S'abonner Se connecter
Outside
Outside : aventure training voyage culture
  • Aventure
  • Santé
  • Voyage
  • Société
  • Équipement
  • Films
  • Podcasts
Sauvetage parapente saint-Eynard
  • Aventure
  • Survie

Agrippé au rocher, un parapentiste s’en sort indemne après une fermeture de voile et trois impacts contre la falaise

  • 18 août 2026
  • 4 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Un treuillage direct était impossible. Pour atteindre Pierre, immobilisé sur une vire de 80 centimètres après trois impacts contre la paroi du Saint-Eynard, les sauveteurs de la CRS Alpes ont dû se faire déposer à une soixantaine de mètres de lui, puis progresser dans un rocher délité. Indemne, le parapentiste les a attendus près de trois heures, agrippé à la falaise. Récit d'une intervention délicate.

Dimanche 16 août, Pierre avait décollé de Saint-Hilaire-du-Touvet avec un ami. Vers 13h30, il évoluait au-dessus du Saint-Eynard. « C’est un pilote expérimenté, il n’est pas arrivé là par hasard », précise Benjamin Valla, major de police et responsable de l’unité grenobloise de la CRS Alpes. Pierre, 53 ans, venait notamment d’obtenir sa qualification de pilote biplace.

« Il a subi une fermeture de voile assez haut, à 1 900 mètres, et une partie de sa voile s’est emmêlée dans les suspentes », raconte Benjamin Valla. Le pilote a d’abord tenté de rétablir la situation selon les procédures habituelles. Sans succès. Il a alors déclenché son parachute de secours. « Mais celui-ci n’est pas dirigeable. Une fois son parachute stabilisé, Pierre a été ramené vers la falaise. Il l’a percutée à trois reprises, en essayant chaque fois de se repousser avec les pieds, jusqu’à ce qu’il s’immobilise sur une minuscule vire rocheuse, en pleine paroi », poursuit le major. Les images, largement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent Pierre immobile sur cette plate-forme de fortune, encore emmêlé dans sa voile. « La vire faisait environ 80 centimètres sur 80. Elle était caillouteuse, irrégulière et légèrement déversante. Pour se tenir, il n’avait que des prises plates dans un rocher de mauvaise qualité. Il était plus facile d’en glisser que de s’y maintenir », décrit Benjamin Valla. Le rocher, particulièrement délité dans ce secteur de la falaise, fragilisait ses appuis et allait également compliquer l’approche des sauveteurs.

« Il n’était pas blessé, ce qui lui a certainement sauvé la vie », estime Benjamin Valla. Dans cette position, la moindre blessure aurait pu l’empêcher de se maintenir. Sa voile principale était passée au-dessus de lui et se trouvait en partie sous son corps. Pierre est parvenu à s’en dégager. Toujours reliée à sa sellette, elle risquait, en se regonflant ou en se chargeant de pierres, de l’entraîner dans le vide.

Sauvetage parapente saint-Eynard
(CRS Alpes Grenoble)

Atteindre Pierre sans provoquer sa chute

Le compagnon de vol de Pierre donne l’alerte au 112. Pierre parvient également à contacter les secours. Près de trois heures s’écouleront avant son évacuation. « Heureusement, l’équipage de la Sécurité civile était disponible, avec deux sauveteurs de la CRS Alpes présents à la base du Versoud », précise Benjamin Valla.

Reste à atteindre Pierre sans provoquer sa chute ni déstabiliser la paroi. « Un hélitreuillage direct était impossible : le souffle de l’appareil risquait de provoquer des chutes de pierres, de regonfler la voile et de projeter Pierre dans le vide », explique Benjamin Valla. Les deux sauveteurs se font donc treuiller sous des surplombs, à une soixantaine de mètres de lui. Une fois dans la paroi, ils installent des relais permettant à un troisième sauveteur de les rejoindre, puis équipent ensemble une traversée à l’aide de cordes fixes pour progresser jusqu’à Pierre. La mauvaise qualité du rocher, constitué de strates particulièrement friables, complique encore la manœuvre. Une fois auprès du parapentiste, les sauveteurs le sécurisent, toujours harnaché dans sa sellette. La zone désormais sécurisée, l’hélicoptère peut s’approcher et l’évacuer au bout d’un câble déroulé sur environ 90 mètres.

Sauvetage parapente saint-Eynard
(CRS Alpes Grenoble)

C'est un miraculé.

« Une fois sa voile larguée, le plus gros problème était de rester relativement serein. Heursement, sur cette vire, il n'était pas en état de panique, raconte Benjamin Valla. Il y a quand même tous les phénomènes physiologiques liés à l’adrénaline quand on subit un accident de telle sorte. On est dans des phases un peu euphoriques. Une fois la victime sortie de la zone de danger, on a vite fait de décompenser et de réaliser qu'on a frôlé la mort de très près. » C’est ce qui semble être arrivé à Pierre dans l’hélicoptère. « Dans la machine, il y a eu un petit coup de moins bien, souffle Benjamin Valla. Ce qui était juste légitime au regard de ce qu’il venait de vivre. Il réalisait qu’il avait eu très, très chaud. »

Sauvetage parapente saint-Eynard
(CRS Alpes Grenoble)

Malgré sa chute et les trois impacts contre la paroi, les secours n’ont constaté aucun traumatisme important. « Face à une victime qui a heurté plusieurs fois la paroi, on commence par la sécuriser et par réaliser un bilan de secourisme », explique Benjamin Valla. L’adrénaline peut en effet masquer temporairement certaines douleurs ou certains symptômes, notamment ceux d’une hémorragie interne. Pierre s’en est finalement sorti avec pour seule blessure une lésion au doigt.

Sauvetage parapente saint-Eynard
(CRS Alpes Grenoble)

Une fermeture de voile encore inexpliquée

À ce stade, rien ne permet de déterminer ce qui a provoqué la fermeture de la voile de Pierre. Le pilote connaissait bien le Saint-Eynard, un site réputé pour ses thermiques, mais aucun élément ne permet d’attribuer l’accident à une particularité du secteur. L’accident survient après plusieurs journées de fortes chaleurs en Isère, sans qu’aucun lien puisse être établi avec la fermeture de la voile. Benjamin Valla observe que la CRS Alpes ne constate pas davantage d’interventions en parapente pendant ces épisodes. Selon lui, les fortes chaleurs tendent plutôt à réduire la fréquentation et à favoriser des vols courts, appelés « ploufs », qui consistent à rejoindre directement l’atterrissage sans chercher à prolonger le vol. Des phénomènes aérologiques invisibles peuvent néanmoins se former à proximité des crêtes et surprendre même des pilotes expérimentés. Rien ne permet cependant d’affirmer qu’un tel phénomène soit à l’origine de l’accident de Pierre.

Des branches ont été retrouvées dans la voile après l’intervention, sans qu’il soit possible de déterminer le rôle qu’elles ont pu jouer. « Ça, je ne peux pas vous le dire exactement », précise Benjamin Valla. Des branches mortes peuvent se trouver sur les terrasses de la falaise, mais Pierre peut également en avoir cassé lors de ses impacts contre la paroi. Rien ne permet donc d’affirmer qu’elles ont contribué à l’accident ou, au contraire, qu’elles ont ralenti sa chute.

Filmées par les sauveteurs eux-mêmes, les images de l’intervention ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux. « Elles montrent la configuration particulièrement délicate dans laquelle se trouvait Pierre et peuvent servir à des fins pédagogiques », explique Benjamin Valla. Elles permettent aux secouristes d’analyser la stratégie retenue, de réfléchir à la manière dont ils auraient eux-mêmes procédé et d’alimenter la formation des plus jeunes. « Des parapentistes qui s’embranchent ou qui ratent un décollage, cela arrive assez fréquemment, poursuit le major. En revanche, les interventions dans une configuration aussi précaire que celle de Pierre restent beaucoup plus exceptionnelles. »

Sollicité pour témoigner, Pierre a fait savoir, par l’intermédiaire des sauveteurs qui l’ont pris en charge, qu’il ne souhaitait pas répondre aux médias. Les circonstances de l’accident sont donc rapportées par Benjamin Valla, responsable de l’unité grenobloise de la CRS Alpes.

La suite est réservée aux abonnés

Déjà abonné ? Se connecter
Votre premier article est offert
LIRE GRATUITEMENT
ou
S'ABONNER
  • Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
  • Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
  • Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€

À lire aussi

parapentiste percutée par un avion en Autriche
Marina Abello Buyle

Une parapentiste percutée par un Cessna en plein vol : qui est en tort ?

K2 mon amour
La rédaction

Film « K2 mon amour » : le K2 à deux

Why I fly
La rédaction

« Why I Fly » : la leçon de vie de Jean-Baptiste Chandelier, l’homme volant comme Peter Pan

Glenn Michelland
La rédaction

Qui est Glenn Michelland, champion du monde de paramoteur, victime d’une chute mortelle dans le lac d’Annecy?

Plus d'articles

Outside le magazine de l'outdoor

Outside entend ouvrir les pratiques et la culture outdoor au plus grand nombre et inspirer un mode de vie actif et sain. Il s’adresse à tous ceux qui aspirent à prendre un grand bol d’air frais au quotidien et à faire fonctionner leurs muscles comme leurs neurones avec une large couverture de l’actualité outdoor.

Newsletter

L’aventure au cœur de l’actualité. Chaque vendredi, les meilleurs articles d’Outside, directement dans votre boîte mail.

Liens

  • A propos d’Outside
  • Abonnements
  • Retour d'aventure
  • Mentions Légales
  • CGV
  • Politique de confidentialité
  • 1% for the Planet
  • Offres d’emploi
© Outside media 2026
Activer les notifications