187 mètres, des petits carreaux particulièrement propices à l’escalade, la Tour TotalEnergies, à La Défense, a de quoi séduire les grimpeurs. Parmi ses adeptes, Alain Robert, l’un des grimpeurs français les plus connus du grand public, qui depuis des années en a fait son building fétiche. Il y est d’ailleurs retourné samedi dernier, accompagné cette fois de Seb Bouin, un falaisiste ayant l’habitude de signer des performances de très haut niveau. Une rencontre atypique et une ascension qui questionnent sur son message... si tenté qu'il y en ait un.
Samedi 28 septembre. Un duo de légende apparaît sur les réseaux sociaux. Alain Robert, aka « le Spiderman français » reconnu pour ses solos d’ampleur, et Seb Bouin, l’un des plus grands falaisistes au monde à qui l’on doit le deuxième 9c (la cotation la plus difficile jusqu’à présent) de l’histoire. Deux stars de la grimpe. Deux disciplines, le solo intégral pour l’un, la performance en falaise pour l’autre. Deux générations. Une rencontre entre deux géants. De quoi attirer l'attention des passionnés d’escalade, qui n’ont pu qu’être surpris par l’ascension de Seb Bouin d’une des tours de du quartier d'affaires de La Défense, à Paris. Les commentaires ne se sont pas fait attendre : À quoi bon aller risquer sa vie là-bas ? Quel est l’intérêt de gravir un building pour lui, l’adepte des plus beaux spots outdoor ? Et surtout… pourquoi poser ses chaussons sur le siège de TotalEnergies, multinationale climaticide ?
Une communication maladroite
En rendant cette tour visible sur les réseaux, et par ricochet dans les médias, Seb Bouin et Alain Robert ne font-ils pas indirectement la promotion de TotalEnergies ? Une multinationale climaticide à laquelle s'attaquait en mai dernier les "Scientifiques en rébellion" dans une tribune publiée par Le Monde. Ce collectif regroupant plusieurs co-auteurs de rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) reprochait au pétrolier de « distordre les faits scientifiques pour rendre sa politique de développement faussement compatible avec les objectifs climatiques », de « dénigrer les scientifiques », mais aussi d'« entretenir » l’argument de « la dépendance de nos sociétés aux énergies fossiles ». En réponse, les grimpeurs ont affirmé n’avoir aucun lien avec le pétrolier. Et il est vrai qu'outre le logo de l’entreprise sur les photos de leur ascension, qu’ils ont été obligés de conserver puisque ce dernier est extrêmement visible sur le building, Seb Bouin et Alain Robert ne font nulle publicité de la multinationale.
La communication est maladroite. Le choix du projet également. Mais il serait assez simpliste de condamner Alain Robert et Seb Bouin pour cette ascension. « Récemment, on nous a beaucoup demandé ce que nous revendiquions avec ce solo » a expliqué ce dernier. « Je n'ai pas trop pensé à un message à revendiquer avant et après le solo. Il me semble évident que nous célébrons la vie et la liberté ! La capacité de vivre pleinement, de poursuivre nos rêves, de sentir nos cœurs battre, et d'être libres d'agir et de penser. Nous sommes peut-être en train d'éveiller les esprits avec un geste audacieux : ‘Et s'il tombe ? C'est la mort ?’, ‘Mais pourquoi faire ça ?’. Parce que cela nous fait rêver, parce que nous nous sentons vivants, et parce que la vie est précieuse ».
« Nous avons choisi cette tour pour sa structure, pas pour son propriétaire »
Une justification un peu candide peut-être dans ce contexte. Mais qui semble souligner en effet la réelle intention des deux grimpeurs : se concentrer sur l’ascension en elle-même et sur ce qu’elle a à leur apporter. Ni plus ni moins.
A moins que ce projet n’ait au final qu’une banale visée marketing pour Seb Bouin ?, avancent certains. Car si le solo est la marque de fabrique d’Alain Robert, le soudain attrait de son partenaire du jour pour la discipline ne peut qu’interroger. Le grimpeur français a-t-il vu dans cette ascension un moyen de valoriser son exposition médiatique ? Et donc de faire parler de lui au-delà des magazines spécialisés ?
C'est peut-être lui prêter des intentions bien loin de ses préoccupations. Car gravir la Tour TotalEnergies, c’était avant tout un moyen pour Seb Bouin de mettre un pied dans le monde du solo intégral. Mais aussi de rencontrer une autre légende de l’escalade dans son élément. « Le solo, c'est la seule façon dont j’envisage l’escalade » nous expliquait d’ailleurs Alain Robert, l’un des grimpeurs français les plus connus du grand public, dont Alex Honnold avait souligné les exploits. Car si les ascensions de ce dernier, largement médiatisées, suscitent tantôt admiration tantôt agacement, il n’en demeure pas moins l’un des meilleurs grimpeurs de sa génération, à qui l’on doit, outre ses 170 buildings gravis, deux solos en 8b (et plus d’une dizaine en 8a/+), à une époque où le niveau, encordé, plafonnait au 8c.
Ajoutons également que la Tour TotalEnergies est l’une des tours les plus emblématiques dans le monde de la grimpe urbaine. Ce qu’elle doit à ses 187 mètres, ses 49 étages et surtout à ses petits carreaux propices à l’escalade. On comprend donc pourquoi Alain Robert l’a gravie près d’une quinzaine de fois. Et les raisons qui ont conduit Seb Bouin à se lancer dans cette ascension lui aussi. Ce qu’il a d’ailleurs expliqué sur Instagram : « Nous avons choisi cette tour pour sa structure, pas pour son propriétaire » a-t-il conclu. Soit. Reste que dans le contexte actuel, mettre ainsi en lumière une tour aussi symbolique ne peut que malheureusement servir Total et prêter à confusion sur l'intention des grimpeurs.
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