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Lynn Hill escalade
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

À 64 ans, Lynn Hill ne s’imagine pas arrêter un jour de grimper

  • 11 février 2025
  • 7 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Ses mémoires « Climbing Free : My Life in the Vertical World », publiées en 2003, portaient sur les 25 premières années de sa vie d’alpiniste. Ici, dans ce texte écrit pour Climbing (groupe Outside) c’est sur ses projets que se confie la grande figure de l’escalade qui a inspiré des générations entières de grimpeurs.

L’ascension libre du Nose en 1994 : une étape fondatrice

« Si le sens de ma vie pouvait être résumé en une simple phrase, je choisirais cette citation de Mark Twain : « Les deux jours les plus importants de votre vie sont le jour de votre naissance et le jour où vous découvrez pourquoi », écrit l’Américaine Lynn Hill, 64 ans. « En repensant à ma vie, je me rends compte que le jour où j’ai découvert mon « pourquoi » est peut-être le 16 septembre 1994, lorsque j’ai fait l’ascension libre du Nose [une voie mythique sur El Capitan, dans le Yosemite] en une journée magique. Je n’avais aucune idée de l’impact que cette ascension aurait sur ma propre vie, ainsi que sur celle de tant de gens dans le monde. À l’époque, personne – pas même moi – n’imaginait qu’il faudrait plus d’une décennie pour que cette ascension soit répétée par quelqu’un, homme ou femme. Lorsque j’ai terminé l’écriture de « Climbing Free » en 2002, la seule personne à avoir répété une ascension libre du Nose était Scott Burke, qui a atteint le sommet en 1998 après 261 jours d’efforts. (…) Il a fallu attendre plus de dix ans pour que Tommy Caldwell et Beth Rodden répètent enfin une ascension entièrement libre en 2005. Au cours des 30 années qui se sont écoulées depuis ma première, seules 12 personnes sont parvenues à faire une ascension entièrement libre du Nose. Et Tommy Caldwell reste le seul à l’avoir réalisé ainsi en une journée ».

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Owen, son fils, face au poids de la « légende Lynn Hill »

« En 2003, j’ai acheté une maison à Boulder, dans le Colorado, et quelques mois plus tard, j’ai donné naissance à mon fils, Owen. J’étais heureuse d’adopter un mode de vie plus stable dans une communauté progressiste, proche de bons sites d’escalade, de ski et de rando. À l’âge de deux ans, Owen avait déjà voyagé dans plus de dix pays différents. Dès qu’il a eu l’âge d’aller à l’école, mes voyages se sont espacés, d’autant que j’étais devenue mère célibataire, et vivait avec un revenu considérablement réduit. Ma priorité, ça n’était plus mes propres objectifs d’escalade, mais je me débrouillais toujours pour grimper pendant qu’Owen était à l’école, ou entre deux engagements professionnels. (…) Beaucoup de gens pensaient qu’Owen deviendrait grimpeur, car c’est un athlète né, très doué, mais l’escalade ne le passionnait pas. Peut-être parce que, comme il l’explique, « l’escalade est trop lente ». Ou peut-être était-ce la pression qu’il aurait pu ressentir en tant que fils de Lynn Hill. (…) Mais un sport relativement nouveau lui a plu : le parkour. Nous avons pris des cours avec quelques amis dans une salle qui s’est ouverte à Boulder, l’une des première aux Etats-Unis. Peu après sa fermeture, Owen et une bande de copains ont commencé à se retrouver dans un gymnase du coin, où ils ont créé une nouvelle forme de mouvement, le « tricking ». Semblable aux séquences de tumbling de la gymnastique, le tricking est une sorte d’art de la performance basé sur une série de mouvements.

J’étais heureuse de voir Owen évoluer dans son groupe d’amis, de voir que grâce au tricking il gagnait en confiance, en force physique et en compétences. Ca m’a rappelé les premiers jours de l’escalade, lorsque notre petit groupe de copains – ceux qu’on appelle aujourd’hui les Stonemasters – ouvrait de nouvelles voies et repoussait le niveau de l’escalade libre. Mais, contrairement à l’escalade, qui est excellent pour la santé, le tricking a fait des ravages sur les hanches d’Owen. Il s’est donc tourné vers la musique (…) Pour son premier album, mixé avec un ami, il chante, joue de la batterie, de la guitare et de la basse. Malheureusement, comme pour l’escalade, vivre de sa passion n’est pas facile.

De l’influence de la technologie sur l’escalade

« La façon dont nous travaillons et communiquons évolue constamment. Nos connexions virtuelles ont un impact rapide sur nos interactions personnelles. L’escalade a également évolué grâce à la technologie. Je me souviens qu’à l’époque, l’idée qu’un jour des grimpeurs puissent ne pratiquer l’escalade qu’en salle, sur des murs artificiels, nous faisait tous marrer. Or, avec l’arrivée de systèmes de planches d’escalade, le MoonBoard, le Kilter Board ou encore le Tension Board, il est possible de répéter exactement les mêmes problèmes de bloc, avec la même configuration de prises n’importe où dans le monde. La technologie a également permis aux grimpeurs de télétravailler grâce à Starlink qui fournit une connexion Internet dans les endroits les plus reculés de la planète. D’où le succès du van chez les grimpeurs. D’autant que le coût de la vie dans ma ville natale de Boulder, comme dans beaucoup d’autres endroits d’ailleurs, n’a cessé d’augmenter. Parmi les changements majeurs aussi, le remplacement des guides par les applis. Je pense à Mountain Project, par exemple, qui permet aux grimpeurs d’accéder gratuitement à toutes une série de données, depuis les coordonnées GPS jusqu’aux dernières mises à jour des itinéraires.

L’explosion de l’escalade et son impact environnemental

Avec la croissance exponentielle de l’escalade dans le monde, plusieurs ONG telles que The Access Fund, The American Alpine Club et The Outdoor Alliance sont devenues indispensables pour aider à gérer les questions environnementales, politiques et éthiques auxquelles les grimpeurs américains sont confrontés aujourd’hui. L’époque où, sur un coup de tête, on décidait d’aller grimper dans les parcs nationaux sans réserver à l’avance ni payer le moindre droit d’entrée est bel est bien révolue. Mais les problèmes politiques et juridiques liés à l’escalade ne se limitent pas aux États-Unis. Même en France, où la culture de l’escalade et de l’alpinisme est très ancrée, on a vu fermer de nombreux spots d’escalade situés sur des terrains privés, car leurs propriétaires avaient peur des procès, suite à un certain nombre d’accidents. Aux Etats-Unis, grâce aux organisations américaines, nous disposons du soutien juridique nécessaire pour protéger les intérêts des grimpeurs et des amateurs d’activités outdoor. En décembre 2024, la loi EXPLORE (Expanding Public Lands Outdoor Recreation Experiences) a finalement été adoptée, garantissant aux grimpeurs la possibilité de faire de l’escalade sportive. Les grimpeurs collaborent désormais avec le Service des parcs nationaux pour trouver un équilibre entre la protection des activités outdoor et la préservation de nos ressources naturelles.

Parallèlement à la croissance de l’industrie de l’outdoor, de plus en plus d’alpinistes et « d’athlètes de l’extrême » gagnent leur vie grâce à des sponsors ou en tant qu’influenceurs. Le niveau de compétition a augmenté, tout comme celui des performance mais aussi des risques. Il n’est donc pas surprenant que le nombre de blessures graves et d’accidents mortels ait augmenté ces dernières années. Sans parler bien sûr du réchauffement climatique qui a également contribué à l’augmentation de la mortalité en montagne. La fonte rapide des glaciers au cours des 100 dernières années, voire plus, a entraîné une augmentation du nombre d’avalanches et d’éboulements sans précédent dans les montagnes du monde entier. 

Jusqu’où pousser le risque ?

Lorsque j’ai perdu mon beau-frère Chuck lors de sa première expédition sur l’Aconcagua, j’ai commencé à m’interroger sur le niveau de risque que j’étais prête à prendre. Bien que j’aie déjà pratiqué le free solo dans le passé, il m’est vite apparu que ça ne valait pas la peine d’y risquer ma vie. Après avoir frôlé la mort en tombant de 22 mètres dans le Luberon en 1989, à Buoux, j’ai fini par accepter les risques associés à l’escalade. Mais le fait d’être mère m’a également rendue encore plus prudente. 

La vie après sa carrière d’athlète pro

Après avoir pris ma retraite de grimpeuse professionnelle, j’ai beaucoup réfléchi à la manière dont je voulais gagner ma vie. Mais plutôt que de me concentrer sur l’accumulation de richesses matérielles, j’ai choisi de consacrer mon temps à utiliser mes atouts pour rendre service aux autres. J’ai accordé un nombre incalculable d’interviews, et participé à quantité de vidéos et de podcasts au fil des ans. J’ai aussi soutenu de nombreuses campagnes environnementales. C’est ma façon à moi d’apporter ma pierre à la communauté des grimpeurs et de contribuer à la préservation de notre environnement naturel.

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Enseigner et, toujours, transmettre 

L’enseignement et le coaching ont, de loin, toujours été mes moyens préférés de partager des expériences significatives avec d’autres. J’ai suivi il y a des années le cours de l’American Mountain Guides Association (AMGA), ainsi que le Wilderness First Responder de la National Outdoor Leadership School (NOLS), afin de devenir guide d’escalade certifiée. Après des années d’expérience en tant qu’instructrice, j’ai réalisé qu’une vidéo éducative s’imposait pour démontrer les mécanismes de la technique d’escalade. Après de nombreux essais sur des outils qui n’existaient pas lorsque je me suis lancée dans ce projet il y a plus de dix ans, j’ai finalement pu produire [ en 2022] une vidéo intitulée « Fundamentals of Climbing » (Les bases de l’escalade).

En 2006, j’ai acheté une parcelle de terrain à Hueco, au Texas, on y trouve des blocs de classe mondiale et des voies d’escalade superbes sur un rocher comme il n’en existe nulle part ailleurs sur la planète. J’avais en tête d’organiser là des camps d’escalade. Situé à 40 minutes d’El Paso, Hueco Tanks est une oasis extrordinaire où les êtres humains et les animaux cohabitent depuis plus de 10 000 ans. Lorsqu’Owen était tout petit, j’ai monté des camps d’escalade aux États-Unis et en Sardaigne. Je savais qu’une fois qu’Owen aurait terminé ses études secondaires, j’aurais plus de temps pour développer ma propriété de Hueco. Avec cette vision en tête, je l’ai peu à peu aménagée. Après avoir dégagé un espace sur mon terrain et y avoir installé une fosse septique, j’ai acheté un Airstream de 1976 qui avait beaucoup roulé et nécessitait beaucoup de travaux pour le rendre habitable. J’ai dû attendre quelques années avant de pouvoir y installer l’électricité, un réservoir d’eau de 11 m3 et une pompe. L’an dernier, j’ai engagé quelques amis grimpeurs pour construire une salle de bain avec une douche, un lavabo et deux toilettes. Depuis quelques jours, j’ai enfin les plans pour construire une maison qui pourra accueillir des groupes, des équipes d’escalade ou simplement les amis qui voudraient grimper avec moi dans cet endroit incroyable.

Arrêter l’escalade ?

Les gens me demandent parfois si je fais encore de l’escalade. Je ne peux pas imaginer arrêter un jour l’escalade, à moins d’en être physiquement incapable. J’aime le sentiment de grâce et de fluidité que j’éprouve en me déplaçant sur le rocher. Je ne vois pas de meilleur moyen d’apprendre et de s’adapter au monde que de grimper sur toutes ces belles formes que nous offre la nature. Je suis vraiment reconnaissante d’avoir pu vivre ma passion pendant toutes ces années. L’escalade reste mon point d’ancrage dans la vie, qui me permet de me connecter à la nature, à la santé du corps et de l’esprit, et à tant de personnes dans ma communauté, d’amis et de pairs dans le monde entier. Je garde l’espoir qu’à l’avenir nous nous unissions et coopérions ensemble en tant que communauté mondiale pour créer un mode de vie plus durable pour tous.

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