente, le camping de Desert View à 40 km à l’est du Grand Canyon Village (South Rim), offre un coucher du soleil d’une rare beauté. La nuitée n’est qu’à 12 $, mais les emplacements s’arrachent comme des petits pains. Soyez sur place en milieu de matinée pour en harponner un au moment où les campeurs de la veille remballent.
North Rim
Réservez l’une des Western Cabins du Grand Canyon Lodge, de préférence la n°301, 305, 306 ou 309, dont les petites terrasses donnent sur les pins et le canyon (228 $, ouvert du 15 mai au 15 octobre). Si d’autres ont mis la main dessus avant vous, installez-vous sur l’une des chaises confortables de la terrasse de l’hôtel. Admirez la caresse rouge-orangée du soleil sur les “temples” de Deva, Brahma et Zoroaster. Divin.
Même orientation ouest au camping du North Rim, à un peu moins de 2 km du Lodge. Réservez les emplacements n°14 ou 19 (souvent pris d’assaut un an à l’avance), juste au bord du canyon.
Dans le canyon

Au pied du canyon, à l’ombre des peupliers, le Phantom Ranch vient lui aussi de passer à un système de réservation par tirage au sort. La participation se fait 15 mois avant les dates souhaitées. Si vous faites chou blanc, tentez votre chance au camping Bright Angel, juste à côté. Il vous faudra un backcountry permit. Une fois sur place, vous pourrez commander vos repas au Phantom Ranch (pratique pour ne pas trop charger vos sacs de rando).
Pour Explorer
La plupart des touristes cantonnent leur visite au Grand Canyon Village, enclave aménagée du South Rim. Une fois leur voiture de location garée, ils rejoignent le bord du canyon, jettent un œil au-delà de la barrière de sécurité, font un tour dans les boutiques et rayent ce premier parc de leur liste. Ce constat est celui des autorités : l’administration du parc estime qu’une visite moyenne dure 4 heures. Même les navettes marquant l’arrêt aux grands sites du South Rim ne séduisent pas les masses. Plus on s’éloigne de l’accueil, plus la foule s’amenuise.
À vélo
Louez un VTC (les VTT sont interdits) chez Bright Angel Bicycles, juste à côté de l’accueil du parc, et partez explorer le South Rim. Première option : Hermit Road, au départ du village. Cette piste cyclable, interdite aux voitures (pour les particuliers) de mars à novembre, serpente sur 11 km le long du canyon et compte parmi les plus belles du monde. Autre possibilité : partir vers l’est depuis l’accueil et rejoindre Yaki Point Road, autre piste sans voiture. Depuis le point de vue, le regard balaie 68 km de canyon, de Palisades of the Desert, 40 km à l’est, au Havasupai Point, 28 km à l’ouest. En fin de journée, ce paysage grandiose s’habille de rose sous les derniers rayons du soleil.
En rando
Pour une excursion d’une journée, oubliez le Bright Angel Trail (South Rim), qui part vers le canyon depuis le village. Il reçoit les honneurs de suffisamment de visiteurs. Montez plutôt à bord de la navette en direction du South Kaibab Trailhead. Ce sentier de 11 km descend jusqu’au fleuve, à 1 500 mètres en contrebas, même si la plupart des visiteurs choisissent la boucle de 2,9 km en direction de l’étrangement baptisé Ooh Aah Point. Dans le North Rim, le Widforss Trail est une rando de 8 km assez facile. Le sentier longe le canyon avant de s’enfoncer dans les pins et les trembles jusqu’au point de vue de Widforss. Là s’étale sous vos yeux un paysage de pitons rocheux (Wotans Throne, Zoroaster Temple…) et les gigantesques rideaux de pierre du Transept Canyon.
Autre rando possible, et certainement la plus fabuleuse du Grand Canyon : le très reculé Thunder River Trail (North Rim). Cette boucle de 33 km se parcourt sur 3 jours. On part du Bill Hall Trailhead (une route de 54 km parfois impraticable qui part de la ville de Jacob Lake) au niveau de Monument Point, pour gagner 4 km sur l’itinéraire traditionnel d’Indian Hollow. On traverse ensuite le Colorado (Thunder River, le fleuve qui gronde : c’est lui). En chemin, une grotte creusée dans la paroi rouge du canyon crache son eau dans une enfilade de bassins en contrebas. La végétation y reprend un instant ses droits. Faites-vous le cadeau de passer un après-midi à sillonner les goulets de Deer Creek (Deep Creek Narrows). Ils débouchent sur Deer Creek Falls, une chute d’eau de 25 mètres à laquelle on accède (autre possibilité pour votre après-midi) en suivant la piste pour le rafting.
Enfin, le classique : traverser le canyon d’un bord à l’autre. On descend jusqu’au fleuve, on passe le pont au niveau du Phantom Ranch et on remonte de l’autre côté. Certains font halte au Ranch pour la nuit, d’autres avalent le parcours en une journée — le record est actuellement de 2 heures et 39 minutes. Pour préserver ses genoux, on commence généralement au bas du South Rim, puis on descend les 1 350 mètres du Bright Angel Trail avant de remonter les 1 780 mètres du North Kaibab Trail jusqu’au North Rim Lodge (34 km au total). Les plus ambitieux, randonneurs et coureurs, se lancent dans un itinéraire comprenant le retour au point de départ. Si vous partez en aller simple, il vous faudra un moyen de transport pour regagner votre lieu d’origine. Personne pour venir vous récupérer ? Après tout, cela prend tout de même 4h30… Prenez plutôt la navette trans-canyon (90 $) pour rentrer.
Par le fleuve
Le Colorado se descend en raft, à moteur ou à la rame. La première option est tellement bruyante que les embarcations de 10 mètres où s’amassent les passagers parviennent à étouffer le grondement du fleuve… et à ruiner le divin silence qui y règne par endroits.
Le Colorado, ses vagues, ses rapides (comme les chutes de Crystal et de Lava), se découvrent à rythme humain, dans un raft de 5,5 mètres. Admirez les paysages qui défilent, toujours changeants, mesurez-vous à des centaines de rapides avant de passer la nuit sur le sable des criques, observé par les seules étoiles. Vous pouvez emporter de quoi manger, mettre quelques bières fraîches dans une housse qui restera dans l’eau… et savourer l’absence totale de réseau téléphonique. Si vous êtes débutant ou n’avez pas obtenu l’autorisation de partir seul, tournez-vous vers l’une des nombreuses agences spécialisées comme OARS ou AZRA, qui proposent des séjours 100% rafting dans le Grand Canyon (3 à 18 jours, 2 000 à 6 000 $ environ).
Se restaurer et boire un verre

Si vous venez de Phoenix, faites une pause à Flagstaff. Cette ville universitaire voit fleurir restos et brasseries. Pour le déjeuner, régalez-vous d’un burger - bœuf en circuit court - chez Diablo Burger. Choisissez le Blake, servi avec mayonnaise pimentée maison, piment vert grillé et cheddar. Le soir, on file chez Criollo Latin Kitchen pour des plats typiques du sud-ouest américain. Le restaurant s’approvisionne directement auprès des producteurs, et son chou au bacon, haricots doliques (les fameux “black-eyed peas”) et paprika fumé fait autant saliver que son taco à la viande fondante.
Dans le parc, l’offre se limite essentiellement à de gros établissements ayant remporté les appels d’offres. Xanterra, qui en possède la majorité, achète désormais 40% de ses produits auprès d’acteurs locaux ou éco-responsables. Le plat phare du restaurant El Tovar est le prime-rib hash, un sauté de pommes de terre au bœuf (origine Arizona), œuf (plein air), poivron et sauce épicée… Il devrait vous fournir suffisamment de carburant pour un aller-retour dans le canyon.
Bright Angel Bicycles, dans Grand Canyon Village, propose des sandwichs et pâtisseries made in Flagstaff, ainsi que du café. Emportez une part de quatre-quarts à la cannelle pour recharger vos batteries en cours de route.
De l’autre côté du canyon, offrez-vous un dîner à la terrasse du Grand Canyon Lodge face à un panorama hors du commun. Les ailes de poulet marinées au jus de cactus sont délicieuses. On les accompagne d’une bière locale (elles portent toutes le nom d’un grand site du parc), comme la Phantom Ranch Red.
Juste à l’extérieur du parc, le Meadows Edge Coffee Trailer, récemment ouvert à côté du North Rim Country Store, sert un excellent smoothie myrtille-grenade et le meilleur latte de tout le canyon. Un peu plus loin, à l’intersection de la 89A et de la Highway 67, le Jacob Lake Inn est réputé pour ses cookies. Parmi ses 15 recettes, on retient le tout-chocolat et le citron-courgette aux noix de pécan.
Dans le coin, il y a aussi...

Si la traversée en raft du Grand Canyon nécessite une autorisation, et donc de la patience et un peu de chance, pagayer en remontant le fleuve à l’extérieur du parc en direction de Marble Canyon (24 km) se fait gratuitement, sans demande préalable ni réservation. Les chiens étant autorisés, vous pourrez enfin sortir votre boule de poils du van !
Pour du camping en toute simplicité, misez sur Glen Canyon National Recreation Area, portion du fleuve Colorado entre Lee’s Ferry et le barrage de Glen Canyon, dont les emplacements sont attribués par ordre d’arrivée. Les rameurs chevronnés peuvent louer un kayak auprès de Hidden Canyon Kayak dans la ville voisine de Page en Arizona et remonter le courant jusqu’au camping de Horseshoe Bend pour découvrir cette Mecque des instagrammeurs. Depuis la plage, on distingue des silhouettes tout là-haut : la foule amassée au bord du canyon.
Le VTT n’est pas autorisé dans le parc, mais le Rainbow Rim Trail, en bordure du North Rim, est devenu le paradis du fat bike pour les amateurs de paysages spectaculaires : 35 km de voie unique entre les forêts de pins et les prairies, s’ouvrant sur la roche et le Big Ditch (le « grand fossé », surnom du Grand Canyon). La plupart des cyclistes s’arrêtent quelques jours dans l’un des sites de camping, comme à Locust Point, situé à mi-chemin, où les spots sont gratuits et les véhicules à moteur autorisés.
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