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Ruth Croft UTMB 2025
  • Aventure
  • Trail Running

Avec les victoires de Tom Evans et Ruth Croft à l’UTMB, Joseph Mestrallet fait basculer l’ultra-trail dans l’ère de la data

  • 2 septembre 2025
  • 13 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Samedi dernier, le Britannique Tom Evans et la Néo-Zélandaise Ruth Croft remportaient leur premier UTMB (177 km et plus de 10 000 m de D+). Deux traileurs soutenus par le même coach, Scott Johnson. Mais à leurs côtés aussi, à Chamonix cette semaine, et surtout dans les coulisses depuis des mois, un certain Joseph Mestrallet, 28 ans, jeune mathématicien dont les analyses de datas ont joué pour beaucoup dans ces podiums. De quoi changer la donne dans le trail professionnel, mais également pour le commun des coureurs, ne cache pas cet homme discret, aux allures de nerd, à l’origine d’Enduraw, un laboratoire de recherche sur la performance dont on n’a pas fini d’entendre parler. Sa méthode, ses objectifs, les limites et l’avenir des datas dans le sport… il détaille tout dans la longue interview qu’il nous a accordée.

Petites lunettes rondes cerclées, une allure de matheux mais un profil de demi de mêlée, Joseph Mestrallet, passionné d’algorithmes et doté au demeurant d’un joli CV de traileur, n’est pas passé inaperçu la semaine dernière à l’UTMB auprès de ceux qui suivent le parcours de Ruth Croft et de Tom Evans, deux athlètes qui ont bénéficié de ses précieux conseils d’optimisation des performances. Deux ans déjà qu’il accompagne la Néo-Zélandaise, un an à peine pour le Britannique. Résultat : tous deux ont décroché le Graal samedi dernier, la plus haute marche du podium de l’UTMB, faisant ainsi du Français le troisième vainqueur de l’épreuve reine. Un homme de l’ombre qui, entre deux courses en montagne, a monté son « laboratoire de la performance », baptisé Enduraw, contraction d’endurance et de raw, pour data brute. Son objectif premier ? Fournir un accompagnement ultra-personnalisé aux athlètes via les datas, mesures et algorithmes. L’aboutissement de ses deux passions, les maths et le trail, à l’issue d’un parcours studieux et redoutablement efficace.

Prépa à Neuilly-sur-Seine, école d’ingénieur (l’ENSEA), ce passionné de sports est aussi diplômé depuis 2022 du Master Entrepreneurs X-HEC, formation qu’il a intégrée en mode « entrepreneur ». L’occasion pour lui de faire un tour par la Californie et l’université de Berkeley, au cœur de la Silicon Valley, et d’y rencontrer le CEO de Strava. Un contact qui, dans le cadre de sa thèse de Master, lui a permis d’exploiter les données des usagers de ce réseau social et de se constituer un solide carnet d’adresses : d’abord Petter Engdahl, vainqueur de la CCC (2022), puis Ruth Croft, vice-championne du monde de trail, déjà deux victoires à l’OCC (2018 et 2019) et une autre à la Western States (2022). À son retour en France, les fondations de son projet Enduraw étaient posées. Mais la bataille loin d’être gagnée, comme nous l’explique ce « Mr Data » installé à Chamonix, auquel les athlètes mais aussi les marques font les yeux doux aujourd’hui.

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Vous vous présentez comme « performance scientist ». Qu’est-ce que vous entendez exactement par là ?

C’est vraiment le terme que j’utilise. Pourquoi performance scientist ? Pour moi, c’est à la frontière entre le data scientist et le sport scientist. Le data scientist, c’est quelqu’un qui fait des mathématiques et qui est chargé d’optimiser tout ça grâce aux maths. Mais dans le monde professionnel classique, un sport scientist, c’est quelqu’un qui a fait des études plus orientées STAPS, donc vraiment des études de sport, et qui est chargé aussi de l’optimisation de la performance à travers sa connaissance de la physio, de la nutrition, etc. Du coup, pour moi, le performance scientist, c’est un terme que j’ai presque créé, c’est comment utiliser la data pour optimiser la performance. Il ne remplace pas un coach, il intervient en complément.

Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

Aux États-Unis, j’ai été pas mal marqué par le film sur le baseball Moneyball quand il est sorti [l’histoire vraie de Billy Beane, directeur des Athletics d’Oakland, qui a formé son équipe en misant sur les statistiques, convaincu que toutes les conventions du baseball étaient fausses]. Et sinon, peut-être en Norvège, Olav Aleksander Bu [athlète et data guru à l’origine du boom de l’équipe nationale de triathlon].

De votre côté, que pensez-vous apporter aujourd’hui ?

Je pense que j’apporte une maîtrise encore plus poussée des mathématiques, notamment en data science, j’essaye d’être vraiment bon là-dessus. Et le deuxième point, ce serait… que pour être un bon performance scientist, il faut être très, très bon dans le domaine dans lequel on intervient, c’est-à-dire ici, le trail. J’ai une connaissance assez précise du trail. Et je ne serais pas bon dans mon métier si je n’étais pas coureur.

Est-ce que vous avez amélioré vos propres performances via votre méthode ?

Oui, je suis un peu mon propre cobaye à ce niveau-là. Je teste pas mal de choses, notamment sur la sudation, sur le travail en altitude aussi. J’ai créé une chambre où j’enlève l’oxygène chez moi pour tester différents types de protocoles. Je fais des protocoles assez structurés pour voir comment mon corps réagit et comment je peux le pousser.

Sur votre site, Enduraw, vous parlez de laboratoire : physiquement, c’est quoi ?

J’ai créé Enduraw il y a trois ans, aujourd’hui c’est une équipe de six personnes. On a un petit laboratoire où on peut faire des tests. Est-ce que je pense passer à la vitesse supérieure maintenant, notamment suite à mes résultats à l’UTMB ? Oui, bien sûr. Mon but, c’était pendant ces trois premières années de devenir un expert mondial, voire même l’un des meilleurs du monde dans ce domaine. Il y a encore beaucoup, beaucoup de travail à faire, mais au moins, ça nous donnera plus de financements, notamment auprès des marques de capteurs, pour faire du travail de meilleure qualité et essayer d’aller toucher d’autres sports.

On dit que vous aviez prévu la double victoire de Ruth Croft et de Tom Evans, c’est vrai ?

Oui, ça fait deux ans que je bosse dessus ! La victoire, il n’y avait pas d’autre objectif. Et samedi, j’étais trop heureux pour être surpris. C’est tout un travail de l’ombre et surtout, c’est tout le travail de Tom et de Ruth qui ont été concentrés du début à la fin. Ils ont appliqué le plan et tout ce qui avait été dit avec le coach, avec leur assistance, etc. Ils ont été d’une lucidité vraiment folle et du coup, j’étais vraiment trop content !

Tom Evans UTMB 2025
(UTMB / Gabriele Facciotti)

Là, vous avez eu affaire à deux athlètes exceptionnels, non seulement par leurs performances, leur potentiel, mais aussi pour leur sens de l’abnégation. Des élèves parfaits, en fait.

Oui, le terme d’élève est très, très adapté. Moi, j’utilise plutôt celui d’athlète, mais maintenant, on va aussi pouvoir parler d’amis parce que ce sont des moments forts qu’on a été amenés à vivre. Et oui, en fait, les termes de perfect pupils ou students sont vraiment associés parce qu’il faut être très, très dédié dans ce genre de performances et de démarches. Sinon, ça ne marche pas.

L’objectif est-il atteint à l’UTMB ou est-ce qu’ils auraient pu faire encore mieux ?

Non, mon but, c’était d’optimiser la performance physiologique, qu’ils donnent le maximum de ce qu’ils pouvaient faire. Et là, comme ils font un 950 en code UTMB, avec l’état du jour et la forme du jour, je ne sais pas si ça aurait été vraiment possible. Du côté de Ruth, elle a un peu craqué sur la fin. Elle n’était pas vraiment adaptée aux conditions météo parce que c’est une athlète qui vient de Nouvelle-Zélande et elle passe beaucoup de temps dans des conditions chaudes. Elle n’a jamais vraiment vécu d’hiver depuis une quinzaine d’années, puisqu’elle déménage en France pour les compétitions. Donc je pense que cette météo-là ne l’a pas vraiment aidée, mais elle a quand même réussi à gagner. En même temps, elle avait travaillé sur sa défaite lors d’une précédente course où elle avait souffert d’hypothermie, avec un abandon [ la Transvulcania ]. Pour le coup, c’était un très bon indicateur pour elle pour se rendre compte qu’il fallait beaucoup se couvrir. Et en fait, je suis très content qu’elle ait abandonné et qu’elle ait eu cette mauvaise expérience.

Comment avez-vous travaillé avec ces deux athlètes ? Comment tout a commencé et qu’avez-vous obtenu avec eux ?

Tout a commencé à Berkeley, je faisais une master thesis sur le sport. Du coup, j’ai commencé à discuter avec des athlètes. Le premier, c’était Petter Engdahl. C’était plutôt positif. Je lui ai fait un plan de pacing sur sa CCC en 2022 [ qu'il a gagnée] et après, au fur et à mesure, grâce à lui et surtout grâce au copain de Ruth, Martin [Martin Gaffuri, son compagnon, coureur, entrepreneur, commentateur et coach mental], que je connaissais, j’ai été mis en contact avec Ruth. On a commencé ensemble pour l’année 2023. Cette année-là, elle n’a pas pris le départ parce qu’elle est tombée malade la semaine avant. En 2024, elle a fait une magnifique deuxième place à l’UTMB et enfin, en 2025, elle a remporté la victoire. J’ai travaillé directement avec le coach, Scott Johnson, qui est également celui de Tom. C’est vraiment intéressant : on vient monitorer, voir quand est-ce qu’ils vont bien, quand est-ce qu’ils ne vont pas bien, s’ils poussent trop loin, s’ils ne vont pas assez loin dans l’entraînement. Je les aide pas mal là-dessus et bien sûr aussi sur le plan de pacing, pour leur donner la bonne allure.

En deux ans, vous avez vu évoluer Ruth.

Je pense que oui. Elle est vraiment beaucoup, beaucoup plus forte aujourd’hui. Mais ce n’est pas grâce à moi : c’est parce qu’elle s’est entraînée dur et qu’elle a eu un coach incroyable, etc. Mais oui, effectivement, elle a énormément progressé et, surtout, elle a adapté son profil pour aller gagner l’UTMB, alors qu’elle était jusque-là plus performante sur des épreuves rapides comme la Western States.

Quels étaient les points sur lesquels elle devait vraiment travailler pour parvenir à son but, l’UTMB ?

Le fait d’avoir plus de puissance musculaire en montée, donc le hiking, un point important, et surtout l’utilisation des bâtons.

Comment s’est passée votre rencontre avec Tom Evans ?

C’était le lendemain de l’UTMB de l’année dernière. Il venait d’abandonner pour la deuxième fois et, en fait, il a la même coach que Ruth. Du coup, il voit son plan de briefing pour la course de 2024 et il m’appelle. Il me dit : « Joseph, on ne se connaît pas, mais je pense qu’on devrait travailler ensemble. » Et c’est comme ça que ça a commencé. Pour le coup, c’était vraiment intéressant, j’étais super content, parce que Tom est un athlète que je suivais depuis longtemps et que j’aurais adoré avoir dans mon équipe. Il cochait un peu toutes les cases. Mais j’attendais qu’il vienne vers moi, et là, ça a été le cas. Donc c’était vraiment sympa.

Tom Evans UTMB 2025
(UTMB / Marta Baccardit)

Donc votre démarche, c’est que les athlètes viennent vers vous ? Ou est-ce que vous en avez sollicité certains parce qu’ils faisaient partie de vos cibles ?

Non, le but, c’est vraiment de les laisser venir. Parce que je pense que ma démarche est tellement exigeante, elle demande tellement de dédication qu’il faut vraiment qu’ils soient à 200 % dedans. C’est pour ça que j’attends qu’ils viennent vers moi, qu’ils manifestent ce besoin et cette envie d’une approche scientifique.

Vous devez être pas mal sollicité depuis samedi ?

Oui, j’ai coupé le téléphone, je n’ai pas encore tout regardé, mais il y a eu beaucoup de demandes. Des athlètes de haut niveau, et pas seulement dans le trail. Des marques aussi m’ont approché, et ça, c’est vraiment intéressant de voir qu’elles veulent mettre ce service à disposition de leurs athlètes.
Aujourd’hui, nous travaillons déjà, notamment via Nutripure, une boîte de nutrition, avec Quentin Fillon-Maillet, champion olympique de biathlon, mais aussi avec Perrine Laffont en ski de bosses. Avec Cassandre Beaugrand [championne olympique de triathlon], on devrait commencer à travailler, mais rien n’a encore été fait. J’ai aussi collaboré avec la Fédé, pour les Jeux Olympiques de Paris, sur le marathon. Quant aux athlètes amateurs, nous sortons des plans un peu plus grand public, pour répondre à cette demande de manière plus automatisée.

Concrètement, comment travaillez-vous avec les athlètes ?

On travaille pas mal à distance, parce que Tom habite au Royaume-Uni et Ruth en Nouvelle-Zélande. Mais on se voit beaucoup en compétition, peut-être 5 ou 6 fois dans l’année. En plus de ça, Tom est venu habiter deux mois à Chamonix et Ruth, trois ou quatre mois à Annecy. Donc on s’est beaucoup vus. C’est important pour créer de la légitimité et de la confiance.

Il y a beaucoup d’indicateurs dans le suivi de la performance. Quels sont ceux qu’il est important de privilégier, selon vous ?

J’essaie de trouver le facteur limitant et de réussir à l’optimiser en poussant sur d’autres facteurs. Mais je dirais : tout ce qui touche à la durabilité, et aussi la température corporelle, comment l’estimer et éviter qu’elle monte trop haut. Ensuite, tout ce qui concerne la mécanique, notamment musculaire.

Votre sujet de prédilection semble être le pacing. Est-ce que ça reste vrai ?

Oui, parce que je pense que pour être expert du « D-Day », le jour J de la course, c’est ce qui est le plus intéressant. Pour deux raisons : d’abord l’environnement extérieur de la performance, à savoir le vent, l’humidité, la lumière, le dénivelé, la technicité, etc. Ce sont des points cruciaux. Ensuite, surtout, la notion d’équilibre énergétique : comprendre de quoi a besoin l’athlète et lui fournir les bonnes quantités de glucose pour qu’il reste performant pendant toute la course.

Quelles sont, selon vous, les limites actuelles de la data et des outils disponibles ?

La principale, c’est l’adhésion de l’athlète. Je suis persuadé que la data ne peut pas fonctionner avec tout le monde, et ce n’est pas grave : c’est normal, il faut faire avec. Le deuxième point, c’est la qualité des données. C’est pour ça qu’on travaille avec des boîtes de capteurs pour obtenir de meilleures données, en leur faisant des retours sur leurs produits. En data, on dit souvent : « garbage in, garbage out ». C’est fondamental : si les données en entrée sont mauvaises, les prédictions en sortie le seront aussi.

Suite au dernier UTMB, certains s’inquiètent et disent que le trail est en train de se dévoyer en devenant trop dépendant de la data. Qu’en pensez-vous ?

Franchement, pas grand-chose. Je fais mon boulot sérieusement et avec passion. Bien sûr, il faut garder « l’esprit trail », mais le sport se professionnalise. Et je trouve qu’en France, on ne prête pas assez attention à la science de l’entraînement. C’est dommage, et on prend du retard. Quoi qu’il arrive, la vague scientifique va prendre le dessus, car si des athlètes commencent à gagner grâce à ça, tout le monde s’y mettra.

Vous êtes vous-même trailer et vous parlez beaucoup de la notion de plaisir et de feeling.

Je suis passionné par ça. J’habite à Chamonix, je passe ma vie en montagne. Honnêtement, je pense qu’on peut combiner sensations et datas. En France, on a tendance à les opposer, alors que la sensation, c’est déjà une data. Donc ça n’a pas vraiment de sens. On peut vraiment faire les deux en symbiose.

Vous êtes fasciné par deux sports très liés à la data: la F1, mais aussi le cyclisme, marqué par des dérives. Craignez-vous que l’arrivée de la data affecte le trail ?

Non, la data en soi ne pose pas problème. C’est l’argent. Quand il y en avait peu, les athlètes couraient l’UTMB pour le prestige. Aujourd’hui, avec l’argent, les appétits s’aiguisent, que ce soit du côté des athlètes, des team managers, des agents, etc. Cela attire aussi des personnes potentiellement mal intentionnées. C’est pour ça que je milite pour plus de contrôles antidopage en trail. On ne peut pas être un sport pro sans contrôles antidopage automatiques et très larges. Il faut y faire attention, aussi bien chez les coureurs européens que kenyans, qui s’intéressent de plus en plus à ce sport.

À une autre échelle, on trouve le coureur lambda, mais souvent engagé. L’analyse des datas peut-elle le faire rêver ?

Oui, et c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup. Ce que j’appelle la trickle-down theory, la théorie du ruissellement : comment faire bénéficier les amateurs des technologies de haut niveau ? Déjà, parce que c’est motivant de voir notre travail arriver jusqu’au grand public. Mais aussi parce que je me pose une question de sens : qu’est-ce que j’apporte à la société ? Si je fais seulement gagner quelques secondes à un élite sur l’UTMB, ce n’est pas grand-chose. Par contre, toutes ces recherches sur les filières énergétiques peuvent aussi aider des personnes diabétiques ou en souffrance.

Vous travaillez aussi avec des entreprises. On a entendu parler de contacts avec LVMH par exemple ?

Avec LVMH ? Non, pas encore. Mais on va peut-être essayer de développer des formations pour des cadres de haut niveau. Pour l’instant, rien n’est fait.

Et ça pourrait se traduire par quoi, ce travail avec des dirigeants ?

Par l’optimisation de ce qu’on applique aux athlètes : sommeil, sport au quotidien, récupération. Ces cadres ou « high potentials » subissent une pression énorme. Ils doivent être au top physiquement pour rester performants. J’aimerais leur permettre d’être aussi optimisés que les athlètes de haut niveau. Cela touche à la nutrition, au sommeil, à un peu de sport, mais aussi au suivi de leurs activités, pour éviter non pas le surentraînement mais le surmenage au travail. Pour ces profils-là, l’impact peut être énorme.

Ce qu’on pourrait aussi appliquer aux responsables politiques ?

Exactement.

Avez-vous déjà des contacts dans l’industrie ou la politique ?

Non, pas encore. Ça viendra, je pense. Mais pour l’instant, je veux être le meilleur dans mon domaine, avant de décliner ça ailleurs.

Vous semblez assez sûr de vous. Les résultats plaident en votre faveur. Y a-t-il malgré tout des points qui vous questionnent encore ?

Je ne sais pas si je suis sûr de moi. Mais je crois en ma méthode, ça, c'est sûr et certain. Après, je pense qu’on n’est encore qu’à 20 % de ce qu’on peut faire en termes de précision et de compréhension du corps humain. Même les médecins ne comprennent pas tout : les filières énergétiques, les saturations à l’effort, etc. Donc oui, plein de questions restent ouvertes et on va tenter d’y répondre dans les prochaines années.

Avant d’en arriver aux moyens dont vous disposez aujourd’hui, vous avez connu des débuts difficiles. Certains pensaient que ça ne marcherait pas…

Oui. Il y a trois ans, quand on parlait de data et de sport, personne n’y croyait. J’avais fait une mini-conférence, et quelqu’un m’avait écrit : « Attends, il y a une erreur dans le titre. On ne peut pas mettre maths et sport dans la même phrase. » La société n’était pas ouverte à ça, surtout en France. Même mes parents ou mon banquier me disaient d’arrêter, qu’il n’y avait aucun débouché, que c’était une perte de temps. C’est un peu comme toutes les startups...

Quel a été le déclic ?

Il n'y a pas eu un moment unique, mais plein de petites victoires. Le fait d’accompagner Petter, d’avoir le contact de Ruth, de bosser pour les JO, d’obtenir des résultats. Tout ça a jalonné mon parcours et m’a donné confiance. Mes parents, aujourd’hui, sont fiers. Ma mère, qui ne suivait pas le sport, commence à connaître tous les athlètes !

Quelle est la prochaine étape ? Directeur de course, par exemple ?

Je ne sais pas. Déjà quelques jours de vacances (rires). Ensuite, accompagner Cassandre [Beaugrand], qui a brillé aux JO [médaille d'or au triathlon]. Continuer à vulgariser cette approche data, via LinkedIn, Instagram, peut-être un livre. Et pourquoi pas viser un jour le record de l’UTMB, qui sait ?

Pour nos lecteurs, souvent des coureurs aguerris : quel conseil donneriez-vous concernant les datas ?

De ne pas trop les regarder ! Pour les amateurs, la notion de plaisir doit rester fondamentale. Pour les élites, c’est leur métier, leur vie, leurs sponsors. Mais pour un amateur, il ne faut pas se noyer dans les chiffres. Il existe déjà des outils intéressants, et d’autres arriveront, notamment via Enduraw ou Nutripure. Quant aux IA, certaines boîtes de coaching les utilisent déjà, avec succès parfois. Et, honnêtement, ça peut très bien fonctionner.

Comment voyez-vous l’évolution du trail de haut niveau ?

Je suis assez optimiste. Je trouve bien de comprendre, de modéliser un peu le monde qui nous entoure, notamment le corps humain, typiquement celui des athlètes. Je pense que ça va être intéressant. Ça va permettre de professionnaliser les différents sports, mais aussi de générer de la passion, même de l'envie. Ça va permettre de structurer un peu plus les filières jeunes.

Quel est votre prochain gros chantier ?

Ouh là ! Cet UTMB a été un peu un exutoire. Donc je dirais : continuer à accompagner les athlètes. Et puis, bien sûr, en ligne de mire : Los Angeles 2028.

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