On en a tous, et franchement, difficile de s’en passer dès que les températures chutent. Légères et chaudes, les polaires sont devenues incontournables. Un seul hic : leurs microfibres ont une fâcheuse tendance à s’échapper dans l'eau et elles ne font pas bon ménage du tout avec l’environnement. Doit-on s’en passer ? Que font les industriels ? Comment pouvons-nous limiter les dégâts ?
Dans nos placards, nous avons tous au moins une polaire favorite (voire plusieurs !) véritable doudou qu’on ne jetterait pour rien au monde. Car en ce qui concerne le rapport chaleur/poids, elles sont imbattables. Cela dit, il est difficile d’ignorer aujourd’hui qu’elles ne sont pas forcément les meilleures amies de l’environnement. Au contraire. De nombreuses études ont mis en évidence qu’au fil du temps et des lavages, les microfibres s'en détachent pour finir dans nos cours d'eau... et dans nos verres. De quoi regarder sous un autre œil cette matière, soudain diabolisée.
Doit-on, la mort dans l’âme, la condamner pour autant et y renoncer ? Pour en avoir le cœur net, nous avons contacté des experts de Patagonia, Polartec et d'Icebreaker. Ont-ils conscience du problème ? Comment s’y prennent-ils pour le résoudre ? Et enfin, que pouvons-nous faire à notre niveau individuel ?
Quel est le problème ?
La laine polaire est fabriquée à partir de matières synthétiques (plastique), ce qui lui permet de sécher rapidement. Conscientes du problème environnemental, la plupart des marques de vêtements outdoor utilisent des matières plastiques recyclées pour fabriquer leur laine polaire, transformant ainsi des plastiques mis au rebut en matériaux utilisables. Polartec a ainsi eu recours à plus de deux milliards de bouteilles PET post-consommation pour produire des tissus vendus à des centaines de marques dans le monde entier.
Cependant, chaque fois que vous lavez une polaire, des microfibres synthétiques se détachent du vêtement et se retrouvent dans nos cours d'eau, contribuant ainsi à l'énorme problème des plastiques dans les océans. Et comme les fibres sont infiniment petites, on les retrouve dans notre eau potable.
Une étude financée par Patagonia et menée par l'université de Californie à Santa Barbara a révélé qu’une veste en polaire synthétique libère 1,7 gramme de microfibres. Soit pas moins de 250 000 fibres synthétiques, à chaque lavage ! Les organismes présents dans l'océan ingèrent ces microfibres, et l'homme en ingère un grand nombre, ce qui entraîne des risques pour la santé.
Mais la polaire n'est pas la seule matière qui perde ses fibres. Selon Corey Simpson, responsable de la communication chez Patagonia, les polaires de haute qualité perdent très peu de fibres. Et peu de gens savent que les tissus synthétiques légers, utilisés dans certaines vestes en duvet ou autres perdent tout autant de fibres que les polaires. "La polaire a l'air duveteuse, on a donc tendance à l'accuser d'être le seul qui perde des fibres", explique Corey Simpson, "mais les microfibres proviennent également de quantité de sources des pneus de voiture aux d'hygiène personnelle pour ne citer qu’eux ».
Que font les industriels du textile pour y remédier ?
Des entreprises comme Polartec et Patagonia sont à l'origine de nouveaux procédés de fabrication de la laine polaire. Polartec, par exemple, a installé un système d'aspiration et de filtrage spécifique pour capturer les déchets et les recycler en vue de leur réutilisation dans d'autres produits. En février 2023, cette société a lancé un programme, "Shed Less Fleece", qui agit sur la construction du fil, le tricotage, la chimie et la fabrication pour limiter la perte de fragments de fibres. Il réduirait la perte de fragments de fibres de 85 % en moyenne par rapport au tissu de base, selon Karen Beattie, directrice de la gestion des produits chez Polartec.
En parallèle, Patagonia s'est associée à Samsung, fabricant de machines à laver et d'autres appareils électroniques, pour créer un cycle de lavage qui réduit de 54 % les émissions de microplastiques avec les laves-linge utilisant la technologie Ecobubble™ de Samsung. Le cycle de lavage génère une "plus grande quantité de bulles" qui "aide le détergent à pénétrer rapidement dans les tissus et à éliminer la saleté, tout en économisant de l'énergie", selon l'industriel.
Les deux entreprises se sont également associées pour créer un filtre pouvant capturer 98 % des microfibres éliminées dans le linge. On le trouve déjà chez nous, en Europe, en Corée, en Turquie et au Royaume-Uni, et il devrait être disponible aux États-Unis et au Canada cette année.
A notre niveau, que pouvons-nous faire ?
Que les entreprises à l’origine de ces produits tentent de trouver des solutions à la quantité exorbitante de microplastiques qui finissent dans les océans, c'est la moindre des choses. Et c’est un bon début, mais au final, c’est aussi l’affaire de tous. Voici ce que, concrètement, nous pouvons faire.
Pour capturer les microfibres qui se détachent de vos polaires et autres vêtements synthétiques, vous pouvez investir dans un sac de lavage de type » Guppyfriend ». Selon l'entreprise, il permettrait de réduire de 86 % la quantité de fibres synthétiques qui se détachent des vêtements en polaire. Elles s'accumulent dans les coins du sac et vous pouvez ensuite les jeter à la poubelle. Notons que Guppyfriend recommande de placer les microfibres dans un conteneur fermé pour éviter qu'elles ne soient emportées par le vent... et qu'elles ne se retrouvent dans les cours d'eau.
Nous avons jeté un œil sur les prix, ce n’est pas donné, 30 €. Mais disons que c’est un investissement qui s’impose. Plus ambitieux, l'achat et l'installation de filtre du type PlanetCare sur les machines à laver existantes peuvent capturer jusqu'à 90 % des microfibres qui se détachent de vos vêtements. Les prix ? Environ 60 €.
Autre geste efficace, et peu coûteux, au contraire : éviter d’acheter une nouvelle polaire et vous contenter de celles que vous avez déjà. Personne n’a vraiment besoin de cinq polaires ! Mais si vous devez en acquérir une nouvelle, Corey Simpson précise que les grandes marques ont des chaînes d'approvisionnement axées sur la durabilité et l'environnement.
On peut imaginer que son conseil n'est pas vraiment désintéressée ( elle travaille pour Patagonia). Mais il se trouve qu’OceanCleanWash.com - un site d'information créé par la Plastic Soup Foundation – conseille, lui aussi, de ne jamais acheter de laine polaire bas de gamme. Les fibres de ces produits sont particulièrement susceptibles de se détacher du vêtement et de se retrouver dans les cours d'eau. Leurs experts recommandent également de ne pas jeter vos vieilles polaires mais de les donner afin qu’elles servent à d’autres, que cela réduise la demande de nouvelles polaires et évite qu’elles finissent à la déchage publique.
OceanCleanWash.com donne également des recommandations d'entretien pour réduire au minimum la perte de tissu de vos polaires. A savoir :
Limiter les lavages.
N’utiliser que de l'eau froide, avec du savon liquide et de l'assouplissant.
Séchez à l'air libre, sans utiliser de sèche-linge, afin de faire durer plus longtemps vos polaires. Elles sèchent rapidement ; c'est l'un de leurs avantages.
Autre solution, acheter de la laine polaire entièrement naturelle, comme la RealFleece d'Icebreaker. Fabriquée en laine mérinos, on la trouve aujourd’hui sous forme de vestes ou de sweats par exemple. Seul inconvénient, elle ne sèche pas aussi rapidement que la synthétique, elle est parfois plus plus volumineuse et elle coûte plus cher. Mais les fibres naturelles qui s'échappent de ces types de polaires et qui finissent, elles aussi, dans l’eau sont naturelles et biodégradables, selon une étude menée par l'institut AgResearch de Nouvelle-Zélande. Un vrai plus par rapport aux microfibres provenant des matières synthétiques.
Dès lors, devrions-nous renoncer à nos polaires ? Pas facile. A défaut d’être aussi radical, limitons nos achats à des pièces essentielles, conçus dans des matériaux de qualité, aussi durables que possible, soyons attentifs aux conditions de lavage. Et essayons les sacs et systèmes de filtre. Ce n’est pas idéal. Mais c’est un premier pas.
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