Et une de plus ! Il y a quelques jours, on apprenait que la station de Céüse, dans les Hautes-Alpes, allait fermer définitivement. 168 autres ont mis la clé sous la porte depuis 1951, soit 28% des stations créées en France. Le chiffre est frappant et laisse songeur quant au devenir du tourisme hivernal. Quelles en sont les causes ? Qu'advient-il des régions où se trouve une station à l'abandon ? Une station qui ferme, est-ce forcément un drame ? Analyse de Pierre-Alexandre Metral, géographe spécialiste de la question.
Il y a quelques semaines, lorsque la station de Montclar les 2 Vallées, dans les Alpes du Sud, optait pour l'hélicoptère pour transporter de la neige et sauver sa saison hivernale, la polémique a rapidement éclaté. Aberration écologique pour les uns, nécessité économique pour les autres, cet épisode a révélé la tension que pouvait provoquer l'avenir des domaines skiables. "Ce qu'on remarque, c'est que, quelle que soit la raison, la fermeture d'une station est toujours un crève-coeur pour les populations locales. C'est souvent un symbole du village ou de la vallée", explique Pierre-Alexandre Metral, doctorant en géographie à l'Université de Grenoble Alpes et spécialiste de la fermeture des stations en France, sujet auquel il a consacré sa thèse.
Depuis les premières stations de ski créées dans l'Hexagone avant-guerre, jusqu'à aujourd'hui, c'est 169 d'entre elles qui ont disparu, parfois laissées à l'abandon. Si l'écho médiatique est forcément plus important aujourd'hui, le phénomène n'est pas récent, puisqu’on date la première fermeture à 1951, avec celle du Téléphérique des Glaciers, dans la vallée de Chamonix. Si l'on pense forcément au réchauffement climatique comme cause principale, la situation est en réalité plus complexe.
La fermeture de stations n'est pas une nouveauté, mais est-ce qu'on remarque une accélération ces dernières années, due en particulier au changement climatique ?
La fermeture de stations a commencé à devenir un phénomène courant à partir des années 1970, où l'on peut en noter chaque année de façon régulière. Cela a été un peu plus marqué dans les années 90, suite à plusieurs hivers avec très peu de neige, mais on ne constate pas d'accélération récente.
On imagine que les massifs de moyenne ou basse altitudes sont plus touchés ?
Si l'on s'en tient aux chiffres bruts, c'est dans les Alpes qu'il y a eu le plus de fermetures. C'est tout à fait logique, puisque c'est le plus grand territoire et c'est là qu'il y a eu le plus de créations. Mais il faut bien avoir en tête que 90% des stations qui ferment sont des micros stations qui n'ont que quelques remontées, sans hébergements ou commerces dédiés.
Mais quand on regarde le ratio entre créations et fermetures, c'est effectivement dans les Vosges, le Jura et le Massif central qu'il y a eu le plus de fermetures. Dans le Massif central, c'est environ 60% des stations qui ont mis la clé sous la porte.
Quelles sont les causes principales de ces fermetures ? On pense évidemment au réchauffement climatique...
Le réchauffement climatique peut être un facteur, mais indirect. C'est d'abord la viabilité économique qui explique qu'une station arrête ses activités et cette viabilité est influencée par des facteurs de vulnérabilité.
Le premier est bien sûr le manque de neige, et en cela, on peut faire le lien avec le réchauffement climatique. Mais il y a également la concurrence économique, entre les stations proches, mais aussi avec les autres formes de tourisme et les stations étrangères. Enfin, il ne faut pas écarter la mauvaise gestion et/ou la mauvaise implantation (bien étudier la viabilité du projet avant de lancer la création).
Concrètement, la fermeture d'une station est lourde de conséquences ?
Comme je l'expliquais, la majorité des stations qui ferment leurs portes sont des micros stations donc les conséquences, notamment économiques, ne sont pas dramatiques. Par contre, s'il s'agit de plus grosses stations comme Céüse, alors c'est tout de suite plus problématique, car toute une économie locale s'était créée autour de cette activité hivernale.
Qu'advient-il de ces infrastructures et des régions touchées ?
Ce qui est intéressant, c'est que de la contrainte nait l'innovation. On remarque que là où des stations ont fermé, des formes nouvelles d'économie ont vu le jour. Je distingue quatre formes de reconversion : pour les micros stations, généralement la nature reprend ses droits, tout simplement. Dans d'autres cas, il y a une reconquête du périurbain. Des habitants viennent s'y installer à l'année, car le prix de l'immobilier chute, c'est notamment le cas autour des grandes métropoles alpines comme Grenoble. Ensuite, il arrive que la station rouvre sous une autre forme. C'est le cas de Puyvalador dans les Pyrénées où quelques remontées ont été remises en route. Enfin, on observe aussi des reconversions dans d'autres domaines touristiques, comme les stations de trail par exemple, ou autour du tourisme "vert".
La fermeture d'une station n'est donc pas que synonyme de désastre...
Effectivement, il ne faut pas être fataliste. Dans certains cas bien sûr, lorsqu'il y a des emplois à la clé, c'est une vraie perte pour un territoire. Mais il faut réinventer la montagne et il y a de nombreuses manières de le faire. D'autant que le tourisme n'est pas l'unique activité des zones montagneuses.
Pierre-Alexandre Metral tient une page Instagram où il poste des photos de stations abandonnées. Une manière intéressante de documenter son travail de terrain.
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