Ils sont jeunes, beaux gosses, et depuis leur départ de Lima, le 12 avril, ils font palpiter l’Ecosse, leur terre d'origine. Car après une première traversée de l’Atlantique en 2020 où ils ont décroché quelques records, les trois frères McLean, Lachlan, Ewan et Jamie, se sont attaqués au Pacifique : 9 000 miles (14 484 km) à la rame, à la seule force de leurs muscles. Sur l’eau depuis plus de 90 jours maintenant, ils comptent bien atteindre leur objectif, Sydney, vers le 2 août, à l’issue de 120 jours. Si tout va bien, car ils ont beau afficher un smile à toute épreuve sur les vidéos et photos qu’ils postent régulièrement, tout n’est pas simple tous les jours à bord de leur bateau baptisé Rose Emily en mémoire de leur sœur.
« Ca se passe comment la vie en mer ? Avec des hauts et des bas », écrivaient hier sur Instagram les frères McLean. Plus de 90 jours qu’ils rament, jour et nuit, par relais de deux heures. « On flotte toujours. Mieux : on avance, portés par un nouveau coup de boost vocal signé @markwahlberg ». Leur « pote » du jour et « source d’inspiration XXL », l’acteur américain qui s’est pris de passion pour l’aventure des frères McLean : « digne d'un film », n’hésite-t-il pas à dire. Un film dans lequel il se verrait d'ailleurs bien jouer ! Alors depuis qu’il a entendu parler de ces intrépides colosses originaires d’Édimbourg partis traverser le Pacifique à la rame, sans assistance ni escale, il a les yeux rivés sur le tracker qui permet de les suivre quasiment non-stop. Et pour les booster, il fait des visios avec eux. Avant lui, d'autres célébrités, écossaises d'abord, puis anglaises, leur ont aussi envoyé des messages d'encouragement.
Il faut dire qu’ils en ont bien besoin : « Il y a eu des moments très sombres », écrivaient-ils il y a quelques jours. « Des nuits sans lune, où l’océan semble vouloir vous avaler tout entier. Où chaque vague vous frappe comme un rappel brutal de votre insignifiance. Mais ce sont d'autres vagues qui nous portent : celles du soutien. Chaque message, chaque don, [à leur fondation] chaque check-in d’un·e de nos héros ou héroïnes nous pousse à continuer. »
Leur chronique vidéo sur leur chaîne YouTube ( 6 épisodes à ce jour).
Au planning, 12 à 14 heures de rame par jour
S’ils tiennent aussi, c’est qu’ils ont une arme secrète. C’est une femme. Et elle est Canadienne : Chloë Lanthier, leur coach qui, expliquent-ils : « a littéralement permis à nos corps de tenir le cap, à nos esprits de rester lucides, et à notre moral de ne pas sombrer. Enfin, plus ou moins. Chloë est une sommité mondiale en biomécanique, prévention des blessures sportives et performance de haut niveau. Elle accompagne certains des meilleurs athlètes de la planète et, on ne sait trop pourquoi, nous aussi. C’est elle qui nous a guidés à travers deux traversées océaniques et des milliers d’heures d’entraînement. Ah, et elle est aussi chercheuse pour la NASA. Rien que ça. Son expertise nous accompagne où que l’on aille. Mais au-delà de la coach, Chloë est devenue un membre à part entière de l’équipage — et de la famille. »
Il y un an et demi, alors que les trois frères étaient au tout début de la préparation de leur périple, ils ont eu la surprise de voir Chloë Lanthier accepter de les rejoindre pour les conseiller sur la préparation physique et mentale, la nutrition, « et bien plus encore », expliquent-il. La Canadienne leur a donc élaboré un programme sur mesure. « D'une certaine façon nous avons maintenant quelque chose en commun avec Rafael Nadal, le PSG et la NASA », rigolaient-ils. Deux heures d'aviron six fois par semaine, renforcement musculaire, assouplissement, travail sur l’équilibre, visualisation, optimisation nutritionnelle, gestion de la privation de sommeil (un problème majeur, ils dorment cinq à six heures en moyenne, mais en deux fois, et rament 12 à 14 heures par jour) rien n’a été laissé au hasard pour éviter l’accumulation de la fatigue sur une traversée extrêmement longue (environ 120 jours ) et pallier les blessures que peut générer la répétition des gestes du rameur. « La moindre petite blessure doit être immédiatement soignée », explique Ewan. « Une ampoule peut vite s’infecter. Et une douleur articulaire s’éterniser au point de freiner un rameur et tout le bateau. Sans voile ni moteur, il ne peut compter pour avancer que sur la force musculaire de chacun d'entre nous. »
Après un premier périple de 3000 miles... ils triplent le défi
Mais cette fois, pour cette deuxième aventure, les McLean sont bien préparés. Rien à voir avec leur première. En 2020, on les a vu faire l’Atlantic Challenge, et emporter la course en devenant le trio le plus jeune et le plus rapide à traverser l’Atlantique à la rame. Un exploit, quand on sait qu’à l’époque ils étaient sans grande expérience de l'aviron, à bord d'un bateau de 8,5 m qu’on leur avait prêté. Et sans trop d'organisation, semble-t-il. « On avait même failli oublier le papier hygiénique », se souviennent-ils. Contre toute attente, ils ont battu trois records du monde et levé plus de 200 000 £ pour des œuvres caritatives. Cette traversée va leur ouvrir les yeux sur la puissance des défis physiques et leur donner envie de créer The Maclean Foundation en 2023, oeuvrant notamment pour fournir de l’eau potable à des zones déshéritées.
Ce premier périple faisait environ 3 000 miles. Si on multiplie par trois, le chiffre fétiche des trois frères, ça fait 9 000. Soit à peu près la distance séparant Lima, au Pérou, de Sydney, en Australie. En clair, la traversée du Pacifique, calculent les trois frères qui entendent cette fois lever 1 million de livres pour des projets d’accès à l’eau potable à Madagascar. « Aucune équipe n'a jamais traversé à la rame non-stop et sans assistance le Pacifique », expliquent-ils lors de leur recherche de sponsors.
Un ingénieur, un designer et un philosophe
Le trio est séduisant. Et convaincant. Les sponsors ont suivi, notamment une marque de whisky, d'où le nom de leur expédition : le « Rare Whisky 101 Pacific Row ». Il faut dire que les trois frères sont très complémentaires. Elevés par une mère artiste et un père journaliste expert en whisky, ils sont passés par l’école Steiner. Une approche éducative laissant libre cours à la personnalité de chacun : « L’un de ses principes fondamentaux est de vivre en équilibre entre la tête, le cœur et les mains », explique Lachlan dans un post.
Résultat : trois frères et trois personnalités fortes, et très différentes. L’ainé, c’est Ewan, 33 ans. Ingénieur chez Dyson, il « invente ce qui n’existe pas encore ». À bord, il supervise toute l’électronique et la technologie du bateau. Ses compétences se sont avérées précieuses à l’heure de concevoir sur mesure leur embarcation. Mais aussi au cours de la traversée où les problèmes techniques se sont multipliés, des panneaux solaires au réservoir d'eau. Sans parler du pilote automatique qui a commencé à dysfonctionner. Il leur reste bien la boussole du pilote, mais elle semble perdre le nord, ce qui fait bouger la barre de gouvernail de manière erratique et les fait tourner en rond. Ils doivent donc reprendre la barre manuellement le temps que le pilote se recalibre », expliquaient-ils sur Instagram.
Jamie Maclean, lui, a 31 ans. Il dirige un atelier de design et de construction à Glasgow. « Passionné par la conception, la fabrication et l’amélioration des choses », il a eu de quoi se faire plaisir lui aussi sur leur chantier naval. Lachlan, 26 ans, est le petit dernier de la famille. Après un parcours en philosophie, il gère aujourd’hui The Maclean Foundation. Médiateur du trio, il se fait fort de maintenir le moral de l’équipe. C’est sans doute à lui qu’on doit l’idée de faire « trois jours de silence ». Silence radio, aucun post, ni aucune communication par satellite. Silence à bord aussi pour « se recentrer ». Pour tromper l'ennui qui les guette parfois, les trois frères se lancent également dans des activités créatives. Notamment des sessions de jam : Ewan joue de la guitare, Jamie de la cornemuse et Lachlan de l’accordéon ! Ils se sont même entrepris de faire pousser de la salade dans une boîte Tupperware, autant d’efforts pour préserver leur santé mentale. Et, pourquoi pas, varier leurs menus.
Célébrer la moindre petite victoire pour garder le moral
Leur embarcation en fibre de carbone conçue sur mesure pèse 280 kg. Elle est censée être l'un des bateaux de rame océanique les plus légers et résistants jamais construits. Baptisée « Rose Emily » en mémoire de leur sœur, dont le prénom a été peint à la main sur la coque par leur mère, elle a embarqué 500 kg de nourriture lyophilisée, dont 75 kg de flocons d’avoine, ainsi que toute une série de plats réconfortants et riches en calories préparés par Jamie lui-même. Au menu : chili con carne, curry rouge thaï, et haggis avec navets et pommes de terre. Reste qu’à mi-parcours, il semble que la nourriture maison s’épuise vite. Pour finir leur périple, ils vont donc puiser dans les provisions achetées en backup. Et comme leur quantité de gaz est limitée, ils vont sûrement devoir les manger froids. « Les dernières semaines vont être très dures », s’inquiète Lachlan.
Mais malgré les tempêtes et la chaleur qui les ont accablés ces derniers temps, le moral est bon, semble-t-il. Les trois frères prennent soin de célébrer chaque petite victoire, entretiennent le contact avec leurs proches par satellite et, insiste Ewan, veillent à diviser le périple en objectifs plus petits et gérables, afin de conserver leur force mentale. Ils se doutent bien que dans les semaines à venir, et à l’approche de l’Australie, tout peut basculer, mais en attendant, ils savourent chaque instant de bonheur. « Des étoiles filantes chaque nuit. On en voit au moins une douzaine. On a même vu des météorites, surtout en début de traversée, avec beaucoup de bioluminescence », confiait récemment Lachlan. « C’est comme si les rames devenaient des sabres laser, et on voyait ces petites explosions de bioluminescence derrière le bateau. C’est un moment vraiment magique. » Et quand, certains, sur les réseaux leur demandent : « Vous ne vous lassez jamais de l’océan ? » la réponse est « Bien sûr que non ! On restera à jamais émerveillés par sa beauté. »
Pour suivre les frères McLean au cours de leur traversée du Pacifique, c’est ici.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
