Face à la surfréquentation constante des Calanques de Marseille, le directeur du parc national envisage très sérieusement l’instauration de quotas pour réguler le nombre de visiteurs. Des mesures restrictives pour sauvegarder la faune et la flore, qui pourraient entrer en vigueur dès cet été, notamment par un système de réservation en ligne concernant les randonneurs, comme les grimpeurs.
Des routes sauvages transformées en parkings, des plages débordant de touristes - leur nombre a triplé en huit ans - le parc national des Calanques de Marseille qui accueille trois millions de visiteurs par an, sature. Surtout, depuis l’été dernier : en cause, notamment, la « relocalisation » du tourisme en France suite à la pandémie. Un problème pour François Bland, directeur du parc, qui observe une surfréquentation quasi constante dans les Calanques, été comme hiver.
Le parc a enregistré jusqu’à 100% de hausse de visiteurs sur certains sites, au cours de la saison estivale 2020. L’exemple de la calanque d’En Vau illustre la situation : le site, qui jusqu’à maintenant accueillait environ 400 personnes, en a compté près de 1200 l’été dernier. « On constate ce niveau de fréquentation aussi en mer, par le biais des locations de navire à moteur. On a compté jusqu’à 12 bateaux à la seconde à Cap Croisette, là où, habituellement, on peut en avoir deux ou trois », explique le directeur du parc à 20 minutes.
La biodiversité du parc est directement menacée par cette surfréquentation. Les agents redoutent un impact sur la faune, avec « une modification des déplacements dans le temps ou dans l’espace, la diminution des taux de reproduction et niveaux de population, le développement de comportement de dépendance alimentaire, la collision avec des véhicules », ainsi que le risque de piétinement des sols et de la flore.

Les routes et les plages saturées
Pour freiner le phénomène, François Bland a annoncé réfléchir à la mise en place de quotas de visiteurs, qui pourraient entrer en vigueur dès cet été. Plusieurs mesures sont actuellement sur la table, à commencer par un système de réservations en ligne, a priori gratuites, pour accéder au parc. « Il s’agit de réfléchir éventuellement à comment mettre en oeuvre, de façon expérimentale, des outils pour contingenter les accès, puisque de toute façon, l’accès est saturé. On n’a pas pour l’instant de décision arrêtée. Mais la question des quotas pourrait se poser dès l’été prochain », a-t-il précisé.
La mesure sera cependant difficile à appliquer, 200 points d’accès permettant de visiter les Calanques. C’est pourquoi le directeur mise aussi sur la réduction du nombre de locations de bateaux ; ou encore sur une opération de « démarketing ». Autrement dit, informer autant sur les qualités que les contraintes du parc, « de façon à dissuader le visiteur de venir sur un site où il ne trouvera pas ce qu’il venait chercher. L’image un peu carte postale que peut avoir le public est finalement trompeuse à certains moments de l’année », complète François Bland.
Déjà, sur son site internet, le parc national communique sur la surfréquentation des Calanques et met l’accent sur la protection des sites. « Au printemps et à l’été, préparez-vous à voir BEAUCOUP de monde dans les Calanques. Quelques sites très populaires sont particulièrement pris d’assaut, comme les calanques de Sormiou, Sugiton, En-Vau et Port-Pin », peut-on lire dans la rubrique « À quoi s’attendre ? ».

Instaurer des points de contrôle
Le parc pourrait également renforcer ses effectifs, pour assurer davantage de « points de contrôle ». Un objectif qui va de pair avec les directives gouvernementales. Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, et Bérangère Abba, secrétaire d'État chargée de la Biodiversité, viennent d’annoncer la création de 40 emplois supplémentaires cette année pour les parcs nationaux et les pars naturels marins - une stratégie qui « vise à protéger dès 2022 30% de nos espaces terrestres et maritimes, en Outre-mer comme en métropole. »
À Marseille, la question des quotas se posent néanmoins depuis un certain temps. Déjà, en 2018, Franceinfo soulignait la hausse constante de visiteurs dans les Calanques depuis 2012, et la difficulté à les répartir sur les différents sites du parc. Pour le moment, le projet reste en cours de discussion, en attendant le prochain conseil d’administration au mois de mars pour "valider l’ensemble de ces mesures et plan d’action pour l’année 2021. »
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