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Alain Robert escalade immeuble
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

A 60 ans, Alain Robert grimpe toujours en free solo les plus hautes tours du monde

  • 20 octobre 2022
  • 7 minutes

Coralie Havas Coralie Havas Passionnée d'escalade, de montagne et de culture outdoor au sens large, Coralie est journaliste pour Outside. Elle est basée à Uzès quand elle n'est pas sur la route à bord de son van.

La tour TotalEnergies à La Défense (187 m), la tour Montparnasse (209 m) ou encore la Torre Glòries/Agbar (144 m) à Barcelone, accompagné cette fois de son fils, Julien… Alain Robert, le "Spiderman français, célèbre pour ses solos qui laissent même un Alex Honnold admiratif, continue d’enchaîner les défis à un rythme défiant l’âge et l’apesanteur. Routine bien établie, approche hyper pro, le sexagénaire qui souffre de vertige médical n’est pas prêt de ranger ses chaussons, nous confie-t-il dans une longue interview.

"Le solo, c’est la seule façon dont j’envisage l’escalade" nous explique Alain Robert, l’un des grimpeurs français les plus connus du grand public, dont Alex Honnold a récemment souligné les exploits. Si ses ascensions largement médiatisées suscitent tantôt admiration tantôt agacement, il n’en demeure pas moins l’un des meilleurs grimpeurs de sa génération, à qui l’on doit, outre ses 170 buildings gravis, deux solos en 8b (et plus d’une dizaine en 8a/+), à une époque où le niveau, encordé, plafonnait au 8c ! Un palmarès imposant, sur lequel le grimpeur est revenu pour nous, dévoilant au passage les détails de sa préparation.

Alain Robert escalade falaiseAlain Robert escalade falaiseAlain Robert escalade falaise

Tu es une véritable personnalité publique. Comment le vis-tu au quotidien ?

Ca fait tellement longtemps… Désormais, je suis habitué à être reconnu, à être, en général, apprécié, éventuellement dénigré, par rapport à mon côté vestimentaire, aux diverses causes que j’ai choisi de défendre ou même à certains de mes propos sur Instagram. Je peux aussi bien susciter l’agacement ou l’intérêt. Mais bon, on me fait intervenir sur beaucoup de séminaires pour de grosses entreprises. Y compris dans de grandes universités. Comme à Oxford, à Cambridge, à La Sorbonne. C’est qu’en général, je suis plutôt bien apprécié. Je ne suis pas vu comme un délinquant. […] Ce n’est pas quelque chose que j'avais anticipé, c’est un coup de bol. En sachant que ma carrière en rocher est, pour les spécialistes, plus impressionnante que ce que j’ai fait sur les buildings.

Avant les buildings, tu faisais effectivement des solos en falaise. On te doit notamment deux 8b et plusieurs 8a/+ dont La Nuit du Lézard (8a+) à Buoux, en 1991, considéré comme l'un des solos les plus difficiles au monde. Pourquoi ce choix de grimper sans corde ?

A un moment donné, j’ai eu à prendre une revanche énorme sur la vie. Quand je suis tombé. J’avais déjà eu des accidents, mais il y a eu un, particulièrement grave, le 29 septembre 1982, où vraiment, je me suis complètement détruit, en plus de me retrouver dans le coma, d’en hériter un gros pourcentage d’invalidité (66%) et de souffrir du vertige médical. Je me suis explosé les poignets, on m’a condamné à ne jamais regrimper. Ce n’était pas très encourageant, mais je me suis battu. Pas pour être meilleur, mais juste pour grimper à nouveau. Petit à petit, je me suis rétabli et me suis lancé dans le solo intégral d’extrême difficulté, ce qui ne va pas dans le sens d’un gars qui s’est cassé la figure et qui a été à un cheveu de mourir, je l’entends bien. J’ai transformé le négatif en positif. J’ai eu envie de m’exprimer en escalade, de la façon la plus pure et la plus dangereuse.

Alex Honnold, connu depuis son film "Free Solo", dit que j’ai fait des solos plus durs que lui mais il y a trente ans en arrière, à une époque il n’y avait pas internet, où le solo n’était pas médiatique. Il explique que sur Freerider, la voie qu’il a gravie, la longueur la plus dure c’est 5.12c (7b+, ndlr). Moi, c'est 8b. Lui ce qu’il fait en solo, c'est entre six et sept niveaux de différence par rapport à ce qu’il fait avec une corde. Or, moi, j’ai fais des solos avec seulement un niveau de difficulté en dessous de ce que je réalisais encordé, c’est-à-dire que quand dans le monde, le niveau maximum était 8c, je faisais du 8b. […] Fin des années 80 jusqu’au milieu des années 90, j’ai poussé le bouchon très très loin en solo. Être entre le 7 et le 8b en solo était devenu mon quotidien. L’opportunité de basculer sur les buildings a été positive, sinon j’allais vers une mort assurée.

Comment t’est venue l’idée de gravir des buildings ?

Ce n’est pas mon idée en fait. Quand j’ai commencé à faire ces solos très difficiles, en falaise, j’ai fait beaucoup de presse spécialisée à travers le monde, des petits tirages. Mais ça a intéressé la boîte de montre suisse Sector No Limits qui avait une team d’ambassadeurs dans le sport de haut-niveau (un himalayiste, un plongeur, un apnéiste, un parapentiste, un basejumper…) que j’ai intégrée. […] Un producteur est venu avec un concept, celui de grimper sur des gratte-ciels. […] De là, j’ai continué, par la suite, à faire du solo sur des buildings.

Alain Robert escaladeront de BrooklynAlain Robert escalade immeubleAlain Robert escalade immeuble

Ca m’a permis de découvrir un nouveau terrain de jeu, de réaliser que c’était beau, intéressant à grimper, que ça me permettait de voyager, de bien gagner ma vie. Gravir un building, c’est une répétition de mouvement. On pourrait comparer cela un peu à quelqu’un qui fait des tractions. […] L’escalade rocheuse est plus basée sur le mouvement, plus ou moins dur et aléatoire. C’est beaucoup plus compliqué d'y faire du solo de haute difficulté que sur des buildings réputés difficiles. C’est pour ça que l’on ne peut pas parler d’escalade à vue (sans reconnaissance au préalable de la voie, ndlr) dans les buildings. Après 30 ans d’escalade building, je sais d’avance ce que je peux le faire, que ce ne sera que des mouvements similaires. Mais ce n’est pas le cas de toutes les tours, comme aux Petronas, les tours jumelles les plus hautes du monde (452 mètres en Malaisie, ndlr), il y a un pas de bloc au 87e étage, avec des mouvements variés. C’est passé à l’arrache, en 2019. Dans 95% des cas, c’est quand-même relativement répétitif, mais il y a quand-même des moments où l’escalade est variée.

Les images de tes ascensions de buildings sont impressionnantes pour le grand public. Mais quand on connaît un peu la discipline, on a l’impression que tu gardes une certaine une marge de sécurité. As-tu l’impression de prendre des risques ?

Pas vraiment. Sur des gratte-ciels comme la tour Sears de Chicago (443 mètres, ndlr) ou Areva à la Défense (184 mètres, ndlr), j’ai été à mon niveau maximum. Sur Areva, il faut savoir que l’on n'a qu’une unique fissure, de l’épaisseur d’une phalange, qui fait 180 mètres de hauteur. Pas de ligne horizontale, juste un trait de la base jusqu’au sommet. Et pas de régularité à l’intérieur. Ca a été l’un de mes plus gros combats dans un building, j’ai cru que je n'y arriverais pas. [...] J’ai à nouveau failli tomber de la Tour Montparnasse, il y a quelques jours. J’ai clairement glissé. J’avais des chaussons tout neufs, avec très peu de carre sur l’intérieur, sans gomme. Or, le carre me sert à me reposer sur des prises horizontales, quand il y en a. Montparnasse à 60 ans, ça reste encore quelque chose que je peux faire.

Comment te prépares-tu pour une ascension ?

Mentalement, je suis prêt. Je l’ai toujours été. […] J’ai commencé à faire du solo il y a plus de 40 ans, ça fait partie de mon mode de fonctionnement. J’accepte de faire des choses dangereuses, et j’aime ça. À doses homéopathiques aujourd’hui. […] Avant une ascension, je vais aller regarder le building, éventuellement l’essayer de nuit si besoin. Après, physiquement, je m’entraîne comme un sportif, j’ai un mur d’escalade chez moi, à Bali. Je fais beaucoup d’aller retour, à l’envers, etc. J’essaie aussi de ne pas prendre de poids de manière assez classique (salades, éviter les sucres, sauf que ceux qui viennent des fruits, éviter le gras, pas trop manger, pas trop de quantités).

On dit souvent que tu souffres du vertige médical…

Oui, en 1982/83, il y avait un truc qui ne fonctionnait pas bien au niveau de mon champ visuel, une mauvaise stabilité de l’image dont je ne trouvais pas la cause. J’avais vu plein de docteurs qui m’avaient dit que j’étais dépressif. Puis un jour, j’ai rencontré quelqu’un qui avait eu un problème similaire au mien et à qui on avait diagnostiqué un dysfonctionnement de l’oreille interne. […] Concrètement, on a l’impression d’être dans une espèce d’illusion, d’accélération de la Terre qu’il faut être capable de vaincre. Ca peut perturber mes ascensions, même si ça apparaît souvent par phases où la gêne est plus ou moins intense.

Alain Robert escalade immeubleAlain Robert escalade immeubleAlain Robert escalade immeuble

Généralement tu te fais arrêter par la police après tes ascensions. Une fois au poste, qu’est-ce qu’il se passe ?

En Europe, ça ne se passe pas trop mal, même s’ils commencent à mettre des amendes, parce qu’il y a une génération de gens qui vont beaucoup sur les toits. Ca commence à agacer du monde. Mais pendant 25 ans, on m’a laissé tranquille. Ce qui n’était pas le cas dans tous les pays. Aux Etats-Unis, j’ai eu des procès, des peines de prison, fait des travaux d’intérêt général, payé des amendes fortes. Parfois, il a fallu que je revienne trois fois dans le pays. Après, il faut quand-même avoir des sponsors avec des reins solides derrière, sinon ce n’est pas possible financièrement.

Tu as gravi la Torre Glòries/Agbar (144 m) avec ton fils, Julien, 34 ans. C’était son premier solo ?

Oui, il n’avait même quasiment jamais grimpé, même s’il est très sportif. Enfant, il a dû grimper une dizaine de fois avec moi. Récemment, il a aussi fait une sélection pour Ninja Warrior, avec des trucs faciles. Comme il s’est rendu compte que certains buildings étaient réalisables, il a souhaité partager une ascension avec moi. Le seul problème qu’il a rencontré vient un peu de moi. J’avais choisi une face du building où les ailettes étaient particulièrement fermées, en me disant qu’en route, on traverserait sur la gauche pour rejoindre la partie beaucoup plus facile. […] Sauf que lui, qui n’est pas grimpeur, n’a pas réussi à traverser. […] Il s’est détruit physiquement les mains, les jambes, ce qui n’était pas mon cas parce que j’avais suffisamment de technique.

À 60 ans, tu fais encore des ascensions en solo. Penses-tu arrêter un jour ?

Pas réellement. Pour moi, le solo, c’est la seule façon dont j’envisage l’escalade. Avec une corde, ça ne m’intéresse absolument pas. Quand je ne grimperai plus, ce sera probablement parce que je serai mort.

J’imagine que tu ne dévoiles pas tes futurs projets d’ascension en amont. Mais peut-être as-tu quelques envies non réalisées…

Il y a deux, trois trucs que j’aimerais faire sur le continent américain, pas très loin de chez moi, entre trois et six heures d’avion.

Forcément, tu voyages beaucoup. Reçois-tu des critiques par rapport à ton empreinte carbone ?

Personnellement, j’ai fait pas mal d’actions avec Greenpeace pour dénoncer le peu d’intérêt des hommes politiques, des gens éventuellement aussi. Je le vois bien, à Bali, c’est le cadet de leurs soucis. Les gamins ne sont pas éduqués au réchauffement climatique. […] On devrait être tous concernés par notre empreinte carbone individuelle. […] Mais je ne vais pas dans le sens de la réduction. Même quand je grimpe pour Greenpeace, j’y vais en avion. […]

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