Hier, lundi 10 juillet, à 10h53, l’alpiniste pro, ex membre du GMHM, a atteint le sommet du mont Blanc via la mythique arête de Peuterey, la plus belle et la plus difficile du versant italien, en un temps éclair de 6h51, du Val Veny au sommet. Un exploit quand on sait qu’en 1985 Jean-Marc Boivin le réalisait en 10h30 et qu’il avait fallu 16h09 à Ueli Steck en 2013. Une ascension fulgurante en mode light, mais safe, nous a-t-il confié à son arrivée.
« L’Intégrale de Peuterey, ça faisait déjà quatre à cinq ans que j’y pensais », raconte Benjamin Védrines, « et cette année, elle était dans mon planning. » Levé à 3 h, ce lundi 10 juillet, l’alpiniste est donc parti à 4h02 du parking de Peuterey. A 5h10, il a pris le départ sur l’arête sud de l’Aiguille Noire de Peuterey. La suite ? La descente en rappel de la Noire, la traversée des Dames Anglaises, l’ascension puis la traversée de l’Aiguille Blanche de Peuterey, suivies du pilier d’Angle avant la longue pente finale jusqu’au mont Blanc de Courmayeur, point culminant atteint à 10h53 exactement. Soit un temps record de 6 heures et 51. Eblouissant pour ce parcours mythique que les bons alpinistes ont l’habitude de faire en deux à trois jours, compte tenu de son niveau (4500 de D+, difficulté TD pour la Noire ).
Un exploit qui devrait entrer dans les annales et qui s’inscrit dans un parcours vertigineux. Rappelons que si ce guide, ex membre du PGHM, a dû rebrousser sur le Nanga Parbat il y a quinze jours, il a pour habitude d’enchainer les exploits. On se souvient bien sûr de son double record de 2022 sur le Broad Peak. Record de vitesse : 7h28 – deux fois moins que la précédente marque de référence détenue depuis 1984 par le Polonais Krzysztof Wielicki (15h40) – et première descente en parapente depuis le sommet de 8051 m. Ou plus récemment, du mythique Paris Zermatt qu’il bouclait en 14h54 début avril, presque deux heures de moins que le précédent record !

A l’heure d’attaquer cette Intégrale de Peuterey en solo, l’alpiniste avait bien sûr en tête l’ascension de Uili Steck qui en 2013 la bouclait en 16h09, l’alpiniste restant une figure majeure pour les amateurs d’ascension rapide, « mais il est difficile de comparer, c’est hyper dur », précise Benjamin Védrines qui se reconnait lui aussi dans l’état d’esprit du Suisse, « car on a l’impression que là, il n’était pas à fond, pas sûr qu’il était alors au mieux de sa forme ». Son temps de référence, serait donc plutôt du côté de Jean-Marc Boivin. En 1985, le Français mettait 10h30 sur ce parcours.
Belle performance donc pour un Védrines que certains qualifient d’alpiniste « le plus rapide sur un 8000 m », mais qui se défend de courir après les chronos … tout en enchaînant les records : « Honnêtement, je veux me détacher des records et plutôt avoir des approches différentes. Paradoxal quelques heures après son exploit, reconnait-il. Mais à l’écouter hier, on comprend, que oui, c’est autre chose qui motive (aussi ) Védrines.
« Ce qui m’intéresse, c’est de prendre du plaisir » dit-il. « J’aime la solitude, le plaisir d’être seul, d’avoir à prendre des décisions. Et puis il y a cette légèreté, tu ressens un forme de fluidité, tu es en osmose avec le rocher et la montagne. La pression d’être efficace, quand tu vois que tu arrives, du coup, c’est du plaisir aussi. Cette course, c’était un de mes rêves, elle me convient vachement. Je ne l’aurais pas faite en solo et comme ça il y a quelques années, mais maintenant oui, avec la confiance naissante.»
Parti en solo, Védrines a grimpé en mode light, avec notamment des chaussons conçus par The North Face pour l’événement. « Des prototypes de 330 grammes par chaussure, que tu peux cramponner, que je n’avais pas encore eu l’occasion de tester auparavant », explique-t-il. Sur lui aussi, un gilet de trail, des crampons hybrides, acier/alu hyper léger, une corde de 60 m en 6 mm, un baudrier, un piolet avec lame en acier, 500 ml d’eau pour démarrer ( rechargés plus tard dans un ruisseau ), 500 grammes de nourriture, son portable, des lunettes et de la crème solaire. « J’aurais pu faire plus light encore au niveau de la corde, mais ça aurait été sans doute plus laborieux, avec le risque de la coincer. J’ai choisi l’efficacité, mais aussi la sécurité et la raisonnabilité. Pas envie de trop pousser. ! »


Est-ce à dire qu’il se réserve pour d’autres solos rapides d’ici peu ? « Non, sur l’Intégrale de Peuterey, je me suis concentré sur l’ascension, sans viser le chrono sur la descente, mais je ne vais pas réitérer cet été, mais plutôt aller dans des aventures plus immersives, dans les Ecrins, avant de préparer les hivernales avec Leo (Billon avec qui il a réalisé notamment une ascension record dans la face nord des Grandes Jorasses, ndlr) comme on l’a fait l’hiver dernier. Mais on va monter un peu le niveau. Et au printemps prochain, retour sur l’Himalaya ! ».
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
