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Carlos Soria Masnalu
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

À 86 ans, Carlos Soria devient l’alpiniste le plus âgé à gravir un 8 000

  • 29 septembre 2025
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

C’est une nouvelle page de l’histoire de l’himalayisme que vient d'écrire l’Espagnol. À 86 ans, il a atteint le sommet du Manaslu (8 163 m) le 26 septembre à l’aube, devenant ainsi la personne la plus âgée à gravir un sommet de plus de 8 000 mètres. Avec oxygène cette fois, mais sans aucun sponsor. Une réussite qui dépasse le simple record : c’est l’aboutissement d’un demi-siècle d’histoire personnelle avec cette montagne. Pour boucler les 14 x 8 000, ne reste plus à l’octogénaire que le Dhaulagiri (8 167 m). Un sommet qu’il a tenté à douze reprises, sans succès à ce jour. Mais il ne compte sans doute pas en rester là.


Victime d'intenses douleurs à la jambe lors de la descente, le vétéran espagnol a été évacué par hélicoptère depuis le camp 3, à 6 800 mètres, nous apprend aujourd’hui notre confrère Desnivel. 
« Dans le passage le plus raide de la descente, entre le camp III et le camp IV (qu’ils n’avaient pas utilisé à la montée), Carlos Soria a heurté à plusieurs reprises ses jambes déjà fragilisées par ses fractures du tibia et du péroné sur le Dhaulagiri, ainsi que sa prothèse de genou. », écrit le média espagnol. « Ces chocs lui ont causé de fortes douleurs et constitué une rude épreuve de sacrifice et de résistance. C’est pourquoi, arrivé au camp III, il a pris la meilleure décision possible afin de ne pas mettre en danger son intégrité ni celle de ses compagnons : redescendre en hélicoptère. » Un sage repli qui pourrait peut-être ouvrir un débat sur la validité, au sens le plus strict, de son ascension.

Mise à jour le 29 septembre 2025, 18h00

Un lourd accident à plus de 7 000 m sur le Dhaulagiri en 2022, une prothèse du genou … il en fallait plus à Carlos Soria pour renoncer à son rêve à un âge ou certains songent à la retraite : gravir à nouveau le Manaslu à 86 ans. C’est chose faite depuis le 26 septembre. Accompagné de son ami de toujours et photographe Luis Miguel Soriano, et soutenu par une équipe sherpa – Mikel, Nima et Phurba –, l’Espagnol a quitté le camp 3 dans la nuit du 25 au 26 septembre. Après une longue montée régulière, il a foulé le sommet à 5 h 30, dans le froid et le brouillard. Le plan : descendre le jour même au camp 2, avant de regagner le camp de base le lendemain. De quoi effacer le précédent record d’âge détenu depuis 2013 par le Japonais Yuichiro Miura, qui avait gravi l’Everest à 81 ans, selon le Guinness World Records.

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Une publication partagée par Carlos Soria Fontán (@yosuboconcarlossoria)

Une revanche cinquante ans après

Cette expédition avait une résonance particulière : elle marquait le cinquantenaire de la première ascension espagnole du Manaslu, en 1975. Alberto Soria faisait déjà partie de l’expédition, mais avait dû renoncer, blessé alors qu’il posait les cordes fixes. Ses compagnons Jerónimo López et Gerardo Blázquez avaient alors signé la première victoire nationale sur un 8 000.

Tenace, il était revenu en 2010 pour gravir enfin ce sommet. Sans oxygène, à 71 ans. Mais cette année, l’enjeu était symbolique : répéter l’ascension cinquante ans après l’expédition fondatrice, malgré l’âge, les blessures et une prothèse de genou. Contrairement à 2010, il a choisi d’utiliser l’oxygène, décision dictée par la prudence et par son état physique.

Une vie de montagnes, commencée tard dans l’Himalaya

Né en 1939 dans une Espagne marquée par la guerre et la pauvreté, Soria découvre l’alpinisme adolescent sur les dalles de granit de La Pedriza, près de Madrid, alors qu’il exerce le métier de tapissier. Pendant des décennies, il se consacre surtout aux Pyrénées et aux Alpes, tout en menant de front vie familiale et entreprise.

Il ne s’attaque à l’Himalaya qu’après 50 ans. En 1990, il foule pour la première fois les neiges du Népal. À 51 ans, il réussit le Nanga Parbat, son premier 8 000. Dès lors, il ne cessera plus. Toujours accompagné par des Sherpas avec qui il a tissé des liens étroits — certains fonderont plus tard Seven Summit Treks, aujourd’hui la plus grande agence d’expédition du pays — il multiplie les sommets et les records de longévité : Everest à 60 ans, K2 à 65, Kangchenjunga à 75, Annapurna à 77. À ce jour, il compte treize sommets de plus de 8 000 mètres. Dont dix gravis après ses 60 ans, fait unique dans l’histoire de l’alpinisme.

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Un corps meurtri mais une volonté intacte

Ces dernières années, beaucoup doutaient de lui. En 2022, il avait lourdement chuté au Dhaulagiri, se fracturant le tibia et le péroné à plus de 7 000 mètres. Descendu au camp 2 dans des douleurs extrêmes, il avait dû subir une longue rééducation. Peu après, une prothèse de genou est venue s’ajouter à son dossier médical. Mais l’Espagnol n’a jamais cessé de s’entraîner. Comme il aime à le répéter : « Pour grimper, il faut y aller ». En février dernier, il réussissait encore l’Aconcagua en Argentine, à 6 962 m, convaincu de pouvoir poursuivre ses rêves himalayens. Avec le Manaslu, Alberto Soria efface une blessure vieille de cinquante ans et établit un record de longévité. Mais il lui manque encore un sommet pour boucler la liste des 14 x 8 000 m : le Dhaulagiri (8 167 m). Un objectif tenté à douze reprises, sans succès.

Aujourd’hui, l’alpiniste grimpe sans sponsors, refroidis sans doute par son grand âge . Mais - « j’en ai cinq : ma femme et mes quatre filles » dit-il. Et il pourrait être tenté d’y retourner une nouvelle fois. « L’important, c’est de se sentir vivant et d’avoir envie de vivre (...). On doit s’adapter à son époque, profiter de ce qui est là, sans râler. Tout change, et celui qui ne s’adapte pas souffre. Je vis dans l’année que je vis, pas dans celle que j’ai vécue (…). J’ai toujours envie de continuer à grimper. Tant que j’aurai la force et l’envie, je le ferai », assure-t-il.


Palmarès des 8 000 de Carlos Soria

À ce jour, l'alpiniste espagnol a gravi 13 sommets de plus de 8 000 mètres, dont dix après ses 60 ans. Seul le Dhaulagiri (8 167 m) lui résiste encore.

  • Manaslu – 2025 (86 ans, avec oxygène)
  • Manaslu – 2010 (71 ans, sans oxygène)
  • Annapurna – 2010 (77 ans)
  • Kangchenjunga – 2014 (75 ans)
  • Makalu – 2008 (69 ans)
  • Gasherbrum I – 2009 (70 ans)
  • Gasherbrum II – 2011 (72 ans)
  • Shishapangma – 2005 (66 ans)
  • Broad Peak – 2009 (70 ans)
  • Lhotse – 2008 (69 ans)
  • Cho Oyu – 2004 (65 ans)
  • Dhaulagiri – 1998 (59 ans, mais sans atteindre le sommet, toujours manqué ensuite)
  • Everest – 1999 (60 ans)

Autres sommets marquants

  • Aconcagua (6 962 m) – 2025
  • Huascarán, Alpamayo (Pérou)
  • Nombreuses ascensions dans les Alpes et les Pyrénées

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