L’Eiger, le Cervin et les Grandes Jorasses en style pur et libre, sans motorisation aucune - à vélo, ski, parapente et course à pied. c’est le dernier défi que vient de relever l’alpiniste français, accompagné par Léo Billon pour les ascensions. « Un vieux projet enfoui dans un coin de ma tête, sorti du tiroir à la dernière minute », raconte-t-il. Aux antipodes de son record de vitesse sur le K2 sans oxygène.
Toujours là où on ne l’attend pas, Benjamin Védrines réussit en ce mois d'avril à nous surprendre avec l’un de ces projets dont il a le secret. Très loin de l’Himalaya où il s’est illustré en juillet avec l’ascension sans oxygène du K2 en 10h 59mn 59s, c’est au cœur des Alpes qu’il s’est aventuré le 6 avril pour un défi inédit : grimper et relier les trois grandes faces nord des Alpes à vélo, ski, parapente et course à pied. Un terrain connu - l’Eiger, le Cervin et les Grandes Jorasses, où les performances de l’alpiniste ne se comptent plus - mais une approche que l’alpiniste décrit comme « sobre, sportive et fidèle à une vision humaine de la montagne ». A ses côtés, pour les ascensions, le discret Leo Billon, son compagnon de cordée de toujours, pote du lycée avec qui d’année en année il réinvente sa pratique.




« Je suis allé au bout de mon idée de départ : relier les faces par mes propres moyens.», écrit-il aujourd'hui sur Instagram. « Léo ne pouvait pas faire autant d'efforts avec les séances de musculation qu'il avait prévues pour l'escalade. Il m'a donc rejoint à chaque ascension, et pendant que je pédalais, il s'accrochait à une poutre d'escalade pour muscler ses doigts. »
Parti le 6 avril, il n’aura fallu que six jours au duo pour boucler l’affaire, sans aucun recours à la motorisation entre les sommets : du vélo pour les vallées, du ski pour les approches, de la course à pied pour les jonctions, et le parapente pour les descentes — notamment un décollage depuis le sommet des Jorasses jusqu’à Chamonix, comme une signature aérienne pour clore cette grande traversée.

Tout commence à Grindelwald. L’objectif : l’Eiger, 3 970 mètres, sa face nord mythique, et la voie Heckmair, ouverte en 1938 dans un mélange de courage et d’inconnu. Première grande face nord des Alpes vaincue, l’Eiger fut longtemps un mur infranchissable. Benjamin et Léo y retrouvent le fil de cette histoire verticale, dans des conditions sèches et exigeantes.
Puis arrive le Cervin, 4 478 mètres, depuis Zermatt. La voie Schmid, ouverte par les frères du même nom en 1931, marque une époque où l’engagement prenait le pas sur la logistique. « Cette ligne directe dans la face nord incarne l’audace et la sobriété. Deux mots qui pourraient résumer tout le projet », selon le communiqué de presse diffusé ce matin.
Enfin, les Grandes Jorasses, 4 208 mètres, via la redoutable McIntyre-Colton, voie de référence dans l’alpinisme moderne, ouverte en 1976. Un itinéraire de mixte long, technique, engagé. Là encore, conditions sèches, escalade complexe, mais une ligne qui parle à toutes les générations d’alpinistes
Après 6 jours d’effort, de contemplation et de lutte, Védrines et Billon ont finalement atterri à Chamonix sous leurs voiles de parapente, après un long vol de plus de 30 minutes.




Sans surprise, chacune de leurs ascensions a été réalisée à un rythme impressionnant, alors même que Benjamin Védrines était affaibli par virus et une activité physique soutenue. Preuve de leur parfaite maîtrise d’un terrain aussi exigeant que complexe. Et ce, sans avoir jamais parcouru ces itinéraires auparavant. Certains, comme la face nord du Cervin, n’avaient même pas encore été gravis cette saison. Le lendemain de leur passage, plusieurs cordées ont d’ailleurs dû faire demi-tour face aux conditions, ou ont été évacuées par voie aérienne. », précise l’équipe.
Pour Benjamin Védrines, « « Ce voyage, c’était de la liberté à l’état pur. J’avançais simplement, à la force de mes jambes, porté par l’amitié, l’envie et l’histoire de l’alpinisme. Une forme de dépouillement qui donnait encore plus d’intensité aux faces que j’ai eu plaisir de gravir avec mon ami Léo ».
On retiendra aussi une petite phrase glissée dans son post sur Instagram « Ces ascensions me permettent maintenant d'envisager plus confortablement les futurs défis dont je rêve. » Ce qui laisse augurer d'autres aventures. « L’alpinisme dans les Alpes n’est pas mort. Il faut juste un peu d’imagination, de passion, et le courage d’inventer sa propre voie. », explique en effet Benjamin Védrines. En attendant, on devrait connaître sous peu tous les détails de ce dernier enchaînement en images : Quentin Degrenelle, leur soutien technique qui a assuré les transitions, le suivi et l’intendance, ayant beaucoup filmé tout au long de leur périple.
Compte rendu détaillé
• 06 avril : Grindelwald - Eigergletscher à ski.
• 07 avril : Face nord Eiger ; voie Heckmair en 4h10. Transition sur Fiesch par le glacier d’Aletsch. Ski / parapente.
• 08 avril : Fiesch - cabane d’Hornli. Vélo / ski / marche.
• 09 avril : Face Nord Cervin ; voie Schmid en 5h40. Transition sur Visp. Ski / vélo.
• 10 avril : Visp - Montenvers. 120 kilomètres de Vélo / 1000 mètres de dénivelé en marche.
• 11 avril : Face Nord Grandes Jorasses ; voie Colton McIntyre en 4h20. Retour sur Chamonix en parapente.
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