A soixante ans, le Français compte déjà à son actif bon nombre d’exploits, et non des moindres. Il vient d'arriver en Australie, d'où il s’élancera lundi prochain, le 21 octobre, pour une traversée du désert de Simpson à bord de sa Swincar, voiture électrique 100% solaire. Une étape préparatoire seulement. Il projette en effet de relier Paris et Pékin au printemps avec le même véhicule. Interview à la veille de son départ.
Officier de la marine marchande, Charles Hedrish entame sa vie d’aventurier à l'aube des années 2000. Depuis, il ne s’arrête plus : du Vendée Globe à l’ascension de l’Everest en passant par la traversée de l’Atlantique à la rame ou du désert de l’Atacama à pied, ses expéditions sont aussi intenses que diverses. Adepte de l’autonomie énergétique, c’est ce fil rouge qui guidera son prochain projet : rejoindre la capitale chinoise depuis Paris grâce à une voiture 100% électrique et solaire. Pour caler les derniers réglages, il a choisi l’un des déserts australiens, celui de Simpson.
Pourquoi le désert de Simpson ?
Le désert est un environnement que je connais bien et que j’apprécie particulièrement. Le terrain est varié, on ne s’ennuie jamais. Surtout, cette aventure servira de préparation pour mon grand projet du printemps : relier Paris-Pékin à bord de la Swincar, cette voiture passe-partout 100% électrique et 100% solaire. L’idée de cette traversée de 800-900km environ, c’est de montrer que tout fonctionne et qu’il n’est pas délirant de s’engager sur un tel parcours.
Cette Swincar justement, qu’a-t-elle de si particulier ?
Plein de choses ! Elle est vraiment unique. Développée dans le sud de la France, près de Montpellier, par Pascal Rambaud, sa particularité est qu’elle passe vraiment partout, sur toutes les surfaces, quelle que soit la topographie du terrain. Voyez la vidéo, elle parle d’elle-même (la vidéo en question ci-dessous).
Une voiture électrique, ça n'a rien de très original aujourd'hui.
Elle n’est pas seulement électrique, elle est surtout 100% autonome grâce à son système de recharge solaire. Très franchement, si elle n’avait été qu’électrique, ça ne m’aurait pas intéressé. Tout le monde parle de l’électrique comme si c’était la solution, mais il faut la produire, l’électricité. Si ça veut dire des centrales au charbon derrière, ça n’a aucun intérêt.
La Swincar est dotée d’une station mobile qui pèse un peu plus de 20kg. Pour recharger la voiture, il suffit de déployer les panneaux. C’est l’avantage de réaliser cette première expérience dans le désert, le soleil ne devrait pas manquer !

Concrètement, c’est plutôt une Formule 1 ou un tracteur ?
La problématique principale lorsqu’on utilise l’énergie solaire, c’est la puissance que l’on peut récupérer. Il y a deux facteurs essentiels : le poids d’une part, et en la matière, la Swincar est très légère (environ 200kg) ; la vitesse d’autre part. Ainsi, dans un contexte comme le mien, d’une aventure au long cours, il faut éviter de rouler vite, car cela impacte directement l’autonomie.
La voiture peut rouler jusqu’à 90km/h environ, mais je prévois plutôt de tourner autour de 50-55km/h.
Et en termes de fiabilité, vous êtes confiant ?
Le véhicule n’a pas été créée pour moi dans le cadre de cette aventure. Il est déjà homologué et commercialisé. Très sincèrement, je n’ai aucun doute sur la fiabilité. Le seul point qui pourrait m’inquiéter, ce sont les transmissions électroniques.
Et si vous tombez en panne ?
J’amène avec moi quelques pièces de rechange, et puis j’ai des bases. Mais comme je le disais, je n’ai pas trop d’inquiétudes.
Vous utilisez une voiture électrique pour cette expédition autonome en énergie. Sentez-vous une tendance écologique chez certains aventuriers ?
Depuis que je fais des expéditions, quelle qu’en soit la nature, j’ai toujours fonctionné sur l’idée d’être autonome énergétiquement. Le plus souvent ce sont mes jambes ou mes bras qui font office de carburant. Mais je ne veux vraiment pas donner de leçon à qui que ce soit. C’est effectivement un enjeu important pour moi, mais personne n’est parfait. Regardez, je prends l’avion pour me rendre en Australie. J’aurais pu y aller en voilier, mais logistiquement ça aurait changé la donne. Pour autant, si mes aventures peuvent en inspirer certains, c’est une bonne chose. Mais encore une fois, je ne veux pas donner de leçons.
Vous connaissez quasiment tous les environnements : l’océan, la montagne, les zones polaires, le désert. Vous avez une préférence ?
Je dirais que j’ai une appétence particulière pour le milieu désertique. C’est assez facile de naviguer dans cet environnement. Je pense que c’est le moins dangereux, aussi.

Je vais peut-être faire hurler les marins en disant ça, mais je trouve que l’océan c’est un peu monotone. Je ne connais cet environnement que dans le cadre de course à la voile, le Vendée globe notamment, où l’on est en permanence sur le front, en gros déficit de sommeil.

La haute montagne, c’est grandiose. Je rentre tout juste d’une expédition avec mon fils sur le Mustagh Ata (7 546 m), en Chine, qu’on a descendu à ski. C’était incroyable. Mais il faut reconnaître que c’est environnement très dur, dangereux, on est toujours à la limite. Forcément, dans tout ça, on navigue entre plaisir et souffrance, c’est difficile d’en profiter autant qu’on le souhaite. Enfin les grands alpinistes n’appréhendent sûrement pas la chose de la même façon. Mais avec mon niveau, c’est comme cela que je le ressens.

Enfin dans les zones polaires, le froid est infernal. Franchement ce serait difficile de dire que je prends du plaisir.

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd'hui ?
J’ai la chance d’avoir autant de passion pour des grands projets que pour des choses beaucoup plus simples. J’aime varier les plaisirs, faire des compétitions, des expéditions solitaires, des aventures collectives. Ça me permet d’éviter de me lasser.
Et puis je m’inspire aussi d’autres aventuriers : Nims Dai, par exemple. Ce qu'il est train de faire est tout simplement incroyable. Ce mec est hors-norme !
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