Au cours de l’ hiver 2020-2021, 39 personnes sont décédées à la suite d'une avalanche. Soit le double de la moyenne de 20 morts par an depuis 50 ans. Du jamais vu, annonce l'association ANENA dans son bilan provisoire. En cause ? La météo, mais aussi ... le Covid.
Ce n’est qu’un bilan provisoire, mais déjà il s’annonce exceptionnellement lourd, vient d’annoncer l'ANENA, l'Association nationale pour l'étude de la neige et des avalanches, structure de référence en la matière, basée à Grenoble. Alors que les stations de sports d'hiver sont restées fermées toute la saison 2020-2021, les montagnes françaises ont connu un nombre de victimes plus élevées qu'aucune autre année récente, du fait des avalanches. 39 personnes ont ainsi perdu la vie. Quel est le profil des victimes, quelles sont les zones les plus touchées. Et surtout pourquoi ?
Que retenir des chiffres ?
À fin mai, l’ANENA a recensé 134 coulées de neige (impliquant au moins une personne emportée), 221 personnes emportées, 29 accidents aux conséquences mortelles et 39 décès. Ce chiffre est le double de la moyenne de 20 morts par an depuis cinquante ans, or la tendance était à la baisse depuis 2011. Les moyennes annuelles observées depuis 1971- 1972 tournant autour de 20 accidents mortels par an et 30 décès par an.Ce bilan est certes provisoire - les données sont compilées sur une saison courant de début octobre à fin septembre – mais il est particulièrement inquiétant quand on sait que les moyennes relevées chez nos voisins sont bien moins élevées : 27 décès en Suisse, contre une moyenne de 24 et 26 décès en Italie, contre, une moyenne de 20 décès. Mais il est vrai que ces deux pays ont laissé leurs stations ouvertes, et notamment leurs remontées mécaniques, durant tout ou partie de la saison, ce qui pourrait expliquer en partie cette différence. Le profil des victimes françaises étant très éclairant sur ce point.

Qui sont les victimes ?
Presque toutes sont des skieurs de randonnée. Soit 37 des 39 décès survenus lors de 27 accidents. Une explosion, comparée à la moyenne de 13,2 décès par an pour 9,6 accident mortel par an observés en moyenne sur les vingt dernières années. Soit près de 3 fois plus d’accidents mortels et de décès en randonnée à ski qu’en moyenne sur les deux dernières décennies.
A noter que parmi les victimes, on relève plusieurs professionnels, guides, moniteurs, sans parler de skieurs très aguerris, sans doute piégés par des conditions inhabituellement hivernales pour la période, notamment en mai où on a relevé 7 accidents mortels pour 16 décès (la moyenne sur cette période se situant plutôt aux environ de 1 mort). En cause aussi, peut-être une sur fréquentation des sites relatives sûrs, occupées par toute une vague de nouveaux skieurs de rando, qui pourrait avoir conduit les plus aguerris à aborder des faces moins courues, mais aussi plus risquées, comme nous l’expliquions déjà en janvier dernier dans l’un de nos articles.

Quelles sont les zones les plus touchées ?
Comme les autres hivers, proportionnellement au nombre de pratiquants, ce sont les Alpes qui payent le plus lourd tribu. Et notamment la Savoie, avec 16 morts pour 37 accidents et la Haute -Savoie, cinq morts pour 27 accidents. Les Pyrénées ne totalisant «que » 1 mort, de même que les Vosges.
Pourquoi un tel bilan ?
- Des conditions météo exceptionnelles
Les manteaux neigeux ont globalement été instables en altitude (au-delà de 2300/2500), durant une grande partie de la saison dans les Alpes, où la météo a oscillé entre perturbations neigeuses et phases de beau temps, relève l’Anena. Phénomène qui s’est prolongé en mai, mois caractérisé cette année par des températures en deçà des normales saisonnières et des chutes de neige jusqu'à moyenne altitude. De quoi déclencher un grand nombre d'avalanches mortelles. - L’impact indirect du Covid
Privés de remontées mécaniques, les skieurs se sont reportés sur le ski de randonnée. Un environnement peu familier pour la plupart d’entre eux, supposant un minimum de compétences techniques et de connaissance de la montagne (gestion du risque avalanche, paramètres météo, itinéraire, notamment. ). Et ce alors même que les conditions météos étaient souvent défavorables. Certains, déjà frustrés par une saison 2019-2010 brusquement stoppée en mars dernier par le premier confinement, se sont peut-être montrés plus aventureux mais plus inconscients aussi. Enfin, autre facteur non négligeable, lié lui aussi à la pandémie, les domaines skiables ont été moins sécurisés que d’habitude, suite à l’arrêt des remontées mécaniques.

Pour accéder au bilan détaillé (sites, nature des accidents etc), c’est ici.
Sur le même thème, lire aussi : Hausse des accidents de ski de rando : les skieurs les plus expérimentés parmi les plus touchés
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